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Si ça se consomme, c'est du sexe.
Si ça se consume, c'est de l'amour.

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Blake

Je suis allongée dans mon lit, les draps moites, les paupières lourdes, la gorge sèche et l'estomac retourné. Le plafond tangue doucement au-dessus de moi, et j'ai l'impression qu'il pourrait s'effondrer à tout moment. Ce serait pas si grave. J'ai mal au crâne, j'ai mal au ventre, j'ai mal partout. Je suis vide, lessivée, lessivée de l'intérieur. Comme si j'avais été raclée par une marée noire, poisseuse, épaisse, et qu'elle avait tout emporté avec elle. J'ai bu. Trop. Et trop vite. J'ai pas compté les verres, j'ai juste bu pour oublier que j'étais seule, pour m'abrutir jusqu'à m'enfoncer dans un néant sans rêve.

Beck est partie hier, comme prévu. Elle croit que je passe Noël avec lui. Avec ce foutu faux petit ami. Elle croit qu'on est tous les deux, en train de s'embrasser sous une guirlande lumineuse, de nous gaver de chocolats et de regarder des films débiles sur un canapé moelleux. Elle imagine une version de moi que je n'incarne jamais. Et c'est parfait comme ça.

Je peux sombrer tranquillement dans ma solitude. Beck ne saura rien. Personne ne saura. C'est le but. Me terrer. Me taire. Disparaître quelques jours sous les couvertures et me réveiller quand ce sera fini.

Noël. Les fêtes. Toute cette période me donne la nausée. Les gens qui rient trop fort, qui prétendent être heureux, qui emballent des cadeaux en croyant que ça répare tout. Moi j'ai rien à fêter. Rien à célébrer. Je hais cette comédie. Noël, c'était beau autrefois. C'était chaud, c'était doux. Maintenant ça me brûle la peau, comme une cicatrice mal refermée.

Alors j'ai éteint mon téléphone. J'ai débranché le monde. Personne ne peut me déranger. Pas de notifications, pas d'appels, pas de rappels que j'existe. Juste moi, l'alcool, et le néant. Un semblant de bonheur toxique dans un silence complet.

Jusqu'à ce que des coups secs et violents frappent contre ma porte d'entrée. Je pousse un grognement étouffé contre mon oreiller. C'est qui à cette heure-là ? Les gens devraient être loin. En famille. À rire. À s'engueuler autour d'un sapin. Moi je suis censée être seule. Je veux être seule. J'ai besoin d'être seule pour continuer à me détester en paix.

Mais les coups deviennent plus insistants, plus insistants et plus rageurs. Quel connard ose frapper comme ça ? Je sors du lit, titubante, débraillée, la tête qui tourne. Je suis prête à exploser, à hurler. Je vais lui balancer une insulte bien sentie et lui claquer la porte au nez.

J'ouvre sans réfléchir, sans même regarder dans l'œilleton. Et là, il est là.

Winter.

Je cligne des yeux. Une fois, deux fois. C'est pas réel. Il n'est pas censé être ici. Il devrait être chez lui. Avec sa famille. En train de manger des plats beaucoup trop salés, dans un salon beaucoup trop illuminé.

Je fronce les sourcils. Puis j'essaie de refermer la porte aussitôt, paniquée, mais il est plus rapide. Il la bloque du pied et entre, comme si c'était chez lui. Je grogne, désespérée.

– Casse-toi, ou j'appelle la police !

Il me répond sans se démonter, son regard planté dans le mien, comme toujours.

– Fais-le, j'appelle Beck.

Je le déteste. Viscéralement. Il sait frapper là où ça fait mal. Il connaît mes limites, mes peurs, mes failles. Et il s'en fout. Il marche dedans sans hésiter.

– Rentre chez toi, l'éjaculateur précoce.

Je crache le surnom comme un venin, mais il ne tique même pas. Il sourit, ce con. Il est habitué maintenant. Même plus blessé. Il a appris à lire entre mes insultes.

Blue ContractOù les histoires vivent. Découvrez maintenant