Chapitre 14

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Après deux jours de plus à errer sur l'océan, Mérida et Harold arrivèrent finalement sur les terres du nouveau Beurk. Et comme Harold l'avait dit, le climat était vraiment très froid. La reine finit par remercier les couches de vêtements qu'elle portait. Si elle n'avait pas été préparée, elle n'aurait pas tenue cinq minutes sur ces terres glaciales. Mérida se demandait comment ces beurkiens ont fait pour vivre dans un endroit aussi austère.

Et en parlant d'austérité, les lieux étaient vraiment très peu accueillants. Il avait beau ne plus y avoir de fumée, Beurk était devenu un lieu sordide où l'on pouvait sentir la mort à des kilomètres. La neige se mélangeait à la cendre, ce qui donnait une couleur grisâtre au sol. Les seuls décorations de cet espace sans vie étaient les maisons en décomposition.

— Bienvenue sur Beurk. Soupira Harold.

— C'est absolument horrible.

— Je ne vous le fait pas dire.

Ils quittèrent les quais pour s'enfoncer dans le village. Il y avait de la cendre partout, mais elle était mélangée à de la neige. La sorcière réclamait de la cendre et non de la cendre enneigée. Au fur et à mesure qu'ils avançaient, les souvenirs assailirent le brun. Tout était parti en fumée. Il s'était battu pour tout ça, et tout avait disparu. Des années de travail acharné détruits en une nuit.

— Si jamais la même chose arrivait à Dunbroch, je ne ferai preuve d'aucune clémence.

— Les gens qui ont fait ça sont des monstres.

— Trouvons vite de la cendre et rentrons. Nous avons besoin de connaître les auteurs de ce carnage et au plus vite.

Harold hocha la tête. Plus vite ils auraient retrouvé ces meurtriers, plus vite leurs vies retourneraient à la normale. Mérida et Harold sillonnèrent les ruines en quête de cendre pure et finirent par en trouver. Le chef de Beurk mit la poudre noire dans un petit sac et regarda autour de lui. Comment allait-il faire pour reconstruire tout ça? La population n'était plus aussi nombreuse qu'avant. Ce serait un travail dur, mais il le ferait pour le bien de son peuple.

— À quoi pensez-vous? Demanda la reine.

— À reconstruire mon village.

— Dunbroch serait ravi de vous aider.

— Je vous remercie.

Soudain, un craquement se fit entendre. Aussitôt, Mérida dégaina une flèche de son carquois. Harold saisi son épée et balaya les lieux d'un regard. Mais il n'y avait rien à l'horizon. Mérida guettait le moindre bruit, mais rien n'apparaissait. Est-ce que ce serait un survivant? Impossible. Si c'était le cas, il serait mort de faim et de froid. Alors, un ennemi?

Un autre craquement se fit entendre et des bruits de pas lourds s'approchèrent dangereusement des deux souverains. La rousse tenait fermement son arme en joue, prête à tuer le premier qui tenterait de les attaquer. Au loin, une masse noire ondulait. Et elle se rapprochait encore plus près. Cette fois, la Reine Ours était prête à rendre coups pour coups. Mais Harold ne semblait pas de cet avis. Quand la masse noire fut à portée de vue, Harold sourit alors que Mérida commençait à paniquer.

Arrivé à quelques mètres d'eux, la chose noire sauta tout en montrant une rangée de dents pointues. Mérida banda son arc mais le brun s'interposa devant elle et la créature, qui avait freinée brusquement devant l'acte de la reine.

— Ne tirez pas! Ordonna-t-il, les mains devant lui.

— Mais vous avez vu ce monstre?! C'est un dragon!

— Oui, je l'ai vu. Et ce n'est pas un monstre, c'est mon ami.

— Ami?! Comment peut-on être ami avec une chose aussi terrifiante?!

— Je sais que ça vous paraît insensé, mais s'il-vous-plaît, baissez votre arme. Il est inoffensif.

À contre-cœur, Mérida baissa doucement son arc, au cas où le monstre tenterait quelque chose contre elle. Quand Harold fut sûr qu'elle n'allait pas tirer, il se retourna et sourit de toutes ses dents au nouveau venu. Ce dernier sautillait sur place, heureux de revoir son vieil ami.

— Krokmou, mon grand!

Ils se firent une accolade fraternelle et le dragon lécha son ancien maître. Malgré le fait que la salive de dragon avait toujours été difficile à nettoyer sur les vêtements, le brun était content de revoir son ami baveux. Les deux se parlaient comme deux hommes, alors que Mérida était totalement perdue.

— Comment ça va, Krokmou?

Ce dernier répondit avec des grognements étranges.

— Et ta famille? Où est-elle?

Le dragon pointa un point au loin avec son museau puis se remit face à Harold.

— Ils sont à la maison? Tu es venu seul?

Krokmou hocha vigoureusement la tête et regarda autour de lui, comme attristé par tout ce qui s'était passé. Il laissa échapper un couinement et ses grands yeux verts semblaient refléter sa tristesse. Le brun lui caressa la tête et il profita de cette caresse.

— Moi aussi, je suis triste, mon grand. Il s'est passé tellement de choses, rien qu'en quelques jours.

— Euh... Désolée d'interrompre vos... Retrouvailles... Mais on peut m'expliquer ce qui se passe? Demanda Mérida.

Le chef de Beurk fut soudainement joyeux à l'idée de présenter son dragon à la Reine Ours.

— Votre majesté, je vous présente Krokmou. C'est le fameux Fury Nocturne.

Mérida comprit alors et rangea totalement sa flèche. Selon les dires d'Harold, ce dragon serait aussi doux qu'un chat (façon de parler, bien sûr). Il ne ferait jamais de mal aux amis du brun. Mais par contre, les ennemis pouvaient courir si par malheur ils faisaient du mal à son ami.

— Et Krokmou, voici Mérida, reine de Dunbroch. C'est elle qui nous a aidé quand tout a disparu.

— Je... Je suis enchantée de te rencontrer, Krokmou. Dit-elle, maladroitement.

Le Fury Nocturne avait l'air aussi ravi de faire la connaissance de cette femme, même si elle avait pointée une arme dans sa direction. Après mûre réflexion, Mérida vit que cette bête n'était pas dangereuse. Il n'y avait qu'à voir comment il agissait envers le brun. C'était comme si ils étaient des amis de longue date. Et c'était d'ailleurs le cas.

— C'est donc lui, votre animal de compagnie? Demanda-t-elle.

— Non. C'est mon ami.

— Ah. D'accord.

Le chef de Beurk caressa son dragon et continua à lui parler.

— Tu veux venir avec nous à Dunbroch? Je t'assure, c'est un vrai paradis là-bas. Il y a des rivières pleines de poissons et elles en sont pas gelées.

Krokmou avait déjà l'eau à la bouche rien qu'en entendant cela.

— Tu vas adorer le climat. C'est parfait pour un dragon.

Les deux amis laissèrent la reine derrière, qui ne cessait de trouver cette amitié assez peu commune. Toujours derrière eux, Mérida les regarda et soupira. Les choses sur Beurk étaient aussi déroutantes que sur Dunbroch. Mais en même temps, c'était fascinant. Krokmou était fascinant. Quand ils montèrent à bord du petit bateau, le dragon noir se fit un plaisir de montrer ce qu'il savait faire à la reine.

Pendant le trajet, il lui montra ses dents rétractables, ses écailles et ses boules de flammes. Mérida se sentait comme une petite fille devant un cadeau de Noël. Elle ne cessait de demander au dragon de recommencer, ce qui semblait le ravir. Et quand ce fut au tour de Mérida de faire quelque chose qui pourrait impressionner Krokmou, elle joua avec la corde de son arc. Ce petit geste émerveilla le dragon qui sautilla dans le bateau.

Harold quand à lui, vacillait dans le bateau en présence de deux enfants. En voyant que le chef de Beurk n'aimait pas trop les secousses, Mérida continua à jouer avec la corde de son arc pour que Krokmou saute encore. Elle riait devant ses sourcils froncés. C'était effectivement très drôle de voir Harold aussi énervé.

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