« Je pense que je suis un cadeau mais je m'emballe peut-être. »
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Winter
Je rentre chez moi pour les vacances de Noël. Aujourd'hui, c'est la veille. Le genre de journée figée dans le sucre, les souvenirs et la lumière chaude. Je pousse la porte doucement, sans faire de bruit, comme si j'avais peur de réveiller une maison endormie. Je sais qu'elle ne l'est pas. Mais j'ai toujours ce réflexe, presque un respect silencieux pour les murs qui m'ont vu grandir.
L'air sent le feu de bois, le sucre chaud, la cannelle peut-être. J'entre dans la petite maison de mon enfance, là où les années ont laissé des traces discrètes, là où chaque recoin a encore mon empreinte. Elle est toujours pareille. Petite, bancale par endroits, mais vivante. Le sapin est là, pas bien grand, penché comme s'il s'était battu avec la gravité, mais beau. Vraiment beau. On voit qu'il a été décoré avec le cœur. Des guirlandes rouges et dorées qui brillent un peu trop, des boules de Noël qui datent de mon enfance — certaines encore avec mes griffonnages dessus —, et une étoile tout en haut qui menace de tomber mais s'accroche vaillamment.
Je pose ma valise dans l'entrée, j'enlève ma veste et je me dirige vers la cuisine, attiré par les rires étouffés et l'odeur du chocolat. Mon père est là, concentré sur une casserole fumante. Ma petite sœur est assise sur l'un des sièges hauts du comptoir. Huit ans, déjà. Blonde comme les blés, les yeux bleus exactement comme les miens, peut-être plus clair encore. Ce regard-là, je le reconnaîtrais parmi mille. Elle me voit pas encore. Je m'appuie contre le mur, le sourire aux lèvres.
– On dit pas bonjour ? je lance, amusé.
Elle se retourne d'un coup, la bouche pleine de chocolat, les yeux écarquillés.
– Wi...ter !!!
Elle saute de sa chaise comme si elle avait des ressorts dans les jambes et se jette dans mes bras. Son petit corps tout chaud se presse contre moi, et je la serre fort. Elle m'avait manqué d'une façon que j'avais même pas remarquée jusqu'à ce que je la tienne à nouveau. Je lui ébouriffe les cheveux, et elle râle tout de suite, la moue boudeuse d'un enfant outré.
Je me redresse, elle s'agrippe à ma jambe comme un koala. Mon tee-shirt est foutu, déjà tâché de chocolat, mais je m'en fiche. Je m'approche de mon père, qui me prend tout de suite dans ses bras, fort, comme s'il voulait rattraper tous les mois passés loin de moi.
– Tu m'as manqué, mon grand, dit-il.
– Toi aussi, papa, je murmure en profitant simplement de la chaleur de ce moment.
On parle un peu de tout, comme si on avait jamais été séparés. Le hockey, l'école de ma sœur, son travail. Des banalités précieuses. Puis je vais dans ma chambre pour poser mes affaires et me changer. Ma chambre de petit garçon. Rien n'a changé ici non plus. Les posters un peu froissés sur les murs, le lit qui grince, les souvenirs enfermés dans les tiroirs. J'enfile un nouveau tee-shirt, tiré à la va-vite de ma valise.
Mon téléphone vibre. J'ai pas le temps de passer ma tête complètement dans le col que je jette un œil à l'écran. Je fronce les sourcils. Beck. Sérieusement ? J'ai gardé son numéro, pour le cas où, mais je pensais pas qu'elle appellerait. Encore moins aujourd'hui. Il y a qu'une seule raison pour qu'elle le fasse, en vrai. Et cette raison, c'est l'aliénée.
Je décroche aussitôt, le cœur qui tape un peu plus fort.
– Winter ? dit-elle.
– C'est moi. Un problème ?
Elle souffle, soulagée.
– Je suis contente que tu répondes. Tu es avec Blake ?
– Non. Pourquoi je serais avec elle ? je demande, un peu paumé.
– Parce que vous passez Noël ensemble.
Je reste un instant sans voix.
– On fait ça ?
Je pensais poser une question, mais à l'autre bout du fil, le silence est celui d'un soulagement qui croit avoir entendu une affirmation.
– Tu m'as fait peur pendant une minute.
Je laisse tomber. Je vais pas jouer avec les mots, pas maintenant.
– Il y a une raison pour laquelle tu m'appelles pour savoir ça ?
– Blake m'a dit qu'elle le passait avec toi. Mais elle ne répond pas, alors j'ai cru qu'elle refaisait comme l'année dernière.
Tout tourne autour de moi.
– Elle a fait quoi l'année dernière ?
– Je ne sais pas si je suis bien placée pour t'en parler...
– C'est à propos de l'accident ?
Je l'entends hoqueter, puis chuchoter.
– Elle te l'a dit ?
– Ouais. Maintenant dis-moi ce qu'il s'est passé.
– Elle m'avait dit qu'elle allait voir sa famille. Mais elle est restée chez nous. Seule. J'ai dû rentrer en urgence pour pas la laisser passer Noël et son anniversaire toute seule.
Je me fige.
Elle a menti à sa meilleure amie. Pour être seule. Le jour de Noël. Le jour de son anniversaire. Et maintenant, elle recommence. Elle a dit qu'elle le passerait avec moi. Mais je suis là. Et elle ne l'est pas. Elle a encore menti. Et probablement, qu'en ce moment même, elle est seule.
Je serre le téléphone un peu plus fort.
– Je vois. Eh bien... elle passe les fêtes avec moi. Donc pas d'inquiétude.
– Très bien. Ça me rassure.
– Parfait alors. J'y vais.
Je suis déjà en train de chercher mes chaussures. Je vais la chercher. Je le dis pas, mais dans ma tête c'est clair.
– Attends ! Je pourrais l'avoir au téléphone ? J'aimerais lui souhaiter un Joyeux Noël.
– Tu peux pas.
– Pourquoi ça ? demande-t-elle, suspicieuse.
Parce qu'elle n'est pas ici, évidemment. Mais je mens à mon tour.
– Parce que je suis à la supérette. Et elle est chez moi. Elle joue avec ma petite sœur.
– Ah oui ? Blake déteste les enfants pourtant.
– Ma sœur est mature pour son âge.
– Elle n'a pas huit ans ?
– Si. Et grâce à sa maturité débordante, elle a conquis Blake.
– Je vois...
– Bon. Faut vraiment que j'y aille. Bonne fête, Beck. Bye.
– Bonne fête...
Je raccroche. J'enfile un pull, attrape mes clés. Mon père me lance un regard surpris.
– Tu vas où ?
– Je dois acheter un truc rapidement. Je reviens vite, je dis en claquant la porte.
Elle peut mentir à tout le monde. Dire qu'elle passe Noël avec moi. Dire qu'elle va bien. Dire qu'elle voulait être seule. Mentir, encore et encore. Mais si elle veut que ce soit moi, alors ce sera moi.
Je vais faire en sorte que ses mensonges deviennent vrais. Je vais être le meilleur faux petit ami de Noël. Tellement incroyable qu'elle me demandera sous le sapin. Je vais la chercher. Et elle n'aura pas le choix.
Rendons tes mensonges vrais, l'aliénée.
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Blue Contract
AléatoireDans les arcanes du hockey professionnel, Winter se démarque comme une étoile montante, destinée à briller dans la NHL. Tant sur la glace que dans sa vie personnelle, il incarne la détermination et la force, mais dissimule également ses peurs les pl...
