Chapitre 7

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Marie se sentait bien. La chaleur l'enveloppait comme la plus douce des couvertures. Le noir l'empêchait enfin de voir tout ce que le monde offre de mauvais. Des mouvements légers la berçaient. Elle se sentait revenir dans l'enfance qu'elle n'avait jamais eu, protégée, choyée. Le poids qui plombait habituellement son cœur était allégé : elle flottait dans l'univers, indépendante. Mais des voix et des bruits éclatèrent sa bulle de bien-être. Des bruits d'avion en plein décollage. Des voitures qui les dépassaient. Et une voix grave. A chaque parole, elle ressentait les vibrations sous son frêle corps. Comme un soudain coup de poing, la réalité lui apparut, terriblement brutale. Transie de gêne, elle n'osait pas bouger. Cette voix, celle de Joris, la pétrifiait. Elle entrouvrit les paupières, ne sachant que faire. Heureusement, il ne lui laissa pas le temps d'y réfléchir davantage et mit fin à son dilemme.

-Bon retour du royaume des gros dormeurs. Vous savez que vous bavez en dormant ? dit-il avec un air moqueur.

Elle soupira, gênée. Cet homme était insupportable. Et elle ne bavait pas en dormant ! Marie ne s'était même pas sentie tomber dans le sommeil. Délicatement, il la déposa au sol et elle se pinça la lèvre. La douleur dans sa cheville, qui n'avait jamais cessé depuis l'accident du morceau de bois, s'était réveillée en même temps qu'elle. Elle avait réussi à la masquer au prix d'intenses efforts pour ne pas boiter mais n'avait pu retenir une grimace de douleur lorsque son pied avait touché le sol. Consciente de son erreur, elle jeta un regard vers Joris qui la fixait. Puis il repartit sans rien dire. Ouf, il n'avait rien dû remarquer.

Quelle avait été cette expression lorsque Joris l'avait posé au sol ? Lui avait-il fait mal ? Pourtant, il l'avait déposé avec la plus grande délicatesse possible. Il avait tout d'abord cru qu'elle était blessée mais ensuite, elle avait marché tout à fait normalement.

Marie monta à sa suite dans une voiture tout aussi luxueuse que celle qui les avait emmené à l'aéroport. Joris s'adressa dans une langue étrangère au chauffeur qui démarra immédiatement. Du grec. Elle n'y comprenait rien. La chauffeur baragouina à nouveau et elle fut tentée de demander à Joris ce qu'il disait. Mais après un seul regard sur son visage crispé, elle renonça et se plongea dans la contemplation du paysage.

Elle n'avait jamais voyagé, ses parents ne voulant pas s'encombrer d'une fillette et son ex-mari de sa femme. Jusqu'à présent, elle n'avait jamais regretté leur décision. Partir avec eux dans un pays étranger n'aurait été que plus d'heures pénibles à les subir. Mais maintenant... Le soleil inondait son visage d'une délicieuse chaleur. L'air était doux voire tiède. La voiture avait maintenant quitté la ville et toute civilisation pour monter toujours plus haut. La route se rapetissait et une énorme falaise la bordait. S'ils tombaient... Non, le chauffeur savait bien conduire sinon Joris ne l'aurait probablement pas choisi. Qu'allait-il se passer, à présent ? Où l'emmenait-il ? La peur de ne pas savoir faisait grandir son anxiété. Et puis au détour d'un gros arbre, une esplanade bleue la fit écarquiller les yeux. La mer ici était d'une couleur tellement plus vive que celle de Bretagne semblant toujours grisâtre !

Joris sourit en la voyant poser son front contre la vitre. Elle était adorable.

-Bienvenue en Grèce, mademoiselle Jenson, souffla-t-il.

Un quart d'heure plus tard, une villa immense leur fit face. Au sommet de la falaise, elle surplombait l'océan. Assez moderne, la structure se fondait pourtant bien avec la nature. Il y avait beaucoup de baies vitrées et les murs étaient blancs. Où étaient-ils donc ? Cette maison était si luxueuse... Avaient-ils seulement le droit d'être sur ce territoire ? 

Joris saisit la minuscule valise de la jeune femme et entra, lorsqu'il se rendit compte qu'elle ne l'avait pas suivi.

-Vous avez l'intention de rester dehors toute la nuit ? Je vous préviens, il fait assez froid en cette période.

Elle fronça des sourcils et désigna la maison du doigt avant de le pointer lui. Elle ouvrait la bouche, comme un réflexe, mais seuls sortaient des sons atrophiés. 

-Désolé, je ne comprends pas.

Il fouilla dans son sac et lui tendit son bloc-note. L'homme commençais véritablement à comprendre le calvaire qu'elle devait endurer chaque jour.

"Cette maison vous appartient ?"

Il la fixa puis, la faisant sursauter, éclata de rire. Donc, voilà ce qui la turlupinait !

"Ce n'est pas drôle. Figurez-vous qu'avant de vous rencontrer, je ne connaissais même pas votre nom." bouda-t-elle.

-Evidemment que je possède cette maison. L'entreprise que je dirige est une des plus grande de Grèce. Et votre expression lorsque vous me posiez la question était vraiment drôle. Je me doutais que vous ne lisiez pas vraiment la presse mais à ce point-là ! C'est du grand art ! 

Elle rougit, honteuse. Décidément, cet homme ne souriait et riait qu'à son propos ! Marie le bouscula et entra dans le hall, furieuse, pendant qu'il se tordait de rire. Une femme âgée vint à sa rencontre. Ses cheveux longs et blanc étaient attachés en une tresse. Son expression ne reflétait que pure tendresse.

-Bonjour, Mademoiselle Jenson. Je m'appelle Paula, je suis la gouvernante de Monsieur Salvorde. 

Marie fit le geste qu'elle faisait à chaque nouvelle rencontre : elle porta sa main à sa gorge pour signaler son aphasie.

-Non, non, ne vous inquiétez pas ! Je le sais déjà.

-En effet, elle est déjà au courant de la situation. Je lui ai demandé de préparer votre arrivée, annonça Joris qui s'était approché, enfin plus sobre. Vous allez habiter dans cette maison durant un an, pour rembourser votre dette envers moi. Autant que vous soyez à l'aise dès les premiers jours. Je vous fais une fleur en ne vous demandant pas de rembourser par de l'argent donc s'il-vous-plaît, ne partez pas d'ici sans que je vous en ai autorisé. Sinon, je crains d'être obligé de vous intenter un procès. Paula va vous faire visiter la maison et nous nous retrouverons au dîner. J'ai un peu de travail à finir avant.

Paula récupéra le manteau qu'il lui tendait et s'inclina poliment. La jeune Marie, quant à elle, restait pétrifiée par son avertissement. La croyait-il réellement capable de s'enfuir lâchement, comme l'avait fait son ex-mari ? A croire que son emprise la suivrait partout jusqu'à la fin de ses jours...

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