Y'a les gens normaux...
Et puis y'a NOUS.
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Winter
Lendemain.
Je pousse la porte du dinner, et un petit carillon résonne dans l'air tranquille de la matinée. Il n'y a pas grand monde à cette heure-là, quelques retraités attablés devant des pancakes tièdes, une serveuse qui essuie une tasse sans grande conviction, et moi, qui entre avec le cœur lourd. Je jette un coup d'œil circulaire à la salle, balayant chaque coin avec l'anxiété d'un fugitif. Puis je vois ce que je recherche.
Ses yeux bleus accrochent les miens comme deux phares dans la brume, et aussitôt, je me sens mis à nu. Je m'approche, lentement, un peu trop timidement peut-être, mais ce genre de confrontation ne fait pas partie des choses auxquelles je me prépare. J'avance avec cette appréhension sourde qui vous serre la gorge comme un nœud coulant.
Quand j'arrive à sa hauteur, il se lève. Il est aussi grand que moi. Ce détail me frappe, je ne sais pas pourquoi. Peut-être parce que dans ma tête, j'avais besoin qu'il soit plus grand. Pour que ça justifie à quel point il me fait peur.
Il me tend la main, et je la serre, machinalement, la bouche sèche. Son sourire me perturbe plus que tout le reste. Il est familier, étrange et rassurant à la fois. J'ai l'impression que je l'ai déjà vu quelque part. Pas sur un visage, mais dans une sensation. Je cherche désespérément à mettre le doigt dessus.
On s'assoit en silence, en face à face, chacun sur sa banquette. J'ai envie de partir. J'ai envie de courir loin d'ici, de fuir ce moment, cette vérité qui me pend au nez depuis qu'il m'a envoyé ce message dans la nuit. Il voulait parler. Il disait que c'était important. Et maintenant que je suis là, je me rends compte que j'aurais préféré ne jamais savoir ce qu'il avait à dire.
Parce que dans mon cœur, tout est déjà décidé.
Je ne compte pas arrêter de voir Blake.
Je l'ai vue. Je l'ai connue. Et maintenant que j'ai goûté à ce qu'elle est, à ce feu qu'elle traîne dans les veines, à cette noirceur sublime, à sa manière de m'effondrer sans bouger le petit doigt, je suis foutu. Rien ne pourra plus m'atteindre comme elle. Rien n'aura jamais plus ce goût. Tout le reste me semblera fade. Elle est devenue ma référence. Ma malédiction.
– On a jamais pu se présenter correctement, dit-il.
Je le regarde, sur mes gardes.
– Je m'appelle Niels.
– Winter, je réponds, plus par automatisme que par courtoisie.
Un silence s'installe. Il commande un Coca. Je ne prends rien. Une part de moi veut pouvoir se lever et partir à tout moment, sans regretter d'avoir payé une boisson à moitié pleine.
Il boit une gorgée. Et moi, incapable d'attendre plus longtemps, je me lance.
– Je n'arrêterai pas de voir Blake.
Il avale de travers, tousse un peu, puis me regarde, les sourcils froncés.
– Pourquoi tu arrêterais de la voir ?
Je fronce les sourcils à mon tour, confus. C'est quoi ce jeu ? Il est censé être en compétition avec moi, pas me poser des questions innocentes comme s'il ignorait ce qui se passe.
– Tu ne m'as pas contacté pour ça ?
Et là, il éclate de rire. Pas un rire léger, un vrai rire. Franc. Un peu moqueur. Et à cet instant précis, je la vois. Elle. Blake. Son rire à elle. Sa façon de se foutre du monde quand elle trouve quelqu'un trop dramatique. Ça me frappe comme une gifle. Il lui ressemble. C'est dans l'attitude, dans la malice au coin des lèvres, dans la moquerie tranquille. C'est elle.
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Blue Contract
RandomDans les arcanes du hockey professionnel, Winter se démarque comme une étoile montante, destinée à briller dans la NHL. Tant sur la glace que dans sa vie personnelle, il incarne la détermination et la force, mais dissimule également ses peurs les pl...
