39-Blake

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Rien de prévu...
Sauf l'imprévu !

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Blake

– Ça va ? Pas trop stressé, je demande.

Il hoche vaguement la tête, les yeux fuyants.

– Je... J'en sais rien. Et si j'oublie tout ?

Je ris doucement, un rire plus tendre que moqueur. Il doute, comme toujours avant quelque chose d'important. Il est comme ça, il porte ses peurs sous la peau, mais il ne sait pas que je les vois toutes.

– Tu ne vas rien oublier, on l'a répété une dizaine de fois. Tu connais le sujet sur le bout des doigts.

Pour le rassurer, je glisse ma main dans la sienne, enchevêtrant nos doigts lentement. Un geste presque quotidien entre nous, mais qui me touche toujours autant. Sa main est tiède et il me répond par un sourire. Ce sourire. Celui qui pourrait me faire taire pendant des heures tant j'aurais de choses à en dire. Il est la seule chose qui me donne l'impression que je respire à nouveau, vraiment.

– Et toi, pas trop stressée ?

J' hésite. C'est idiot, mais j'ai failli ne pas venir. J'étais mal, réellement mal. Beck m'a presque poussée dehors. Mais il a suffit que je le voie, lui, pour que quelque chose s'apaise. Comme un antidote silencieux au poison que je traîne. Il ne sait pas qu'il a cet effet-là sur moi. Et je ne veux pas qu'il le sache. Ce serait trop dangereux, trop intime.

– Je vais bien, je mens doucement.

La prof prononce nos prénoms, l'un après l'autre, et j'ai un frisson en les entendant accolés. Ils sonnent bien ensemble. C'est presque poétique. Comme s'ils avaient été pensés pour coexister.

– Allons-y, l'aliéné, il me lance avec un sourire narquois.

– Sauvons ta bourse, l'éjaculateur précoce, je réplique en rigolant, sans gêne.

L'oral dure dix minutes. Dix autres de questions. Tout passe vite, mais tout est fluide entre nous. Il parle, je rebondis, je parle, il conclut. On se comprend, on se suit. On est bons, et je le sais. Et je sais qu'il le sait aussi. Quand on quitte la salle, j'aperçois le sourire discret de la prof. Elle hoche la tête avec approbation. Winter me regarde. Il l'a vu aussi. On se sourit, les dents dévoilées, les joues tendues.

La porte se referme. Je crie, lâchant tout.

– On a réussi !

Il me soulève, me fait tournoyer. Mes jambes quittent le sol et je me sens légère, comme libérée de tout le poids que je porte.

– On a réussi, murmure-t-il contre mon oreille. Il le dit comme s'il n'osait pas y croire.

Quand il me repose, je sens encore ses bras autour de moi, même si physiquement ce n'est plus le cas.

– Il ne te reste plus que ton oral pour le stage, hein ?

Je hoche la tête. Mon cœur bat vite. J'espère tellement l'avoir. Les profs nous ont observés ensemble, certains m'ont même questionnée sur nous, sur cette fausse relation. Depuis que j'ai répondu qu'on était en couple, ils sont devenus prévenants, presque bienveillants. Peut-être que ce mensonge finira par m'offrir quelque chose de vrai.

– Je le passe après les vacances de Noël, je dis simplement.

Il acquiesce lentement. Il regarde le sol, ses mains fourrées dans ses poches. Puis il lâche, pensif :

– Après ça, tout sera fini, hein ?

Je me fige. J'avais pas pensé à la fin. J'ai pas voulu. Parce que penser à la fin, c'est admettre que ce qu'on a, ce qu'on joue, ce qu'on vit, ne tiendra pas. Peut-être parce que je ne veux pas que ça s'arrête. Peut-être parce que je commence à croire que j'ai besoin de lui plus que je ne veux l'admettre.

Je lui souris en coin, comme si je voulais alléger l'atmosphère.

– On pourra toujours rester amis... l'éjaculateur précoce.

Il sourit, mais c'est un sourire triste. Un sourire qui me donne envie de reculer le temps. Il fixe un point devant lui, puis se tourne vers moi. Ses yeux sont sérieux, presque déterminés.

– Et si...

Il n'a pas le temps de finir. Une voix nous coupe.

– Salut les moches !

Connor. Je me retourne, surprise. Il s'avance, comme s'il n'avait rien interrompu. Il passe un bras autour de moi, un autre autour de Winter. Je sens tout le corps de Winter se raidir.

– Qu'est-ce que tu veux ? demande Winter, agacé.

– Quoi ? J'interromps quelque chose ? répond Connor, le sourire au coin.

– Non, je dis.

– Oui, lâche Winter en même temps.

Je le regarde, intriguée. Qu'est-ce qu'il voulait me dire ? Qu'est-ce qui était assez important pour que son regard change ainsi ?

– Alors Crocsi, tu fais quoi pour Noël ?

Je réfléchis, mais je sais très bien ce que je vais faire. Ce que je fais depuis l'an passé. Je cherche surtout quel mensonge inventer.

– Je vais voir ma famille.

Mensonge. Total. Vide. Froideur. Une piqûre dans le ventre.

– Et toi ?

Il sourit grand.

– Je vais voir mes mamans.

– Mes ? je répète sans réfléchir.

Il me regarde, ni gêné, ni blessé.

– J'ai deux mamans. Et pas de papa. Triste vie, hein ?

Il rit, mais pas de lui. Il est heureux, fier même. Il aime cette famille-là.

– T'as prévu de leur dire que t'as trouvé une centième copine ? demande Winter.

Connor lève les yeux au ciel.

– Elles n'ont pas besoin de savoir.

– Je leur dirai.

– Et tu penses que ton père dira quoi quand je lui balancerai que c'est toi qui as pété la vitre de la cuisine ? Pas le voisin avec son ballon.

– Je dirai rien.

– Je savais que tu changerais d'avis, sourit Connor.

Ils continuent de parler de Noël, des vacances. Famille. Cadeaux. Rires. Moi, je me tais. Noël me donne la nausée. Trop de souvenirs. Trop de fantômes. Il n'y a rien de magique dans les Noëls que j'ai connus. Juste des absences, des cris, des silences étouffants. Des Noëls où on te regarde sans te voir, où tu souris alors que tu veux juste t'éteindre. Des Noëls où tu rêves que quelqu'un remarque que tu es trop près du vide.

Mais personne ne remarque jamais. Alors tu souris. Et tu mens.

***

Chapitre particulièrement cours, j'avais plusieurs examens, il m'en reste plus qu'un à présent.
Et hier, c'était mon anniversaire !!
J'avais pas du tout le temps d'écrire.
J'ai écris ça rapidement pour vous donner un peu de Winter et Blake.
La suite arrive vite, encore plus intense, triste, et avec pleins de nouvelles découvertes.
Hâte d'être pleinement en vacances pour écrire la suite.
Love you !

Blue ContractOù les histoires vivent. Découvrez maintenant