36-Blake

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Moi : Je suis finalement heureux !
La vie : Lol, attends une seconde


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Blake

J'arrive au bar, épuisée. Chaque muscle de mon corps me supplie de rentrer dormir, de m'enfouir sous mes draps et d'oublier cette journée. Mais je suis là. Je pousse la porte arrière, comme une ombre. J'évite les gens, comme toujours.

J'ai dit au revoir à Niels tout à l'heure, il rentre demain après-midi. Ça m'attriste, bien sûr, même si j'en ai l'habitude maintenant. Ce n'est pas la première fois qu'il repart, que je me retrouve seule ici. Il y a ce creux qui se forme toujours, mais au fond, ce n'est pas plus mal. Pas en ce moment. Pas à cette période de l'année. Ce moment qu'on appelle, avec une ironie amère, les fêtes. Pour moi, c'est tout sauf une fête. C'est mon enfer personnel.

Je ne sais même pas vraiment ce que je fais là. Je n'ai pas envie de parler, pas envie de sourire. Ce que je veux, au fond, c'est juste m'effondrer dans un lit et disparaître quelques heures. Mais je lui ai dit que je viendrais. Alors je suis là. Pour lui.

J'avance à l'intérieur du bar, à moitié absente. La musique est forte, les rires résonnent, les verres s'entrechoquent, et j'ai l'impression que tout ça glisse sur moi sans me toucher. Mon regard balaie la pièce, instinctivement, presque nerveusement. Je cherche une silhouette, un visage. Je me mets sur la pointe des pieds, étire le cou. Et là, je le vois. Cette tête brune, ce profil familier. Et, sans m'en rendre compte, un sourire naît sur mes lèvres. Il est là.

Je me rappelle alors pourquoi j'ai fini par aller à son match. Moi, la fille trop terrorisée pour affronter une foule, trop figée par ses propres peurs pour s'asseoir dans des gradins et crier. J'ai dit non, mille fois. J'ai dit que je ne pourrais pas. Mais j'y suis allée. Niels m'a poussée, certes. Il m'a convaincue, presque traînée, mais la vraie raison, c'était lui.

C'était Winter.

Et sur la glace... il était extraordinaire. C'était plus que du hockey. C'était une chorégraphie. Il dansait, littéralement. Il ne jouait pas, il glissait comme si chaque mouvement inventait un nouveau monde. J'avais le cœur qui battait si fort que j'en avais mal à la poitrine. Je ne pensais pas que c'était possible. De ressentir quelque chose d'aussi intense, d'aussi brut. Mais il avait suffi de ça. De le voir.

Je m'approche doucement, sans bruit, et je l'observe un instant. Il regarde frénétiquement vers l'entrée. Il attend. Puis baisse les yeux vers son verre. Il recommence ce même geste, encore et encore, comme un tic nerveux. Je contourne lentement le banc, me glisse derrière lui sans qu'il me voie, et dans un élan que je ne contrôle pas vraiment, je pose mes mains sur ses yeux.

– Devine qui c'est !!

Ma voix change volontairement, je la rends plus légère, plus chantante, presque moqueuse. Il sursaute légèrement, surpris, et instinctivement, il place ses mains sur les miennes. Ce simple contact me réchauffe tout le corps. Un frisson me traverse. Il se retourne lentement et dit, avec ce sourire doux, presque enfantin, qui me donne l'impression que tout s'arrête :

– Blake.

Je souris, incapable de faire autre chose. C'est comme si, pendant une seconde, mon épuisement s'effaçait.

– Allez pousse-toi, gros tas. Je veux m'asseoir.

Il éclate de rire, me libère une place, et je me glisse à ses côtés. Nos cuisses se touchent. C'est un détail, mais pas pour moi. Je sens la chaleur de son corps contre le mien. J'ai chaud, mais ça n'a rien à voir avec la température du bar. C'est lui. Toujours lui.

Blue ContractOù les histoires vivent. Découvrez maintenant