Chapitre 7 - Le lieu singulier

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Le sommeil agité qui avala Augustine, s'imprégna des aventures dont elle se souvenait à peine, mais qui avaient marqué son subconscient. Des rêves sibyllins et des cauchemars épouvantables s'allièrent pour embarquer la jeune fille dans des mondes hors du commun. Certains mettaient en scène Maël qui mourrait d'une indigestion de champignons de Paris, d'autres encore l'immergeaient dans un univers surréaliste à l'image des œuvres d'art réalisées par Salvador Dalì : des fourmis y grignotaient un gâteau aux pommes et à la cannelle tandis qu'un cerf blanc léchait les cheveux roux recouverts de crème chantilly d'une femme éthérée à la peau laiteuse, et dans un dernier, beaucoup plus sombre et plus énigmatique, elle rencontrait un mage noir, toujours accompagné d'un garçonnet qui portait un bocal à poisson rouge, qui la harcelait et la persécutait pendant des années pour un méfait qu'elle n'avait pas commis, jusqu'à ce qu'elle mourût dans ses bras ; des bras plutôt chaleureux pour un sorcier maléfique.
Le lendemain matin, il était près de midi lorsqu'elle émergea et Augustine se souvenait uniquement d'avoir rêvé de son livre de chevet préféré : Harry Potter et le prisonnier d'Azkaban, elle y rencontrait son personnage favori, le ténébreux Sirius Black, et l'aidait à s'évader de sa prison terrifiante, sous le nez des terribles Détraqueurs impuissants. Cet unique souvenir suffit à lui réchauffer le cœur et effaça la fatigue considérable qui lui consumait le corps.
On frappa à la porte d'entrée trois coups martelés en rythme qui résonnèrent dans la maisonnette.

Pas de mouvement.

Les coups se répétèrent, plus vivement cette fois, et des talons se précipitèrent vers l'entrée. Un bref échange de voix vives qui se mélangèrent et le claquement du pêne qui scelle la serrure. Visiblement, quelqu'un venait de passer ses nerfs sur Marissa qui n'avait pas apprécié. Cependant, Augustine n'avait pas reconnu la voix de l'agresseur. Elle lui était parvenu, lointaine, étouffée par un énorme nuage cotonneux qui l'isolait du reste du monde. Assise, face au miroir de sa coiffeuse, elle s'observait silencieusement, son regard s'était voilé. Son esprit qui avait abandonné son enveloppe charnelle, lourde et imposante à transporter, paressait voguer dans une contrée lointaine, un autre monde. Un souvenir. Flou. Impalpable. Une image fugace s'échappa au moment même où elle essaya de la saisir, légèrement tintée de violet.

Toc, toc, toc.

- Entre, Maman ! bredouilla-t-elle d'une voix encore piégée par le sommeil.

Toc, toc, toc.

Augustine frotta ses yeux désormais clos et souffla en soupirant :

- Entre, Maman, je suis réveillée.

Toc, toc, toc.

La brunette, agacée, soupira. Elle se leva vivement pour accueillir sa timide visiteuse.
Une clarté étincelante l'éblouit lorsqu'elle ouvrit brusquement la porte. Elle porta une main en visière de façon à se protéger du choc aveuglant et découvrit peu à peu un décor surprenant. Maintenant qu'elle papillonnait des paupières, une étonnante nature luxuriante se dévoilait et s'étendait à perte de vue. À la manière d'une malachite, par strate, la végétation revêtait toutes les nuances de vert. Dans la pénombre, l'émeraude côtoyait le jade et la chrysoprase, chatoyants dans la lumière éclatante. Augustine ne reconnaissait aucune essence d'arbre, aucun végétal ; elle pénétrait dans un environnement totalement inconnu.
Une feuille gigantesque lui murmura des mots envoûtants, tendres et emplis de bienveillance. Elle tendit l'oreille, la main et lorsqu'elle avança d'un pas, une sensation de vertige l'envahit soudain. Son pied ne trouva pas le sol sur lequel se poser. Elle recula et s'amarra fermement à une paroi dont le relief lui paru familier.

- La cabane... murmura-t-elle époustouflée. Mais qu'est-ce que je fais là ?

Toc, toc, toc.

Augustine Baudelaire - T.1 - Les disparitions mystérieusesDes histoires addictives. Découvrez maintenant