Dès notre retour au manoir, Alexandra avait instauré entre nous une certaine distance, et cela s'entendait bien sûr au sens propre comme au sens figuré. Elle ne m'avait pas adressée un seul regard, ni n'avait répondue comme à son habitude à une seule de mes questions, et pour couronner le tout elle me fuyait littéralement. En effet à peine qu'elle ait aperçue l'immense porte d'entrée, qu'elle s'est mise à marcher très vite, limite en courant. Je ne l'avais pas retenue, me contentant d’aller dans la salle de sport pour brûler tout ce surplus de frustrations, de tensions sexuelle et d'irritations qui bouillonnaient en moi. Je me m'immergeais totalement dans mon activité physique, j'avais cogné contre le sac de boxe pour me vider, mais ce n'était pas suffisant, j'avais soulevé plusieurs kilogrammes de fonte, courue plus de trente minutes sur un tapis roulant lancé à fond, mais toutes ces choses ne suffisaient toujours pas apaiser le feu de mon trouble interne. Depuis maintenant trois heures je poussais mon corps dans ses derniers retranchements, et même là, mon cerveau refusait toujours de s'engourdir ou même d'écarter Alexandra et ses problèmes émotionnelles de ma tête.
Avec elle Christopher ne savait pas comment se comporter, il ne savait pas comment s'inviter dans sa vie. Il avait peur de se précipiter ou au contraire d'être trop lent, peur de ne pas être comme il le fallait, peur qu'elle finisse par lui échapper, peur de faire de nouveaux face à la solitude, peur de devoir refermer la place qu'elle occupait dans sa vie si jamais elle s'en allait. Il voulait pouvoir intégrer sa vie comme elle l'avait fait dans la sienne. Mais à chaque fois qu’il était autorisé à être très proche d'elle, c'était uniquement quand elle le lui demandait de façon dérobée. Il ne voulait pas devenir un une simple mesure palliative à son désarroi, il voulait être son confident, la personne en qui elle aura pleinement confiance, être celui qui l'aidera à se relever, être celui qui la fera rire, qui la rendrait heureuse. Il voulait être une grande partie d'elle, et non être semblable à un grain de sable dans le désert du Sahara. La voix du médecin lui revint en mémoire, et Christopher comprit qu’il était temps qu’il comprenne ce qu'elle traversait, il devait savoir comment elle fonctionnait dans sa tête et qui de mieux qu'un thérapeute pour l'y aider ?
Christopher relâcha sa barre de traction, et atterri avec agilité sur ses deux pieds. Il était essoufflé, le corps complètement en sueurs, les muscles durcies et gonflés à cause de leur récent effort. Il attrapa sa serviette noire en plein vol et marcha à pas vifs vers le téléphone qui se trouvait le plus proche de lui. Il s'épongea le visage ainsi que son torse dénudé, accrocha le linge autour du cou, rétabli sa respiration, puis prit le combiné avec en tête l'objectif d'entrevoir ce soir, avec l'aide d'un psychologue tout ce qui se passait dans son nouveau bien le plus précieux.
- Bonsoir docteur Barnes. Entama Christopher dès lors que le vieil homme décrocha son appel.
- Bonsoir Monsieur Walstein, comment allez-vous ?
- Bien merci. Je vous appelais parce que j'aurai besoin de votre service. C’est concernant Alexandra, vous m’aviez conseillé de la présenter à un psychologue, et je voudrais pour cela que vous me dirigiez vers une personne qualifiée en la matière.
- La situation de la jeune femme étant si singulière, j'avais pensé au docteur Malone. Et de la petite recherche que j’avais faite sur elle, il en ressortait que c’était une véritable pointure en la matière.
- Vous en êtes certain ?
- Oui elle est reconnu dans le milieu comme étant une experte en victimologie et en gestion troubles post-traumatique.
- Et vous avez ses différentes adresses sous la main ?
- Oui, je vous les envoie par mail incessamment.
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Parle Moi
RomantizmQue faites-vous quand à douze ans votre vie est réduite en cendre sous vos yeux impuissants? Que faites-vous quand l'avenir qui se dessine petit à petit devant vous, semble être la représentation d'un enfer permanent taillé juste pour vous? Que fa...
