Dans les bois

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    Rose

    Il fallait le prévoir... Un épisode se transforme bien vite en deux. Il faut bien avouer que les créateurs de série-télé sont plutôt doués à ce jeu-là. Comment résister à regarder la suite lorsqu'un épisode se termine si abruptement ? C'est impossible de vaquer à ses occupations sans savoir si machin est toujours en vie et comment truc va pouvoir se tirer de ce mauvais pas. Le problème est que c'est un cercle sans fin. C'est ainsi que l'on peut se retrouver scotché à son canapé des journées entières.

- Les filles, il est neuf heures trente, il est temps pour Louisa de rejoindre son lit douillet, nous crie Stanley depuis le rez-de-chaussée.

- C'est presque fini, je promets presque machinalement.

- Ah non ! Je m'y suis laissé prendre une fois mais pas deux ! Descendez immédiatement ou je viens vous chercher moi-même.

- Stanley... je supplie de ma voix la plus douce possible.

- Non, non, non ! Tu ne m'auras pas, Rosie !

À côté de moi, Louisa soupire.

- Je suis désolée, ma puce ! J'ai fait tout ce que je pouvais.

- Je ne t'en voudrai pas si tu me promets que nous regarderons la suite ensemble.

Je grimace.

- Euh...

- Mais tu as déjà tout vu au moins trois fois !

- Ça ne change rien tu sais.

- Un peu que ça change, toi au moins tu connais la suite !

- Oh, on oublie vite, tu sais !

- Les filles, s'il-vous-plaît ! s'impatiente Stanley depuis le hall d'entrée.

Nous ne nous faisons pas plus attendre et descendons sur-le-champ. En bas, mon beau-père nous attend, présentant à Louisa sa veste. Il m'accorde son plus beau sourire alors qu'elle s'apprête à partir. J'enfile moi aussi ma veste.

- Tu as ton téléphone ? me demande-t-il.

Je tâte mes différentes poches. Rien. J'ai dû l'abandonner quelque part à la maison. Contrairement aux autres jeunes de ma génération, mon portable est loin d'être l'extension de mon bras !

- Non mais ce n'est pas grave, je peux m'en passer pendant un quart d'heure.

Stanley secoue la tête en me tendant mon téléphone.

- Merci, Stanley ! On est parties maintenant.

Louisa le salue et nous sortons dans l'obscurité. Une fine brume flotte autour de la maison, s'élevant en volutes depuis la surface sombre de lac. Nous prenons la direction du chemin de terre qui sépare nos deux maisons pour bientôt pénétrer dans la forêt. La nuit tombée, elle revêt son voile hostile. J'ai déjà effectué ce trajet des centaines de fois, jusqu'à connaître l'emplacement de la moindre souche ou pierre. Si de jour, je la trouve idyllique, de nuit, cette forêt m'effraie, à tel point que plus vite je suis rentrée à la maison, au plus vite je me sens en sécurité.

Je frisonne. Ce soir, l'ambiance est particulièrement pesante. Louisa semble, elle aussi, mal à l'aise.

- Je vais t'avouer que ton histoire de monstre me fiche tout de suite un peu plus la frousse à présent, j'avoue dans un murmure.

- Désolée...

- Je te l'ai déjà dit des centaines de fois, mais je déteste cette forêt, je confie, d'une voix tremblante. Dès que je mets les pieds ici, j'ai l'impression d'être observée de partout et puis, tu avoueras quand même que l'ambiance est flippante à mort.

So Darkness We BecameOù les histoires vivent. Découvrez maintenant