Chapitre 39

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Marie, appuyée contre la fenêtre, regardait la mer sans la voir. Elle était concentrée. Elle était prête. La jeune femme ouvrit la bouche mais... Aucun son n'en sortit. Elle s'affaissa de dépit. Pourquoi !? Pourquoi n'y arrivait-elle toujours pas !? Voilà une semaine que les médecins lui avaient annoncé qu'elle pouvait parler et que son blocage n'était que psychologique. Elle le savait, elle avait accepté la situation. Grâce à Joris, ses progrès étaient davantage visibles de jour en jour. Alors pourquoi son corps refusait-il de prononcer le moindre mot ?

Et Joris ? Elle savait qu'il n'attendrait pas indéfiniment. Malgré ses paroles rassurantes à l'hôpital, que penserait-il en voyant qu'aucun mot ne sortait de sa bouche ? Non seulement il se lasserait, mais en plus il penserait probablement qu'elle manquait de volonté. Qu'elle était faible...

Le silence. Malgré tous ses efforts, il ne régnait dans la chambre que le silence. Une larme de frustration coula sur sa joue tandis qu'elle se prenait la tête dans les mains, tremblante. Elle seule détenait la clé pour retrouver sa voix. Si c'était psychologique, il était tout aussi probable qu'elle ne reparle jamais.

Joris pénétra dans son bureau, décidé à dilapider son travail avant d'enfin retrouver la jeune femme qui ne cessait d'attiser son désir. Rien ne devait le déranger quand il était à ses côtés, ou il entrait dans une colère noire.

Il épluchait son courrier. Des tas de papiers, des demandes d'accord à signer, des propositions d'achats d'entreprises... Et une seule préoccupation dans son esprit. Depuis le retour de l'hôpital, Marie s'était renfermée sur elle-même. Son silence l'inquiétait mais il ne pouvait l'obliger à expliquer ce qui la tracassait. Il pensait pourtant avoir été clair à propos de sa voix. Même s'il le voulait, jamais il ne pourrait la laisser partir. Imaginer qu'il l'abandonnerait si sa voix ne revenait pas promptement était alors d'une telle absurdité ! Mais elle semblait encore en douter...

Au milieu des enveloppes blanches, une enveloppe de papier Kraft attira son attention. Par curiosité, il l'ouvrit et tâta l'intérieur. Mais seule une clé USB tomba sur le bureau.

Il la brancha sur son ordinateur portable. Le seul document existant était une vidéo. Sur celle-ci défilaient des photographies de Marie. Les images n'étaient pas récentes et toutes, à en voir l'apparence de la jeune femme et la courte longueur de ses cheveux, avaient été prises il y a au moins plusieurs années. Enfin apparut un texte.

"Tu regretteras de me l'avoir volé."

Une nouvelle menace, probablement de la même personne que celle qui avait transmis dans sa poche la précédente et le bouquet de roses provocateur. Mais qui ? Qui peut faire ça ? Visiblement, ce traqueur n'en était pas à son coup d'essai. Combien de photos personnelles de Marie avait-il encore ? Savoir la jeune femme à la merci d'un détraqué mental avant même leur rencontre et encore aujourd'hui lui faisait froid dans le dos. Cela signifiait qu'il était absolument obnubilé par elle. Mais Marie ne lui avait jamais parlé de ce stalker. Et il espérait qu'elle ne lui avait rien caché. Sans doute ce stalker était-il resté dans l'ombre tout ce temps sans jamais l'approcher...

Et même cette perspective ne lui plaisait guère...

Doutant du fait que Marie sache quoique ce soit, il retira la clé USB de l'ordinateur pour la fourrer dans un tiroir fermé à clé. L'homme était sans aucun doute le même qui avait glissé dans sa poche la première menace et l'auteur du bouquet de fleurs. Il devait être présent lors de la fête donnée précédemment par sa sœur. Marie n'aurait sans doute pas plus d'explications que lui et, la sachant fragile suite au choc de la découverte sur sa voix, il se refusait à l'inquiéter davantage.

...

- ...ris...Joris... murmura une voix faible.

Quelques secondes de stupeur passèrent.

L'homme se retourna brusquement, n'osant croire la pensée qui venait de se présenter à lui. Mais si. Une seule personne était présente dans l'encadrement de la porte. Et son expression éberluée lui confirma que Marie venait bel et bien de prononcer son premier mot depuis son accident. Et il s'agissait de son prénom... Il se précipita pour la prendre dans ses bras, la rattrapant de justesse alors que ses jambes se dérobaient sous le choc. Il prit son visage entre ses puissantes mains, effaçant les larmes.

-Tu es enfin parvenue, murmura-t-il en peinant à y croire. Je suis tellement fier de toi...

Il l'embrassa fougueusement, sa voix claire et calme qu'il entendait pour la première fois ayant déclenché en lui une puissante vague de désir.

Elle lui rendit son baiser, aux anges. Plus valable à ses yeux que l'avis du médecin, elle avait maintenant réellement la preuve qu'elle pouvait parler. Elle voyait la fierté et la joie à l'état pur dans son regard, et cela constituait sa plus belle récompense. Elle ne savait pas si elle pourrait parler normalement dans l'immédiat, mais le processus était dans tous les cas enclenché.

Et pour la première fois, elle voyait véritablement un futur lumineux...

Joris la conduisit au salon, désireux de lui offrir une soirée parfaite pour couronner la merveilleuse surprise qu'elle venait de lui faire.

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-Je te remercie d'être venu aussi tard, Elias, dit Joris en fermant la porte derrière son cousin. Il fallait que je t'en parle, je crains que Marie ne soit vraiment en danger. Et... Je ne pourrais supporter qu'il lui arrive quoique ce soit. Elle a déjà trop souffert.

Elias observa son cousin qui semblait désemparé.

-Tu as aussi souffert, renchérit-il avant de se reprendre devant le regard dur de l'homme. Bon, que se passe-t-il ?

Il était tard, plus de minuit. Joris avait dû attendre que Marie s'endorme avant de l'appeler. Il expliqua la découverte de la clé USB et montra la vidéo. Jadis, Elias avait travaillé dans la police.

Pris d'un doute, celui-ci plaça l'ordinateur devant lui et commença à ouvrir différents logiciels et programmes.

-Je peux savoir ce que tu fais ? Demanda Joris, fâché qu'il ouvre tous ses dossiers personnels sans autorisation.

Elias réfléchissait. Ce qu'il voyait ne lui plaisait absolument pas. Et s'il ne s'était jusqu'à présent pas vraiment inquiété, il l'était maintenant vraiment. Pour la sécurité de Marie.

-Cet homme n'a pas fait que te transmettre une vidéo. Il a transmis à ton ordinateur un virus qui lui permet d'en prendre le contrôle à distance.

Joris se crispa brutalement. Car c'est grâce à cet ordinateur que les caméras de surveillance de la villa étaient contrôlées. Sa vie privée ainsi que celle de Marie n'avait désormais plus aucun secret pour le mystérieux stalker...

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