Alors qu'Augustine demeurait toujours immobile et plongée dans ses pensées désespérées, les bruits étranges de la forêt, témoins de sa vie trépidante, reprirent leur cours tranquille. Hululements, crissements, grattements, chuintements et autres grincements résonnèrent ensemble, d'abord timidement, puis plus intensément, pour terminer enfin en cacophonie naturellement harmonieuse. Comme une enfant sauvage, la jeune fille aurait pu se fondre dans cet écosystème équilibré, idyllique et mystérieux. Elle aurait pu se mêler aux ramures majestueuses des arbres, elle aurait pu se faufiler entre chaque bourgeon naissant en passant inaperçue aux yeux de tous les êtres vivants, loin de la vie stressante, tumultueuse, et incroyablement vaine des humains. Elle se sentait chez elle au milieu de ces bois merveilleux, entourée de la flore et de la faune sylvestres ; la nuit d'encre qui l'engloutissait ne semblait pas la perturber, ni l'effrayer. Pas une seule seconde.
Dans un bruissement savoureux, une brise légère, mais chargée en humidité, se fraya un passage entre les branches des feuillus et des épineux. Elle souleva une mèche d'Augustine et la dompta dans la pénombre. Ainsi en suspension, les cheveux semblaient posséder leur propre volonté. Lorsque le vent s'accentua, ils giflèrent les joues de la jeune fille et se mêlèrent aux larmes qui peu à peu se tarirent. Ses pommettes séchèrent. Des frissons s'éparpillèrent sur sa peau et la transpercèrent jusqu'à l'os. Son ami n'était pas revenu.
Augustine croisa les bras et se les frictionna, elle n'avait pas prévu de rester si tard dehors et regrettait d'avoir laissé son épais manteau chez elle. La lueur de sa lampe vacilla, la batterie faiblissait. Le cœur d'Augustine rata un battement : pour rentrer sans encombre, elle devait se presser. Elle jeta un regard curieux au végétal étrange. Peut-être réussirait-elle à le faire parler de nouveau, en espérant que ce n'était pas une hallucination due à la toxicité de la plante. Finalement, elle ressemblait drôlement à un champignon, alors pourquoi pas un champignon vénéneux. Soumis à une sourde angoisse, son estomac se tordit subitement. Elle s'aperçut alors de la stupidité enfantine de leurs défis alimentaires réguliers et surtout de l'enjeu de chacun d'entre eux. À chaque bouchée, ils avaient mis en jeu leur vie fragile. Ils jouaient à un jeu vraiment dangereux. Mieux valait être prudent et emporter la substance avec elle. Par sécurité. On ne savait jamais. S'il lui arrivait quelque chose les prochains jours, elle pourrait montrer ce qui l'avait rendue malade. Et puis, si elle voulait comprendre ce qui lui était arrivé, elle ne pouvait pas laisser ce truc sur place. Il fallait donc qu'elle l'emportât avec elle, ou au moins une petite partie qu'elle pourrait tranquillement examiner chez elle ; elle s'efforcerait de l'analyser le plus précisément possible, que ce soit en l'observant au microscope ou en la découpant en tout petits bouts pour en étudier chaque détail.
La scientifique en herbe recueillit alors un morceau de la créature informe dans le creux de ses mains et la plongea dans l'eau de la rivière pour la nettoyer ; elle aimait le contact moite et gluant avec le végétal. Comme celui des limaces, des escargot ou des vers de terre, il lui chatouillait la peau. Plus elle y réfléchissait, plus elle avait l'impression que cette chose bougeait. Augustine renifla et sourit. Un bonheur simple commençait à réchauffer son cœur et elle voulait le conserver près d'elle, comme un doudou d'enfant réconforte celui qui le porte lorsqu'il est sous l'emprise de la solitude. Comment cette chose avait-elle pu lui parler ? Elle n'avait même pas de bouche. De plus en plus intriguée, la brunette se précipita vers la remorque. À la lisière de la lumière et de l'obscurité, elle avait rejeté de son ventre le contenu du sac d'Augustine de la même façon que Maël l'avait rejetée, comme un esclave qui obéit aux humeurs massacrantes de son maître. D'une main, la scientifique en herbe farfouilla dans ses affaires éparpillées sur le sol avant de tout remettre dans sa besace. Elle conserva cependant en main, un taille-crayon, doté d'un réservoir, sorti de sa trousse de collégienne. Il servirait de contenant hermétique pour la plante-omelette, les rognures de ses crayons de couleur feraient office de substrat de croissance, elle en était convaincue. De ses doigts, elle fit glisser délicatement le plus large morceau qu'il restait de la plante dans le réceptacle et remit en place le capuchon du taille-crayon. À la lumière de sa lampe, elle examina fièrement la créature bizarre qu'elle venait de capturer. Augustine cilla. Avait-elle bien vu ? Elle aurait juré avoir aperçu la plante se recroqueviller sur elle-même, comme un animal sauvage qui comprend qu'il s'est fait encager.
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Augustine Baudelaire - T.1 - Les disparitions mystérieuses
Fantasy🧙♂️watties fantasy 2020🧙♂️ Augustine Baudelaire, une jeune fille sans problème, voit sa vie bouleversée le jour où elle découvre ce qu'elle croit être une plante bizarre dans la forêt qui borde sa maison. Défiée par son ami Maël, elle croque un mo...
