Chapitre 38

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-Alors, que s'est-il passé ? demanda impatiemment Joris dès la porte du bureau fermée. Comme se fait-il qu'elle ait pu crier ?

Le médecin caressait son menton, pensif.

-A l'évidence, nous avons la preuve qu'elle n'est pas muette, s'enquit-il. L'aphasie peut être provoquée par un trouble cérébral dû à un choc physique. C'est ce que suspectaient manifestement ses médecins, d'après ce que je lis dans son dossier. Mais c'est rarement réversible, du moins c'est presque impossible en si peu de temps. Dans son cas, je pencherais davantage pour un traumatisme psychologique suite à son accident et à son mariage, continua-t-il après un bref silence. Sa gorge a été perforée par un morceau de verre et elle en a eu conscience. Il s'agirait donc d'un mutisme post-traumatique.

-Mais comment a-t-elle pu ne pas se rendre compte de sa capacité à parler ?

-Comment aurait-elle pu en avoir conscience ? Les médecins lui ont annoncé à tord une aphasie. Elle n'a fait que les croire.

Joris s'assit sur sa chaise, sous le choc de la nouvelle.

-Ce qui m'étonne le plus, reprit le médecin, c'est que les personnes qui l'ont examinée après son accident de soient trompés à ce point-là dans son diagnostic...

Joris n'était au contraire guère étonné de cela. Il s'était à plusieurs reprises rendu dans cet hôpital lorsque Carl y était interné. Il avait pu constater la moisissure sur les murs. Les manières déplacées du personnel soignant. Il avait d'ailleurs immédiatement fait transférer le vieil homme en s'en rendant compte. Marie lui avait avoué avoir été soignée dans ce même hôpital délabré. L'hôpital n'avait probablement pas les moyens d'obtenir les appareils nécessaires pour faire les examens. Ils avaient donné un diagnostic sans savoir s'il était le bon. Qu'il aurait voulu être après d'elle à ce moment-là, au moins pour lui procurer les soins dont elle avait besoins...

-Pourquoi peut-elle reparler maintenant et pas à un autre moment ?

-Son cauchemar semble avoir été le déclencheur. Je pense ne pas me tromper en affirmant que c'est grâce à vous qu'elle peut à présent parler à nouveau. À vos côtés, son traumatisme de résorbe peu à peu. La parole lui reviendra progressivement.

Il est vrai que Marie avait fait beaucoup de progrès. Elle se nourrissait sans qu'il n'ait plus à le lui demander. Elle avait des activités. Et son sourire devenait de plus en plus éblouissant. Il s'était donné l'objectif de lui rendre le bonheur qui lui avait toujours été arraché. Alors les mots du médecin le comblaient de joie.

-Allez tout de même faire une IRM demain pour confirmer mais si elle a bel et bien crié comme vous l'affirmer, il n'y a pas de doutes possibles, acheva le médecin en se levant.

-Bien sûr, je ne veux prendre aucun risque.

Il raccompagna l'homme avec l'impression d'être au septième ciel. Marie parlait ! Même s'il savait qu'elle ne parlerait pas du jour au lendemain, tout était possible. Il hésitait cependant à tout lui dire. Rien de plus terrible que de se faire de faux espoirs : il restait l'examen à passer.

À peine entré dans la chambre, une masse blonde se précipita sur lui. Joris la ramena au lit et déposa une couverture sur ses épaules. Il voyait dans son regard qu'elle contenait avec une grande peine ses interrogations.

-Demain, tu vas passer une IRM, expliqua-t-il en fixant son regard noir dans le sien. Seul cet examen pourra vraiment nous confirmer que tu peux parler.

L'angoisse transparaissait sur son visage.

-Mais je veux que tu saches que quels que soit les résultats, la considération envers toi ne changera pas. Jamais je ne t'abandonnerai.

"Je le sais."

Il l'observa sans rien dire quelques instants, sceptique.

-Tes cauchemars récurrents me prouvent que tu as encore cette peur inconsciemment.

Elle serra sa main de toutes ses forces, à tel point que l'homme la sentait trembler. Elle se battait pour lui faire confiance. Quelque part au fond de son cœur, elle sentait qu'elle le pouvait mais une force la poussait à se méfier de ce qu'il avançait. Peut-être parce que sa vie n'avait toujours été que mensonge. Comment pouvait-on ne pas abandonner une personne comme elle ? Mais pour lui, elle tenterait de se convaincre qu'elle était digne d'être aimée.

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Marie venait de quitter la blouse d'hôpital quand Joris demanda à entrer. Il arborait un grand sourire.

-Il n'y a aucune anomalie dûe à ton accident. Tu es en capacité de parler !

Il lui expliqua ce qu'avait dit le médecin la nuit dernière. Marie sentait ses jambes se dérober et elle se laissa tomber sur le lit. Elle glissa machinalement sa main sur sa gorge, là où il y avait encore la cicatrice blanche.

Joris remarqua sa névrose et s'assit à ses côtés.

-Que se passe-t-il, Marie ? Tu sais que tu n'as pas à avoir peur de moi.

"Même si je suis capable théoriquement de parler, je n'y parviens pas. Je n'arrive même pas à m'imaginer en train de parler. Je ne sais plus comment faire !"

Elle enfouit son visage dans les mains, bientôt mouillées par ses larmes. Elle avait tant de fois rêvé sa voix, et maintenant qu'elle la retrouvait, tout semblait terriblement compliqué.

-Ne t'inquiète pas trop pour ça, dit-il après un instant de réflexion. Ta voix reviendra progressivement. Je ne te demande pas de parler tout de suite. Demain, dans un mois, dans un an. Nous attendrons le temps qu'il faut pour que tu sois prête.

"Merci. Merci d'être aussi compréhensif."




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