#95 Lettre

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/Les lettres ne sont pas le kiffe de tout le monde, mais j'ai besoin que vous la lisiez en entière. Respectez le temps et les efforts que j'y ai mis.

Chap 95 Jimin jtm/

***

22 Juillet...

Ah Su,

Tu n'es plus là.

Aujourd'hui, ça fera cinq mois. Cinq mois de trop pour mon esprit... Mon cœur... Mon âme.

Cinq mois que je ne vis plus. Cinq mois que je ne suis plus. Au final, j'ai arrêté de compter les jours depuis quelques semaines. Mais ma tête réagit tel un agenda, et malgré moi, les secondes que je passe sans toi me paraissent tels de longs et interminables siècles. J'ai arrêté de compter, mais je suis sûr, qu'avec un peu d'effort je peux à nouveau reprendre ce compte à rebours à l'envers.

Je ne sais même pas pourquoi j'écris ces lignes. Tu ne les liras jamais. Tu n'es plus là. Tu ne me vois pas. Tu ne m'entend pas non plus. Alors je me demande encore pourquoi je me crève à écrire. Peut être que je suis tellement désespéré, que j'en deviens pathétique au point de croire que tu finiras par revenir. Tu n'es plus là, mais pourtant, aussi bête que ça puisse paraître, à travers ce texte, j'ai l'impression de te sentir avec moi. Sur mon lit, à me contempler comme tu avais si souvent l'habitude de le faire. 

Tu es partie, et je ne t'ai jamais revu. Je ne te reverrai jamais Ah Su.

Me dire ça... Ça m'arrache mon âme. Elle me crie de m'en aller. De te rejoindre. Parce que tu était la seule à me comprendre. La seule à qui je faisais réellement part de mes doutes et mes errances.

Depuis que tu es partie, Taehyung ne parle plus de toi, alors que je n'attends qu'une chose, c'est de faire comme si rien n'était arrivé, comme si tu étais toujours là. Cha Eul n'est plus notre ami. Il me déteste.

Il me déteste tellement, qu'il ne mesure pas ses paroles. Mais je le comprend. C'est ma faute su tout ça est arrivé. C'est ma faute si nous avons été dans ce restaurant. C'est ma faute si nous avons bu. C'est ma faute si nous avons couru. J'étais le plus âgé d'entre vous, et je suis le seul à avoir agi en gamin.

Il me déteste. Il a été gravement blessé, et à cause de moi, sa carrière dans le basket est anéantie. Il n'a plus d'avenir dans ce domaine et il est devenu le coach de notre équipe.

Je ne joue plus de piano. Je n'en ai plus la force. Je gratte le papier quelques fois, lorsque des phrases me viennent à l'esprit. Mais je ne joue plus de piano. Pourtant j'aimerai tellement faire nouveau courir mes le long des touches. Mais c'est trop douloureux.

L'autre jour, j'ai écouté ta chanson préféré... tout seul, et en fermant un peu les yeux j'ai repensé à cette soirée où nous avions bu jusqu'à nous en rendre malade en refaisant le monde, comme à chaque fois. Comme plus jamais. J'ai repensé à toi. J'ai repensé à nous. Puis au camion. Puis de nouveau à toi.

C'est dur, même après cinq mois. Je crois que je vais reprendre le compte à rebours à l'envers. Compter me fait penser à autre chose. Il me fait penser à toi.

Et penser à toi... C'est toujours mieux que de penser à se donner la mort n'est ce pas?

J'ai essayé...

La semaine dernière, j'ai essayé. J'ai ouvert l'armoire à pharmacie, et j'ai avalé tout ce que j'ai trouvé.

Maman a beaucoup pleuré. Elle a beaucoup pleuré mais a réussi à me sauver la vie.

Ces lignes... Je les écris de mon lit d'hôpital.

Tu ne me croiras jamais... Mais j'ai quitté Séoul pour Busan... Là bas... Il y a la plage. Et sur le sable, j'y ai inscrit ton nom. Mais la vague l'a effacé.

J'ai gravé ton nom sur un arbre, mais l'écorce est finalement tombée.

J'ai incrusté ton nom dans le marbre, mais la pierre s'est fissurée.

Alors... Pour ne pas t'oublier... J'ai marqué ton nom au fer rouge dans mon cœur... Et à présent, tu y es à jamais.

Je t'aime Ah Su.

Ton ami pathétique,

Yoongi.

***

Lorsque j'ai ouvert la porte d'entrée, la première chose à laquelle je fis attention, fut l'odeur du propre. La fraîcheur du produit et le désodorisant.

Tout de même un peu méfiant, je retirai lentement mes baskets, avant de ne balayer les pièces du regard.

Les chaises de la salle à manger étaient parfaitement disposées, la nappe complètement propre et nettoyée. Le pot de fleur siégeait fièrement au milieu de la table. Le plan de travail de la cuisine était clean. Sans miettes, sans goutte de lait ou d'eau. La vaisselle était faîte, les assiettes et les couverts séchaient sur l'égouttoir. Les coussins sur le canapé du salon étaient rangés à leur place, le tapis correctement placé sous la table basse. Les télécommandes l'une à côté de l'autre, face à la télévision. Le sol parfaitement propre.

Ce n'était pas ma mère. Elle n'était pas censé rentrer avant vingt heures.

Lorsque je pénétrai ma chambre, Sun Hee dormait sur mon lit.

Encore...

Mais si le ménage était bien d'elle, alors elle le méritait entièrement.

Ma chambre était tout aussi propre que le reste des pièces. Mon bureau rangé, ma chaise débarrassé de tous vêtements. Le sol dégagé des bouteilles et mouchoirs. Mes chevets ne contenaient que le strict minimum, dont mes lampes, mon chargeur et des mouchoirs.

Les bassines que j'avais utilisé pour soigner Sun Hee n'étaient plus.

Elle avait vraiment tout nettoyé et je me sentis désolé pour elle.

Je posai mon sac au sol, le faisant glisser le long de mon épaule, et m'approchai de ma camarade endormie.

Mon genou rencontra doucement le matelas et je me penchai sur elle, lui embrassant le front.

Sun Hee était couchée sur le côté, les bras croisés et les jambes légèrement repliées près du buste. Elle était presque recroquevillée sur elle même, signe de protection.

Elle était allongée là où j'avais l'habitude de dormir depuis qu'elle était là, c'est à dire du côté gauche du lit. Mon T-shirt entre ses bras, me fit sourire.

Elle avait prit l'habitude de serrer mes vêtements lorsque je n'étais pas avec elle et j'en ressenti une certaine fierté.

Mais le cadre sous le T-shirt attira mon attention, et lentement, je le retirai d'entre les mains de ma camarade en veillant à ne pas la réveiller.

Je fronçai les sourcils en voyant la photo retournée sur un texte que j'avais écrit quelques années en arrière.

Et c'est en reportant mon regard sur elle, que je vis ses yeux cernés et humides. Ses joues encore un peu mouillées et ses lèvres gercées.

Sun Hee avait lu cette lettre, et n'avait pas supporté.

Et une fois de plus, par ma faute, elle avait pleuré.

***

Je suis làOù les histoires vivent. Découvrez maintenant