S'il te plaît Cupidon, la prochaine fois, touche les deux.
pinterest
Winter
Je me réveille avec un affreux mal de tête, comme si mon crâne avait été fracassé contre un mur pendant la nuit. Mes paupières sont lourdes, et chaque battement de mon cœur résonne jusque dans mes tempes. Quand j'ouvre enfin les yeux, je réalise que je suis dans ma chambre. Mais je suis incapable de me rappeler quand, ni comment j'y suis arrivé. Tout semble flou, confus.
Je me redresse lentement, le moindre mouvement m'arrache une grimace. Une serviette humide glisse de mon front et tombe sur mes jambes. Je la regarde, les yeux plissés, perdu. J'ai dû être fiévreux, ou peut-être quelqu'un a voulu soulager mon mal de crâne... Je ne sais pas. Je soulève ma couette, découvre que je suis en caleçon. Aucun souvenir de m'être déshabillé. Aucun souvenir tout court. C'est comme un trou noir qui avale la veille entière.
À côté du lit, une bassine. Mes tripes se serrent, rien qu'en la voyant. J'ai dû gerber, probablement plus d'une fois. Ma tête me lance de plus belle, et je n'arrive pas à me concentrer. Je fouille dans ma mémoire, mais tout est désordonné, chaotique. Quelques bribes reviennent, comme des images trop lumineuses et floues. J'ai vomi sur une fille, je crois... en quittant une chambre. J'ai bousculé quelqu'un dans un couloir. Puis plus rien. Le vide. Mais il y a autre chose. Quelque chose que je n'arrive pas à saisir, et qui pourtant pèse dans mon corps d'une étrange façon.
Ou plutôt... non. C'est justement ça : je me sens plus léger. Comme si un poids, que je portais depuis des semaines, des mois peut-être, s'était évaporé dans la nuit. Il s'est passé quelque chose, j'en suis sûr. Quelque chose de libérateur. Mais je suis incapable de remettre la main dessus. Comme si cette vérité m'échappait intentionnellement, comme un rêve trop beau qui s'efface dès que je cherche à le retenir.
Et pourtant, je ressens encore des traces de cette nuit. Une voix me revient, douce, presque irréelle. Elle me fait sourire sans que je sache pourquoi. Elle me fait rire aussi, un rire que je ne reconnais pas vraiment, un rire honnête, simple. Je sens encore un toucher... un contact agréable, rassurant, doux. J'entends des pleurs aussi. Peut-être les miens. Peut-être pas. Mais ces pleurs-là, ils résonnent différemment. Ils sont pleins de vérités. De celles qu'on ne peut ni fuir, ni ignorer. Des vérités qui ne se disent pas, qui se vivent.
Je descends, la tête toujours dans le brouillard, et trouve les gars déjà à table. L'odeur du café me donne la nausée, mais j'essaie de garder une contenance. Je demande, un peu groggy :
– Un de vous m'a ramené hier ?
Ils me regardent tous comme si je venais de poser la question la plus absurde du monde, puis secouent la tête. Non. Personne. Je souffle, plus agacé par mon trou de mémoire que par leur indifférence. Edward, fidèle à lui-même, lâche une remarque que je n'ai pas l'énergie d'encaisser :
– Tu es sorti la veille d'un match ?
Je lève les yeux vers lui, fatigué, épuisé même, et réplique :
– Ferme-la. Et mange en silence.
Et c'est ce qu'on fait. Pas un mot. Juste les bruits de couverts, le café qui coule, et mes pensées qui tambourinent contre mes tempes. Ensuite, on se prépare. Roule à la fac. Et on monte dans le bus qui nous emmène à la patinoire, direction notre match. Une heure à ruminer, le regard perdu dans le paysage qui défile.
Quand on arrive, on se dirige vers les vestiaires. L'ambiance est étonnamment détendue. Ni le coach, ni nous ne sommes vraiment stressés. On sait qu'on est déjà qualifiés pour le tournoi NCAA, le fameux "Frozen Four". Mais malgré tout, quelque chose chez moi n'est pas à sa place. Je suis là, mais je ne le suis pas totalement. Une partie de moi est encore coincée dans cette nuit brumeuse.
VOUS LISEZ
Blue Contract
RandomDans les arcanes du hockey professionnel, Winter se démarque comme une étoile montante, destinée à briller dans la NHL. Tant sur la glace que dans sa vie personnelle, il incarne la détermination et la force, mais dissimule également ses peurs les pl...
