#139 Je deviendrai

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/Musique pour vous mettre dedans/

***

A peine rentrée, que Sun Hee s'était murée dans un silence qui ne m'avait pas laissé le temps d'agir.

Je les avais vu. Ces larmes... Je les avais vu.

Et tel un mur invisible, je n'avais pas pu les toucher. J'entendais ses plaintes. J'écoutais les cris qu'elle tentait d'étouffer dans les oreillers, sur mon lit. Et malgré la porte qui nous séparait, je pouvais parfaitement imaginer ces perles transparentes et salée dévaler ses joues en cascade.

C'était comme un tableau. Pas une oeuvre d'art. 

Non, juste un tableau triste mais qui dégageait ce sentiment détestable de beauté. C'était comme observer une personne meurtrie à l'intérieur, mais découvrir cette splendeur que dissimuler ces larmes.

Je ne savais pas quoi faire. Je ne savais plus.

La seule chose que j'avais trouvé, était si insignifiante, que j'en avais hurlé de frustration. L'air frais du soir m'avait rafraîchi les idées mais pas assez pour totalement me retirer ce sentiment qui maltraitait mon esprit.

En fait, ça ne m'avait rien fait. Ça ne m'avait ni refroidi, ni même calmé. La fissure dans la vitre de mon immeuble en témoignait. Et plus ça allait, plus mon poing s'abattait sur tout ce qu'il rencontrait.

Parce que voir Sun Hee en larmes... Voir une Sun Hee qui refusait mon étreinte, c'était blessant. C'était douloureux. Tellement, que j'avais à mon tour, finit par pleurer contre ce tronc d'arbre non loin d'un parc.

J'avais frappé de toutes mes forces. J'avais crié ma consternation pour finir par cracher toute cette animosité qui ne voulait toujours pas me déposséder. J'avais cette chaleur dans mon ventre. Cette chaleur qui me provoquait tout, sauf ce bien être que j'avais pourtant l'habitude de ressentir en la présence de cette fille en pleurs.

Cette boule qui faisait obstacle à ma respiration. Cette boule qui refusait de laisser passer mon oxygène afin de nourrir mes poumons déjà trop longtemps privés de cette bouffé d'air polluée.

Non, je ne savais pas quoi faire.

Le rejet de Sun Hee, m'avait déchiré de l'intérieur. Le refus dont elle avait fait preuve, m'avait fait mal à en crever.

Alors j'étais là, les fesses posées au sol et le dos contre la porte de ma chambre, à écouter ses larmes silencieuses qui se transformaient peu à peu en cris de détresse que j'avais de plus en plus de mal à supporter. Mon impuissance me souriait amèrement, me faisant prendre conscience de mon inutilité face à cette situation. Mes yeux larmoyants me suppliaient de ne les laisser me bercer de nouveau, comme si craquer une première fois, n'avait pas suffit.

Puis Sun Hee hoqueta. D'une telle violence, que je craquai.

Sans même prendre le temps de ne réfléchir ou de prévenir, la porte s'ouvrit brusquement, claquant brutalement contre le mur et j'entrai. Non je ne pouvais pas rester derrière ce mur, à écouter ses pleurs qui me faisaient me sentir plus bas qu'une merde. Je ne pouvais plus.

Ça n'avait que trop duré.

Les soixante minutes qui avaient précédé ne m'avaient jamais paru aussi longues et insupportables.

Sur mon lit, assise sur le matelas, un coussin entre les bras et la tête cachée dans ce dernier, je pouvais très nettement voir ses épaules se soulever sans douceur. Sous ces hoquettements que je commençais sérieusement à détester du plus profond de mon âme.

Je suis làOù les histoires vivent. Découvrez maintenant