Le mois de décembre semblait s'écouler à une vitesse folle. Kageyama était tellement concentré sur son entraînement qu'il voyait à peine les jours passer. Il allait bientôt reprendre les matchs et il voulait se donner, être la meilleure version de lui-même. Il voulait prouver qu'il avait sa place au sein de l'équipe nationale de volley.
Les choses auraient pu être aussi simples que cela, mais elles ne l'étaient pas. Kageyama avait beau travailler son corps et son esprit, se concentrer le plus possible sur le volley, il n'était pas entièrement là, il le sentait. Une partie de lui semblait appartenir à Hinata tant ce dernier était omniprésent dans ses pensées.
Une dizaine de jours s'étaient écoulés depuis cette fameuse soirée où il avait été enfermé dans le sous-sol du café avec Hinata et Matsuo. Le simple souvenir de ce moment suffisait à le perturber.
Ce soir-là, venir au café avait déjà été difficile pour lui. Regarder Hinata dans les yeux avait été difficile pour lui, parce qu'à chaque fois qu'il le regardait, il ne pouvait que penser à ce qu'il ressentait pour lui. Et malgré cela, il avait dû passer deux heures enfermé non seulement avec lui, mais aussi avec l'homme qui partageait occasionnellement son lit. Il avait été tellement mal à l'aise dans ce sous-sol mais il ne pouvait nier que la façon dont cette histoire s'était terminée l'avait plus ou moins satisfait. Hinata n'avait accordé que peu d'importance aux informations qu'il avait apprises. Puis surtout, Kageyama espérait qu'il n'aurait plus à revoir Matsuo, vu la façon dont les choses s'étaient conclues entre lui et Hinata.
À vrai dire, depuis cet instant, Kageyama avait vainement essayé d'étouffer la petite voix intérieure qui lui soufflait sans arrêt qu'à présent, il avait le champ libre pour tenter ce qu'il voulait avec Hinata.
Ainsi, comme il était incapable de la faire disparaître, il l'avait ignorée consciencieusement pendant cette dizaine de jours.
Après tout, que pouvait-il bien tenter ? Cela lui avait pris des années et de nombreux détours pour comprendre et accepter les sentiments qu'il ressentait pour Hinata. Et pendant tout ce temps, il n'était pas resté neutre, non, il avait fui, il l'avait abandonné, il avait tout renié, tout refoulé.
Alors maintenant, il ne s'imaginait pas une seule seconde pouvoir avouer à Hinata ce qu'il ressentait. C'était inapproprié. Hinata avait fait son deuil de lui. Peut-être qu'à l'époque lointaine où ils s'étaient embrassés, ils auraient eu une chance. Avec le recul, Kageyama avait la sensation qu'à cette époque, Hinata avait ressenti quelque chose pour lui, même s'il avait dit à Matsuo que ce baiser ne comptait pas. C'était faux. Il avait compté et il comptait encore. Kageyama le savait, le ressentait jusque dans ses os.
Peut-être qu'à ce moment-là, il aurait eu une chance, oui. Mais depuis, il avait trahi Hinata et l'avait obligé à faire son deuil de lui et de l'hypothétique relation qu'ils auraient pu avoir. Il avait fait son deuil et était passé à autre chose. Et s'il avait gracieusement accepté de tenter de raviver leur amitié, ce n'était en rien une invitation à plus.
Alors non, Kageyama n'aurait pas le culot d'aller maintenant avouer ses sentiments à Hinata dans le seul but égoïste de se décharger d'un poids. Il refusait de le lui imposer.
Le problème, c'est qu'il ne savait maintenant plus comment agir près de lui, parce que toutes ces pensées s'entremêlaient dans sa tête et le perturbaient. Cela, Hinata l'avait noté et n'avait pas manqué de le lui faire remarquer une fois alcoolisé dans ce sous-sol, à son grand désespoir. C'était bien pour cette raison qu'après cela, il avait demandé à faire la fermeture du café dans le silence. Il était terrifié par les questions que pourrait poser Hinata. Alors comme d'habitude, il trouvait des moyens de les esquiver.
Voilà pourquoi Kageyama n'avait pas revu Hinata depuis ce soir-là. Ils avaient furtivement échangé par message, parfois à sa propre initiative parce que ne plus avoir de ses nouvelles était devenu trop difficile, parfois à l'initiative de Hinata. Mais jamais une seule fois dans ces messages Kageyama n'avait proposé son aide au café, et jamais une seule fois Hinata ne l'avait demandée.
Ils étaient tellement habitués à se voir dans le cadre du travail qu'ils n'avaient même pas pensé à simplement se proposer de se voir à l'extérieur. L'idée avait traversé l'esprit de Kageyama mais il l'avait balayée d'un geste sans y réfléchir à deux fois. Il avait déjà du mal à être dans la même pièce que Hinata sans se sentir embarrassé alors devoir se regarder dans le blanc des yeux autour d'un verre ou d'un repas lui semblait insurmontable. Alors il se contentait de laisser les choses en suspens, bien conscient que c'était une très mauvaise idée mais trop démuni pour faire quoi que ce soit d'autre.
Kageyama soupira longuement et coupa enfin l'eau. Cela faisait un bon moment qu'il avait fini sa douche et pourtant il restait là sous l'eau chaude, à fuir le monde réel et à se torturer l'esprit, comme s'il allait subitement trouver une solution à ses problèmes.
Il sortit donc de la douche et enroula une serviette autour de sa taille. Alors qu'il commençait à se brosser les cheveux et à se les sécher, il se surprit à se demander si Hinata le préférait avec les cheveux mi-longs comme maintenant ou avec sa coupe plus courte du lycée, avant de se rappeler que c'était typiquement le genre de pensées qu'il devait bannir de son cerveau.
Il jeta un coup d'œil à son téléphone pour s'occuper l'esprit et ses yeux tombèrent sur la date du jour. Aujourd'hui, c'était le dix-huit décembre. Cette date ne lui évoquait rien de particulier, mais il venait de réaliser à quel point ils étaient proches du vingt-deux décembre. Il avait du mal à y croire lui-même, mais il avait complètement oublié. Dans quatre jours, ce serait son anniversaire. Il allait avoir vingt-cinq ans.
VOUS LISEZ
DERNIER SET
רומנטיקהAprès avoir perdu son rêve de volley et son premier amour, Hinata, devenu l'ombre de lui-même, entreprit de reconstruire sa vie à Tokyo. Au fil des années, avec le précieux soutien de ses deux meilleurs amis, Kenma et Amaya, c'est en ouvrant un café...
