Sirius eut un mouvement de recul.
Il cracha rapidement la fumée de sa cigarette avant d'en aspirer une longue bouffée.
—Non. Dit-il fermement. Non, non, non. Répéta-t-il plus bas en se sentant paniquer. Il écrasa sa cigarette, lança le mégot dans le cendrier qui ne quittait jamais le rebord de sa fenêtre, se mit debout sur son lit pour refermer les vitres, faillit trébucher sur un putain de coussin, et descendit du lit.
Il se dirigea vers sa salle de bain et ouvrit l'eau du lavabo pour s'en asperger le visage. Le cœur battant à la chamade.
Non. Il ne voulait pas parler. Parce que ce qui était là, c'était bien. Qu'il n'y avait pas d'intérêt à mettre des mots sur la situation. Et parce que mettre des mots, c'était rentrer dans des cases. Qu'il détestait les cases. Que rentrer dans des cases c'était la porte ouverte à des problèmes en tout genre. Discuter reviendrait à s'engager. S'engager reviendrait à avoir des attentes. Des attentes amèneraient à des déceptions parce que Sirius ne savait pas tenir de promesses. Parce qu'il finissait par dire des choses mauvaises. Parce qu'il faisait du mal aux autres. Et que les autres le laissaient bien souvent tout seul quand ils se rendaient compte de ses fissures. Parce qu'il devait assumer tout seul le chaos qu'était sa vie, ses faiblesses, et ses ombres. Et qu'il ne voulait pas que quelqu'un pâtissent de ses sautes d'humeur, de ses crises d'angoisse, de ses dépendances.
Non.
Il ne voulait pas discuter.
Son champ de vision se rétrécit soudainement et son souffle devint court. La pièce autour de lui donnait l'impression de tourner, et il s'accrocha au rebord de son lavabo.
Il avait chaud. Il avait la nausée. Il avait froid.
Il entendit les pas de Remus dans son dos et quand il riva ses yeux dans son miroir, il se mit à voir flou.
—Hé...
Il entendit l'eau se couper, et sentit un tissu se déposer sur ses épaules avant que les bras de Remus ne s'enroulent doucement autour de lui.
Il rouvrit les yeux et, dans le miroir, tomba directement dans ceux dorés de Remus.
—J'veux pas que ce soit le moment où j'te brise le cœur, Remus.
Il le vit sourire, l'entendit presque rire. Puis Remus déposa ses lèvres contre sa tempe.
—Mon cœur est bien accroché, Sirius.
—J'deviens méchant quand il faut parler. J'dis des trucs pas cool, j'ai plus aucun filtre, tu vas m'en vouloir et j'veux pas ça.
Même s'il était tout proche, derrière lui, que ses bras l'enlaçaient et le faisaient se sentir apaisé, le regarder dans le miroir rendait les choses plus faciles, ajoutait une distance entre eux. Un recul nécessaire.
—Est-ce que tu accepterais de m'écouter, alors ?
Il parlait doucement, sans forcer. Sirius était persuadé que s'il lui répondait qu'il ne voulait pas l'écouter, Remus n'insisterait pas et s'en irait.
Mais il n'avait pas envie qu'il s'en aille.
Il se tourna vers lui, s'adossant contre son lavabo et rassemblant son courage.
—Peut-être.
Sa voix était presque inaudible, mal assurée. Remus se saisit de son poignet et le caressa doucement.
—Je t'apprécie, Sirius, et je sais que tu m'apprécies aussi. Je n'ai pas besoin de te l'entendre dire pour le savoir. J'aime l'honnêteté et je me dois d'être honnête avec toi. Je sais que tu ne veux pas plus que ce qu'il se passe là, entre nous. Mais, contrairement à ce que tu as pu me dire, je n'ai pas l'impression que tu sois tant à usage unique que ça. Le fait que tu me dises que tu te sentes bien avec moi n'aide pas à me faire à cette idée-là, d'un toi disponible seulement pour une nuit. Tu m'as montré à bien des moments que ce n'était pas le cas. Et que tu ne venais pas me voir que pour ça. Je ne suis pas en train de te dire que j'aimerais que l'on soit quelque chose. Mais je t'apprécie. Toi et les moments que l'on passe ensemble et, même si mon cœur est bien accroché, je n'ai pas envie d'aller dans une direction qui risque de me faire souffrir. Si tout ça c'est trop pour toi, que ça te met inconfortable, ou que ça le devient, j'aimerais que tu me le dises, sans tabou ni manière. Je te promets de ne pas en faire un drame, de claquer des portes, et de t'offrir des larmes. Je te respecte et je respecterai tes choix. Mais je veux aussi que tu saches que je ne vois pas d'autre personne, parce que ce que tu es me suffit. Je n'attends pas que ce soit réciproque, mais j'avais besoin de te le dire. Surtout quand tu me dis des choses comme un peu plus tôt. Si un jour je décide d'arrêter tout ça, avant que tu ne le fasses toi, je veux que tu saches que ce n'est pas à cause de toi. Mais juste parce que j'ai besoin de me préserver. Tu n'es pas obligé de me répondre quoi que ce soit.
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Tenderness
FanfictionQuand Sirius apprend petit à petit à laisser tomber sa garde après que Remus ait décidé de braver les horaires de fermeture de sa boutique. Univers alternatif non magique. Les personnages n'ont pas tous vécus des choses heureuses, mais tout se termi...
