Odessa
Je finis à un point de rassemblement à l'intérieur des profondeurs du Nexus. C'est un espace gris et froid aux murs bruts dont certains sont cassés. Ils laissent l'accès à d'autres endroits vides aux murs parfois abattus grossièrement aussi et ainsi de suite. Des fois, il n'y a pas de lumière. Tous les soldats parlent ensemble et ils sont tous en tenue en train de s'armer joyeusement. Figma me met un uniforme complet, encombrant et pesant dans les bras qu'il a eu la bonté étrange de me laisser laver du sang d'Olan.
Bizarrement j'avais hésité à me détacher de cette dernière partie de lui. Le poids de cet uniforme me rappelle celui de mon erreur. Malgré l'absurdité de ma demande, je sors:
-Je peux aller derrière un des murs cassés pour me changer?
D'après le mouvement de son sourcil noir, il semble amusé. Mais son regard bleu foncé allongé et me dit qu'il y réfléchit aussi. Je pense qu'il va refuser. Pourtant, il réplique:
-Essaie de te faire la malle et je vais te traquer pour te finir en avance, ok?
Je hoche la tête. J'aurais pu me changer avec eux, mais on m'aurait encore plus remarquée. Vraiment plus encore parce qu'ils ne me reconnaîtraient pas. Je me change le plus rapidement possible avec tout le matériel puis je plie mes vêtements en me retenant de pleurer quand je les mets dans un coin. Comme si j'allais pouvoir les récupérer. Je regarde mon téléphone et ne pouvant me décider à abandonner mon monde personnel, je le mets dans une poche avant d'enfiler mon gilet par balles. Quand je retrouve Figma, il me mène à leur armurerie improvisée étant des tables pleines de machines à tuer. Plus tard, je soupèse mon AK-47 en espérant me souvenir correctement de comment Mars m'a appris à m'en servir.
Il m'avait dit que j'étais meilleure avec l'autre arme, mais ils n'en avaient plus. Mars...oh mon Dieu. Je secoue la tête et fixe le sol en espérant que personne ne me remarque. J'ai peut-être un masque tactique sur la moitié de mon visage, mais le connard qui m'a emmenée ici a dessiné des cœurs sur mon casque et mon gilet par balles au marqueur blanc. Il m'a ensuite dit qu'il est équipé d'un traqueur précis et que si je l'enlève les soldats les plus proches ont ordre de m'abattre. Mais plus en général quand le moment viendra ils donneront l'ordre de "chasser les cœurs" pour en finir un peu plus tard. Ça serait presque drôle, connaissant l'état du mien.
Après un nouveau briefing, on est appelés, car c'est le moment. La plupart ont des lunettes infrarouges ou des lentilles, mais je suis aussi arrivée trop tard pour en avoir. Pourtant je ne pense pas que c'est tous ces accessoires qui causeront ma fin. On avance plus profondément dans les entrailles d'Elys pour surprendre les hommes d'El Lobo dans leur Q.G. D'après le plan, ce ne sera pas tous ses hommes, mais les plus dangereux, létaux et mieux formés. Il les appelle La meute. S'il ne les a plus, il sera tellement affaibli que le reste sera facile. Mais tuer la meute ne se fera pas en deux secondes je pense. Enfin, il y a quand même nos équipes à toutes les issues. C'est fini. Une partie de moi espère que je tiendrais longtemps, mais une autre se rappelle qu'ils vont m'abattre de toute façon. Je pourrais le faire pour Olan.
À mon tour, je passe par le trou dans le mur. Au milieu des bruits explosifs dans la pièce à la déco luxueuse, j'attrape mon arme avec force. Cela m'aide à contrer mes tremblements et les battements de cœur retentissant en moi. L'adrénaline me fait tirer rapidement avant de rejoindre un homme derrière un bureau plus loin afin de prendre la place d'un autre. Je vérifie rapidement son état de santé. Malheureusement, l'hologramme de ses constantes apparaissant à l'aide du bouton sur son uniforme m'indique qu'il est mort. Je me décide rapidement à le faire rouler plus bas pour mieux me placer.
C'est une pièce vraiment longue qu'ils ont bien meublée donc ça durera peut-être. Je pourrais me cacher tout le temps du combat ou essayer de me racheter, avant qu'ils ne me mettent une balle dans la tête. Je me mets en position au bout du meuble malmené et me mets à tirer au milieu du chaos. Je me plaque rapidement et sens l'impact violent des balles heurter le bureau. Mon niveau de stress mélangé à l'adrénaline cause une espèce de pression me faisant presque quitter mon corps, mais je me reprends et solidifie ma présence pour recommencer à appuyer sur la détente en tenant fermement l'arme secouée par ses propres munitions. Mes balles se dirigent vers des hommes derrière un canapé crème crevé de partout. Tandis que le sol est souillé par quelques cadavres de malchanceux et leur sang. Il y a aussi maintenant des meubles renversés comme une commode afin de servir de couvert et les objets délogés et brisés jonchant le sol. Cet endroit s'est transformé en un bordel pas possible en peu de temps. L'odeur de poudre et de sang a fini par disparaître, mon corps a dû allouer la majorité de mon énergie à d'autres sens que l'odorat pour survivre.
Sous ma stupéfaction quand je reregarde pour tirer le corps d'un homme dépasse du canapé. Je pense l'avoir eu parce que j'étais la seule à tirer dans cette direction juste avant. Nos échanges de tirs violents continuent encore plusieurs minutes. J'ai un gilet par balles, mais entendre les balles heurter notre meuble me fait quand même trembler. Un tir bien placé peut avoir mon front "par chance". Justement, l'homme de l'autre côté du bureau derrière moi pousse un cri rauque dans son casque connecté à mon oreillette à cause de la proximité. À cause de l'appareil s'activant aux bruits forts, je me tourne pour le voir étalé par terre. Il est tombé en dehors du meuble sans protection, mais ils ne lui tirent pas dessus. Ils pensent peut-être qu'il est mort.
VOUS LISEZ
𝐌𝐀𝐑𝐒
Roman d'amourOdessa, 22 ans, vend du plaisir corrompu pour subvenir à ses besoins. Habitante de la cité d'Elys, isolée au milieu du désert américain à la fin du 21ème siècle, elle survit en faisant des pâtisseries infusées de drogues. Mais sa routine illicite ex...
