Chapitre 22

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Liam

Quand je redescends l'escalier après avoir envoyé mon cours d'histoire à Evan, la seule personne que je vois dans l'entrée est mon père, penché sur son portable.

- Qu'est-ce que tu fais là ?

- Liam, bonsoir.

- Hum... Bonne journée ?

- Tu as travaillé ?

Je déteste sa façon de répondre à mes questions par d'autres. Je vois dans ses yeux que sa réponse dépendra de la mienne et je n'ai pas envie de tester ses limites ce soir alors que Manon doit m'attendre dehors.

- Oui, oui.

Je prends mon manteau et attrape la poignée de la porte.

- Ton amie est partie.

- Pourquoi tu l'as faite attendre dehors ? Elle aurait pu rester au chaud pour cinq minutes de plus, papa.

Il hausse un sourcil.

- Non, elle est vraiment partie. Une histoire de bus...

Je me retourne complètement vers lui.

- Mais...

Mon téléphone vibre dans ma poche et je vois son nom s'afficher sur mon écran.

- Je ne l'ai pas retenu, j'ai mal fait ?

Je relève mon visage sur lui. Je sens que quelque chose cloche dans son message mais je n'arrive pas à comprendre quoi. Je tape rapidement une réponse dans l'espoir de comprendre.

 Je tape rapidement une réponse dans l'espoir de comprendre

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- Non, non... Je vais remonter, alors.

    J'enlève mon manteau, aussi vite que je l'ai enfilé et hésite avant de partir. 

- Tu... Tu lui as dit quelque chose en particulier ?

     Pour la première fois, papa détourne le regard.

- Elle t'a dit quelque chose alors ?

     Il se dirige vers le salon et prend son temps pour s'asseoir dans le canapé, puis il finit par laisser mon regard se poser dans le sien.

- ... Non. Pourquoi cette question ?

- Je ne sais pas. C'est la première fois que je ramène une fille, ici. Je ne pensais pas que ça te toucherait aussi peu.

     Nous nous observons d'un bout à l'autre de la pièce, lui, assis sur l'immense canapé, moi, debout sur le seuil du salon.  C'est la première fois depuis le soir où j'avais raté les cours que je remets le sujet de son rôle de père inexistant sur le tapis. 

    Il paraît troublé pendant quelques secondes et je me demande si c'est le fait de lui avoir dit si sereinement une nouvelle fois à quel point il me manque une figure paternelle, ou si c'est autre chose qui l'a tant perturbé. 

- Tu m'avais bien prévenue que tu avais un binôme de travail. Pourquoi j'aurai été surpris de la voir ?

     Il n'a pas relevé, une nouvelle fois. Je soupire et me dirige de nouveau vers les escaliers.

- Laisse tomber, papa.

    Je ne peux pas m'empêcher de rallumer mon portable pour tomber de nouveau sur la conversation maintenant actualisée par un gros « vu » de Manon. 

- Liam...

     Je me retourne et découvre mon père au pas de l'escalier.

- Tu voulais me dire quelque chose en parlant de cette fille ?

     Je secoue la tête, ne comprenant pas ce qu'il insinue.

- Alors, c'était bien ton binôme ?

- Euh, oui. Voilà.

- Juste ton binôme ?

- Hein ?

- Nous mangeons tous les deux, ce soir.

- Attends, quoi ?

     Il fronce les sourcils.

- « Comment », s'il te plaît.

- Pardon. Euh... Tu m'appelles, quand tu peux, alors. Je dois finir quelque chose.

    Je monte dans ma chambre, autant abasourdi par son changement soudain de comportement que par le fait que mes paroles aient eu un impact.

***

    Evan est à l'autre bout du fil, comme souvent, les dimanches soirs, pendant que je griffonne une feuille avec un criterium. 

- Attends, attends. Je répète ce que tu viens de me dire pour être sûr que j'ai bien entendu...

- Hum...

- Donc... Manon est venue chez toi...

- Pour bosser, Evan.

- Si tu le dis. Ensuite, elle s'est enfuie et tu n'as plus de nouvelles depuis hier soir ?

- Ouais.

- Puis, après - parce qu'il y a un après !- tu as parlé avec ton père, qui t'a ensuite proposé de manger avec lui et, il a tenu sa promesse !

     Il laisse une pause. 

- Je ne sais même pas ce qui me surprend le plus. Je t'avoue que je ne sais pas quoi dire. Tu es tombé dans le multivers ?

- Comme dans les Marvel ?

- Avec Tony Stark en moins, ouais.

     Je pouffe silencieusement. 

- C'est marrant comme il n'y qu'avec moi que tu te permets des références de gros geeks.

- Touché. Revenons-en au sujet principal. Qu'est-ce qu'il a bien pu se passer avec Manon ?

- Mec, tu crois que si je savais, je serais en train de chialer au téléphone ?

- Parce que tu chiales, là ?

- Façon de parler, je grommelle.

- OK, parlons de meufs, alors. Amandine. J'ai  reçu un nouveau message de sa part.

- Encore ? Qu'est-ce qu'elle te veut, celle-là ?

- J'sais pas. Je passe l'après-midi avec elle, demain. Elle veut « s'expliquer » pour la dernière fois.

     Je souffle.

- Quoi ?

- Evan, tu te rends compte qu'elle te manipule ?

- Mais no...

- Elle te jette comme un mouchoir usagé parce qu'elle veut se « recentrer sur elle-même », je cite, et reviens comme une fleur, à force de sourire et de mots doux bien placés après une nouvelle dispute avec son mec. Elle ne t'aime pas, Evan, putain, elle se sert de toi !

     Seul le silence me répond. 

- Evan, écou...

- Je dois te laisser.

     Il raccroche brusquement, et il suffit que je me rejoue notre conversation dans ma tête pour me rendre compte que je l'ai blessé. Je suis certain qu'il sait très bien tout ce que je lui ai dit. C'est juste qu'il a la foi nécessaire d'espérer à chaque fois. Et entendre cette vérité a dû le blesser. Bien plus que je n'aurai jamais dû le faire.

    En un week-end, j'ai perdu les deux personnes qui comptent le plus pour moi. 

    Nouveau record pour les Barle !

PétrichorOù les histoires vivent. Découvrez maintenant