4/ Une place vide

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Nous étions tous rassemblés autour de la table à manger et nous discutions de choses et d'autres. Pourtant, dans cette ambiance festive qui avait empli la salle, je ne cessai de fixer la place vide en face de moi. Noah n'était pas revenue me voir de la journée et son absence résonnait en moi comme un mauvais présage. Aucune des personnes présente autour de cette table ne semblait s'être formalisé de son absence. Enfin, j'avais peut-être parlé trop vite. Susan, qui s'était assise à ma droite se pencha vers moi et me murmura à l'oreille :

-Noahlia n'est pas présente pour te tirer d'affaire, Atlas.

Ses yeux d'ambre m'ont fixé d'une lueur malsaine et je sus qu'elle voulait tout raconter à notre père. La menace, pourtant, ne se mit pas à exécution, car le Roi m'interpella à travers la table. Le silence se fit. Il était rare qu'il s'adresse à moi devant toute la famille, ma présence étant toujours rapportée à la honte qu'il avait eu de me ramener au château. 

-Fils, j'ai une bonne nouvelle pour toi. L'un des fils du roi du Sud à une fille qui vient d'atteindre l'âge du mariage. C'est une demoiselle très attachante malgré sa cécité. Torino ne pensait pas pouvoir la marier un jour mais j'ai proposé d'allier nos deux familles grâce à toi.

Aucun mot ne voulut sortir de ma bouche. Il fallait bien que cela arrive un jour. L'image du doux visage de Soluun s'imprima sur mes rétines alors que j'avais cessé de respirer. Susan pouffa ce qui me tira de ma rêverie au même moment ou Friedel me donnait un coup de coude par-dessous la table. J'ai balbutié quelques excuses déplorables qui ont amusé Gimel qui s'est retrouvé fusillé du regard par la Reine.

-Je... Je suis honoré, Père. L'émotion me noie.

-Très bien ! Se félicita-t-il. Je les ai invités à venir diner à notre table Royale la semaine prochaine, j'espérais offrir Noahlia à son frère ainé mais je doute que Torino accepte. En parlant de cette petite écervelée, où est-elle ?

-Votre fille ne s'est pas montrée depuis le petit-déjeuner, s'est offusquée la Reine en reposant ses couverts. Elle n'a même pas daigné se présenter à sa leçon de chant de la semaine. Son professeur était furieux. Il lui faut une bonne correction. Cette enfant n'en fait qu'à sa tête.

-Luavina, ma douce, ne vous énervez pas. Rappelez-vous que c'est aussi votre fille.

-Carmilla et Susan me conviennent amplement, je n'ai pas besoin de cet électron libre et fougueux.

Si Noahlia avait été présente, elle ne se serait pas formalisé d'être traité de la sorte et j'enviais son calme et sa retenue. Mais je n'étais pas comme elle. La colère m'obligea à me lever, les poings serrés, je ne savai pas ce que je faisais, mes paroles étaient guidées par une sombre colère.

-Si Noahlia vous déplais tant, vous devriez vous demander pourquoi. Parce qu'elle est tout ce que vous n'êtes pas. Charmante, gentille et attentionnée. Elle au moins a le courage de s'opposer à votre tyrannie, et votre vile stupidité !

-Atlas ! Gronda le Roi en se levant à son tour le visage rouge de colère. Va te calmer dehors, et trouve un moyen d'excuser ta conduite sinon tu vas....

-Si vous me le permettez Père, s'interposa Friedel en se relevant aussi pour attraper mon bras, je vais montrer à mon cher frère ce que c'est que l'obéissance. Laissez-moi l'emmener dans les cachots.

Père fait un geste lâche de la main pour autoriser Friedel à m'emmener sous les regard surpris des autres membres de la famille ; Il est rare que l'ainé de la famille s'interpose de cette façon dans une dispute familial. C'est le plus sage et le plus discipliné d'entre nous. Il ne perd pas une seconde et m'entraine dehors, sa poigne solide autour de mon biceps. Ses yeux noisette m'obligent à me taire et à le suivre. Alors que nous descendions jusque dans les cachots, il s'arrête et me jette un regard complice.

VidyutaOù les histoires vivent. Découvrez maintenant