— Tu pleures ?
— Non, je me remplis les yeux d'eau pour installer mon poisson rouge, connard !
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Blake
Il est presque deux heures du matin quand je dis au revoir à Niels. On est devant la patinoire, là où il a joué un peu plus tôt dans la soirée. J'ai attendu la fin du match amical, qu'il prenne sa douche, qu'il parle avec les autres, qu'il signe des trucs. Ça ne me dérange pas. J'aime ces moments avec lui, même s'ils sont rares. Il n'a pas souvent l'occasion de passer dans le coin, alors quand il est là, je veux en profiter jusqu'à la dernière seconde.
– Bon, j'me tire, dit-il en attrapant son sac de sport sur son épaule.
– On se voit demain ?
Il me regarde avec ce petit sourire en coin, celui qu'il sort à chaque fois qu'il sait que je vais râler.
– Malheureusement, Bench.
Je roule des yeux.
– Arrête de m'appeler comme ça.
Je déteste ce surnom. Toute la famille m'appelle comme ça depuis que je suis gamine. Au début, c'était une blague débile à cause de mes performances. Puis c'est resté. Gravé. Comme un tatouage qu'on n'a jamais voulu. J'ai beau leur dire que j'aime pas, que j'ai grandi, que je m'appelle Blake et pas "Bench", ça change rien.
– C'est affectueux, dit-il, moqueur.
Je lui donne un petit coup dans l'épaule. Il riposte en me décoiffant d'une main.
– Putain Niels !
– Quoi ? J'ai même pas frotter fort.
– Tu m'énerves.
– Toi aussi.
On se balance des piques, comme toujours. Mais c'est tendre. C'est notre langage à nous. Il me serre dans ses bras une dernière fois, son sac toujours sur l'épaule.
– Fais attention à toi, me dit-il d'un ton plus sérieux.
Je hoche la tête. Il commence à s'éloigner vers l'hôtel où il loge avec son équipe. Je lui fais un grand signe de la main.
– Au revoir loser !
Il lève un doigt d'honneur par-dessus son épaule sans se retourner. Je ris.
Puis je me mets à marcher seule. Le froid me mord les joues, la nuit est lourde, mais mon cœur est léger. J'ai passé un bon moment. Même si je suis crevée, je ne regrette pas d'être restée. Ces moments sont rares. Niels et moi, on n'est pas très démonstratifs, on ne parle pas souvent de choses profondes, mais je sais qu'il est là. Je sais que si je tombe, il tendra la main. Et cette certitude, elle vaut tout l'or du monde.
Il m'a toujours protégée, même sans le dire. Il comprend quand je vais mal. Et ce soir, même s'il n'a rien dit, je crois qu'il a senti que j'avais besoin de lui. Parce que même si je vais mieux... j'ai peur. Peur de retomber. Peur de redevenir cette version de moi-même que j'ai passé des mois à fuir.
Il y a eu des moments où tout était flou. Où j'étais perdue. Où j'aurais aimé disparaître. Mais je m'accroche. Et ce soir, je suis contente. Je suis fière de lui. L'année dernière, il chauffait le banc, il attendait qu'on lui donne une chance. Cette saison, il joue enfin, il se fait un nom. Je ne lui dis pas assez que je suis fière. Mais je le suis. Plus que tout.
Et puis... il a rencontré Winter. J'appréhendais cette rencontre, j'avais peur que ça se passe mal, que Niels le juge, qu'il le déteste. Mais non. Il m'a dit qu'il l'aimait bien. D'un ton détaché, comme s'il s'en foutait un peu, mais je le connais. Il n'est pas du genre à dire ce genre de choses sans le penser. Et moi, ça m'a soulagée.
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Blue Contract
RandomDans les arcanes du hockey professionnel, Winter se démarque comme une étoile montante, destinée à briller dans la NHL. Tant sur la glace que dans sa vie personnelle, il incarne la détermination et la force, mais dissimule également ses peurs les pl...
