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vingt-cinq

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   « C'est toujours pareil avec les hommes. Vous avez remarqué ? S'il y a un problème, c'est qu'il y a un homme dans les parages.

- Je ne suis pas un mec, maman.

- Je sais, Camila.

- Donc, ce serait sympa si tu pouvais éviter de m'y associer. »

Elles se disputaient depuis qu'elles s'étaient levées, et comme l'audition formelle avait lieu aujourd'hui, elles s'étaient tous levées tôt. Sa sœur semblait captivée, à croire que leur mère leur racontait des contes de fées, alors qu'elle leur décrivait tous les sales types qu'elle avait rencontrés dans sa vie. Sofia gobait ses mots. Si tous les hommes étaient mauvais, alors elle n'avait pas besoin de se sentir si seule. Maman aussi s'en donnait à cœur joie. C'était sa nouvelle manière de se rapprocher de Sofia.

« Est-ce que tu es censée boire ça ? dit Camila. Je croyais qu'on avait conclu un marché. »

Elle l'ignora, se lécha les lèvres comme un chat affamé, porta le verre à ses lèvres et en avala une grosse gorgée. Camila regarda la montre, il était presque huit heures. A ce rythme, elle serait ivre avant même qu'elles partent pour le tribunal.

« Il suffit de regarder dans la cité, répondit sa mère. Tout ce que font les femmes, les enfants, le ménage, les courses et la cuisine, tout ça, sans parler du boulot. Tu as déjà remarqué que les femmes savent faire plus de deux choses à la fois ?

- Moi, je sais faire trois choses à la fois, dit Sofia. Regarde, je mange des Coco Pops, je mets mes chaussettes et je t'écoute.

- Oui, mais toi, tu es un génie », lui dit Camila en se penchant par-dessus la table pour prendre la bouteille des mains de sa mère.

Celle-ci leva les yeux.

« Où est-ce que tu l'emportes ?

- Je te propose un marché. A la place, je te prépare un petit déjeuner.

- Je ne veux pas de petit déjeuner.

- Il faut que tu manges quelque chose avant qu'on parte. »

Camila inspecta la bouteille en montant les escaliers. Du sherry Tio Nico à quatre euros le demi-litre chez Ajay. Alcool à 9,7°. Elle avait dû aller l'acheter dès le matin, pendant qu'elle réveillait sa sœur. Peut-être qu'elle s'était dit qu'elle allait juste chercher du lait. Un truc aussi bon marché ne pouvait qu'être mauvais, et il en manquait déjà un tiers. Elle la balança dans son placard et redescendit au salon. Si elle arrivait à lui faire manger quelque chose, cela absorberait le plus gros.

« Œufs brouillés, dit-elle. Si ça vous tente, j'en fais. »

Sa mère cligna des yeux.

« Des œufs brouillés ?

- Oui, tu sais, de la vraie cuisine, pour une fois. Un peu d'oignon, un peu d'ail. On a même du bacon, ça va être super. »

Sa mère eut l'air troublé. Elle reporta son attention sur son verre et avala la dernière gorgée.

« Comme tu veux. »

Elle essaya de ne pas l'écouter raconter à Sofia l'une de ses folles histoires londoniennes, à propos d'un type qui s'appelait Vivian. Le type était marié et avait trois enfants, mais il avait curieusement oublié ce détail quand il avait passé un coup de fil à leur mère depuis les catalogues de l'Argos, et qu'il l'avait demandée en mariage.

« C'était tellement humiliant, expliqua leur mère et les filles exprimèrent leur empathie. Je n'avais que dix-sept ans. Si ça se trouve, c'est lui qui a gâché ma relation aux hommes, à jamais.

Sofia hocha la tête.

« Les hommes sont des animaux, gronda Sofia. »

Gillian arriva au moment où elle servait les œufs, et même si maman s'en passa et que Sofia se contenterait sans doute de picorer, cela faisait bel effet. Elle avait envie de lui dire : « Je vous avais bien dit que je me débrouillais très bien. » Il avait envie qu'elle remarque la propreté de l'appartement, mais Gillian n'eut d'yeux que pour les bleus qu'elle avait au visage. Elle se dirigea droit vers elle et l'examina comme si elle était médecin.

« On m'en a parlé, dit-elle.

- Ça a l'air plus grave que ça n'est.

- Cela saute aux yeux, quand même. Et cela fait plus de deux semaines, n'est-ce pas ? On voit encore toutes les couleurs de l'arc-en-ciel. »

Camila lança un regard furibond à Sofia. Elle aurait mieux fait de fermer sa gueule. Elle savait qu'elle ne révélerait pas avec qui elle s'était battue parce qu'elles étaient tombés d'accord sur le fait qu'elles n'en parleraient à personne excepté Shawn, et elle ne savait même pas que Lauren était présente. Mais Camila aurait parié n'importe quoi sur le fait qu'elle raconterait à Gillian qu'elle s'était fait battre à plate couture. Camila se demanda si la flic notait ce genre de choses dans son dossier : « Modèle féminin défaillant dans cette famille. La fille aînée est une mauviette. »

« Moi, j'aime bien son bleu, intervint Sofia. Il est joli.

- C'est vraiment idiot, l'interrompit maman. Elle part pour à son rencard et revient couverte de sang. Elle n'a rien voulu me dire à ce sujet, hormis le fait qu'il y avait le petit copain. On aurait pu espérer qu'elle se renseignerait avant d'y aller, non ? »

Camila regarda sa mère d'un air menaçant. Elle pouvait s'estimer heureuse qu'elle l'ait réveillée, qu'elle lui ait fait couler un bain et qu'elle ait caché la picole. Elle aurait pu montrer un peu de reconnaissance. Bien sûr, c'était un jour particulier et elle était nerveuse, mais ce n'était pas une raison pour s'en prendre à elle.

« Est-ce que j'aurais la chance d'avoir un thé ? » demanda Gillian en ôtant sa veste.

Banco, elle aussi commençait à la traiter comme l'esclave de service. Elle mit la bouilloire en route, multipliant les gestes brusques pour lui montrer qu'elle n'était pas si commode. Elle fut étonnée de voir Sofia se pousser sur le canapé pour faire de la place à cette femme. Il n'y avait pas si longtemps elle la détestait, et aujourd'hui elle lui faisait un grand sourire et lui proposait un morceau de toast.

« Sofia est un peu nerveuse, expliqua leur mère à la flic. C'est bien que vous soyez venue. »

Gillian hocha la tête avec empathie.

« Tant mieux. Je vais rester avec elle jusqu'à ce que vous rentriez. Je pourrai répondre à toutes ses questions et on m'avertira dès qu'on saura ce qu'il plaide. » Elle se tourna vers Sofia dont elle tapota la main. « Tu seras la première à l'apprendre, d'accord ? »

Sofia hocha la tête.

« Mais il n'avouera jamais, n'est-ce pas ?

- Je suis désolée, chérie. Il y a peu de chances qu'il le fasse. Mais nous allons rester optimistes, hein ? Tant que ce n'est pas passé, tout est encore possible. »

Camila déposa une tasse de thé devant elle, du lait, sans sucre, exactement comme elle l'aimait.

« Un biscuit ? demanda-t-elle parce qu'elles en avaient.

- Merci, non. » Elle leva vers elle son visage souriant.

« Je reviens chercher maman après, expliqua Camila à Gillian. J'ai changé de service au boulot, un copain me ramènera en voiture. Le bus prend trop de temps.

- Je ne sais pas ce que je ferais sans elle, intervint sa mère. Sans rire, c'est un diamant. »

Elle semblait même croire ce qu'elle disait, ce qui était vraiment sympa.

« Bien joué, Camila », répondit Gillian.

Même Sofia lui adressa un petit geste tendre de la main.

Et voilà le travail !   

toi contre moiDes histoires addictives. Découvrez maintenant