Pour la défense, on m'a laissé sans surveillance.
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Blake – L'an dernier
Je me souviens. J'ai toujours aimé la période de Noël. Le 24 avec l'excitation, les lumières qui brillent dehors comme si le monde devenait un peu plus doux, les rires dans la maison, les odeurs de cannelle, de pain chaud, avec ses cadeaux déchirés trop vite, ses repas trop longs, les regards pleins d'amour. Puis le 25, encore plus magique, mon anniversaire, comme un petit supplément d'existence, comme si le monde me célébrait encore un peu. Et enfin le Nouvel An, les vœux, les promesses. C'était une succession de jours heureux, un calendrier de joie que je guettais enfant comme on attend les étoiles filantes.
Mais cette année, c'est différent.
Cette année, je n'arrive pas à sourire. Je n'y arrive pas, pas même à prétendre. Il n'y a pas de rire, pas de magie, pas de chaleur. Rien qu'un grand froid, un silence lourd qui remplit chaque pièce où je me tiens. J'ai menti à ma famille, leur disant que je passerais les fêtes avec Beck. Et j'ai menti à Beck aussi, lui disant que je serais chez ma famille. Un mensonge parfaitement ficelé pour que personne ne s'inquiète, pour que je puisse rester seule, dans l'ombre, dans mon trou. Pour me morfondre. Pour tomber. Et je suis tombée.
Je souffre. Beaucoup. Trop.
C'est un mal profond, lent, acide. Une douleur sourde et aiguë à la fois, comme si quelque chose me rongeait de l'intérieur sans jamais s'arrêter. J'ai cette sensation étrange que mon cœur ne tient plus. Qu'il est en train de se désagréger, de se briser en mille morceaux minuscules. Et que je vais finir par m'écrouler avec lui. J'aimerais le prendre, ce cœur, et me l'arracher. Juste pour que ça s'arrête. Juste pour que ça ne batte plus dans le vide. Juste pour qu'il cesse de me faire aussi mal.
Les larmes, elles, ont cessé. Elles ont laissé place à autre chose. Un silence, un néant. Un vide immense qui avale tout. C'est comme si mon corps n'en pouvait plus de pleurer. Comme si même la tristesse avait décidé de me laisser tomber. Alors elle a cédé la place au néant. Et ce vide, il est pire. Parce qu'il ne bouge pas. Il s'installe, il s'enracine. Je suis seule, complètement seule. Pas juste physiquement. C'est pire que ça. Je suis seule à l'intérieur.
Il est presque 23h.
Je n'en peux plus. Je ne veux plus rester entre ces murs. Ils m'écrasent. Ils me rappellent trop ce que je ne suis plus. Ce que je ne serai peut-être jamais plus. Je glisse mes pieds dans mes crocs, je suis encore en pyjama, un vieux truc informe que je traîne depuis des jours. Je prends une couverture et je sors. Comme ça. Sans réfléchir. Sans but. Juste partir.
Le froid m'arrache un frisson dès les premières secondes. Mais je continue. Mes jambes avancent d'elles-mêmes, comme si elles savaient où je devais aller. Ou plutôt fuir. Mes doigts tremblent un peu, mais je m'en fiche. Je ne sens presque rien. À l'intérieur, je suis gelée depuis bien plus longtemps que ça. Le froid dehors ne fait que rejoindre celui que je porte déjà. Celui que je suis devenue.
Je marche longtemps. J'entends mes pas dans la nuit. Le vent siffle, je croise des maisons décorées, des fenêtres éclairées, des ombres qui bougent à l'intérieur. Des familles. Des rires. De la vie. Et moi dehors, comme un fantôme.
Je suis perdue dans cette douleur. J'ai l'impression de tomber dans un puits sans fond. Chaque pensée me pousse plus bas. Chaque souvenir me blesse un peu plus. Et je n'ai rien à quoi m'accrocher. Rien. Même pas l'espoir. Il a fui lui aussi. J'ai mal, si mal, que ça devient un état. Plus qu'une émotion, c'est une prison. Je ne sais même plus ce que je ressens exactement. Tout se mélange. Le vide. Le froid. Le manque. La solitude. La colère. La honte. L'abandon. Tout.
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Blue Contract
RandomDans les arcanes du hockey professionnel, Winter se démarque comme une étoile montante, destinée à briller dans la NHL. Tant sur la glace que dans sa vie personnelle, il incarne la détermination et la force, mais dissimule également ses peurs les pl...
