27/ Je croyais t'aimer

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C'est le froid qui me réveilla. Le froid et une image. Celle d'une femme qui me bougeait le corps, qui manipulait mes membres. C'était une sensation étrange. Je devais être en train de dormir, mais pourquoi dormir alors que nous étions en pleine cérémonie ? Le visage d'Ether s'imprima sur mes rétines et je me mis à crier en me redressant. Un homme se jeta sur une femme que je ne voyais pas clairement. Mes yeux me transmettaient une vision floue du monde. La femme cria de surprise et se plaqua contre le mur le plus loin de moi possible. Je clignai des yeux. Une fois. Puis deux. Et ma vue revint convenablement pour que je puisse discerner le visage d'Ether, d'Atlas et de Méroé. Elle semblait effrayée et mes frères n'étaient pas tellement sereins. Je compris pourquoi quand je vis mon reflet dans le miroir de la salle de bain grâce à la porte qui était restée ouverte.

Ma Seconde Origine était en train de transformer mon corps en une boule d'énergie si dangereuse que je peinai moi-même à ne pas grimacer de douleur. Mes yeux bleus avaient replacé la couleur noisette de mes iris et mes cheveux blancs ondulaient dans l'air comme si une petite brise les soulevait.

-No, range tes pouvoirs, m'ordonna Ether les mains en avant comme pour se protéger.

-Pourquoi ? Pourquoi est-ce que tu m'as drogué ? Hurlai-je furieuse en le fusillant après avoir bondis du lit.

Un éclair s'abattit violement près de sa tête, laissant sur le mur une lézarde brûlée.

-Nous voulions t...

-Non ! Ne réponds même pas ! Tu... Comment as-tu pu me faire ça à moi ?

-Je sais que tu penses qu'il t'a trahi, commença Atlas, mais en y réfléchissant bien, il a fait ça pour ton bien. Nous partons pour le Sud avec les Paladini, et notre famille ira se réfugier à Shan sur l'île du Paradis le temps que tout ce calme.

Je fixai mon corps qui était vêtu d'un pantalon de toile marronnât et d'un chemisier en lin. Méroé m'avait changé. J'ignorai Atlas et reportai mon attention sur elle.

-Tu savais ?

-Non, non, balbutia-t-elle. Je n'ai su qu'après. Cependant, je pense que j'aurais agis de la même manière que mon frère, te connaissant.

-Que veux-tu dire pas là ?

Elle hésita. En signe de bonne foi, je rengainai ma So pour qu'elle sache que je ne l'attaquerai pas. Elle sembla aussitôt se détendre puis inspira profondément pour poursuivre.

-Nero est en train de s'occuper de tout pour faire en sorte qu'il y ait le moins de victime possible. Il a conclu un pacte avec Badenil de Castellane pour qu'il ouvre ses frontières à ceux qui voudraient se réfugier dans son Royaume. Ma famille part pour aller sécuriser le Sud. Les rescapés du Nord sont invités à rejoindre les autres Royaumes. L'Ouest est interdit de séjour le temps que la crise ne s'est pas officiellement déclarée ici. Ce que je suis en train de te dire, c'est que tu dois suivre Nero avec nous dans le Sud et laisser les habitants de l'Ouest se débrouiller. Ils savent ce qu'ils ont à faire.

-M'endormir ainsi n'était pas une solution, crachai-je à l'intention d'Ether. Elle a pu me convaincre en quelques phrases.

-Ne leur en veux pas, intervint Atlas. Tu nous as tellement habitués à n'en faire qu'à ta tête qu'ils ont pensée, à tort, qu'ils n'avaient que cette solution.

Je serrai les mâchoires, toujours en proie à cette sourde colère qui menaçait de faire jaillir ma So d'une seconde à l'autre. Il y avait de petits éclairs miniatures qui s'échappaient de la pointe de mes cheveux blancs. Je n'aurais pas dû être en colère alors que je savais qu'au fond ils avaient tous raisons. J'aurai refusé d'écouter ce qu'ils avaient à me dire et j'aurai foncé tête baissée dans un amas d'ennuis. C'était leur affection pour moi qui les avait poussés à agir ainsi, et c'était la même affection qui allait m'aider à les pardonner.

VidyutaOù les histoires vivent. Découvrez maintenant