45-Blake

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Je ne deviens pas folle.
Je suis une folle, qui redevient normale te temps en temps.

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Blake

Winter vient de me laisser. Je tourne la clé dans la serrure, et dès que le déclic résonne, je m'effondre par terre comme une gamine. Je reste allongée un instant, les bras en croix, le cœur battant encore à cent à l'heure. Puis, sans prévenir, un cri m'échappe, un mélange de rire et de soupir, quelque chose d'incontrôlable. Mes poings frappent le sol à plusieurs reprises et je roule de gauche à droite, incapable de tenir en place. J'ai l'air folle, mais je m'en fiche complètement.

Je suis en couple avec Winter. Avec Winter Griffin. Avec l'éjaculateur précoce. Ces mots résonnent dans ma tête comme une vérité impossible, et pourtant réelle. C'est arrivé. Nous deux, ce n'est plus un jeu, plus une illusion. C'est vrai, tangible, solide.

Je cache mon visage dans mes mains et je rigole toute seule, nerveuse, secouée de frissons d'excitation. Je me redresse à moitié, puis je me rallonge encore en poussant un autre cri étouffé contre le sol. Mon cœur bat si fort que j'ai l'impression qu'il va sortir de ma poitrine.

C'est à ce moment-là que la porte s'ouvre derrière moi. Je sursaute, me fige, et me retourne lentement. Beck est là, chargée de bagages jusqu'au menton, me regardant comme si elle venait de surprendre une folle furieuse dans son salon.

– Bonnes vacances, j'imagine, dit-elle en haussant un sourcil.

Je me redresse maladroitement, les joues brûlantes.

– On peut dire ça, je souffle, le sourire idiot encore collé à mes lèvres.

Beck dépose ses valises avec un soupir épuisé, puis file vers la cuisine. Je l'entends ouvrir le robinet et boire un grand verre d'eau, comme si c'était la première gorgée qu'elle prenait depuis des jours. Elle revient ensuite, s'affale contre le mur, et me fixe un instant en silence.

– Je suis contente que tu ailles mieux, finit-elle par dire d'une voix douce.

Je baisse les yeux. Ses mots me touchent, mais la douleur est encore là, toujours tapie au fond de moi, impossible à ignorer. Je ne trouve rien à répondre. Je ne peux pas dire que ça va, pas vraiment. Alors je choisis la fuite, le changement de sujet.

– Et toi, comment se sont passées tes vacances avec ta famille ?

Ses yeux s'illuminent aussitôt et elle se lance dans un long récit. Elle parle sans s'arrêter : des repas interminables, des disputes ridicules avec ses cousins, des journées au soleil, des promenades en bord de mer, des rires, des engueulades, puis encore des rires. Sa voix emplit la pièce, et je me laisse bercer par son monologue. C'est plus simple d'écouter que de penser.

Une heure plus tard, après avoir parlé et rangé un peu nos affaires, nous finissons dans nos chambres respectives. Je me jette sur mon lit comme une pierre tombant dans l'eau, écrasée par l'épuisement mais étrangement légère à l'intérieur.

Je ferme les yeux, laisse échapper un grognement quand mon téléphone vibre dans ma poche. Je n'ai pas envie de bouger, pas envie de penser à quoi que ce soit. Mais quand je sors enfin l'appareil et que je vois le nom qui s'affiche, mon visage s'illumine aussitôt. Un sourire irrépressible m'envahit, me dévore, comme si mon corps entier renaissait.

La notification dit :

« Ça te dirait un rendez-vous Blue ? »

Je reste figée, le téléphone serré contre ma poitrine. Le contraste me frappe de plein fouet. Je suis brisée à l'intérieur, avec mes cicatrices, mes blessures, mes souvenirs douloureux qui ne s'effacent pas. Mais en même temps, je n'ai jamais été aussi heureuse. Winter réussit à rallumer quelque chose en moi que je croyais mort depuis longtemps. Et cette petite phrase, ce rendez-vous promis, c'est comme une étincelle qui me rappelle que, peut-être, la vie peut encore être belle.

Blue ContractOù les histoires vivent. Découvrez maintenant