le redbull le matin c'est un mauvais bail.
je paye pour ma flemme éternelle de faire les courses, je peux qu'assumer maintenant.
d'ailleurs assumer c'est un mot que je connais pas trop depuis un petit moment.
j'ai boycott sasha depuis notre échange au resto, non pas pour faire la star mais pour être sûre que je faisais pas de la d.
le souci c'est que je sais pertinemment que c'est pas sain, mais parfois les sentiments que l'on éprouve pour les relations sans lendemain sont difficilement explicables.
aujourd'hui je suis de repos et c'est pas plus mal. il n'y a que doum's et lo qui parlent son. ils s'interrompent quand ils me voient.
— continuez, je vous en prie.
je prends place sur un des canapés et m'enroule autour de mon plaid, prête à m'embrouiller pour monopoliser la télé. j'ai révisé tous mes arguments.
— kami, on est d'accords que le boule c'est mieux que les bzez ?
doum's il m'exaspère de plus en plus souvent, ma foi.
— tu dis ça parce que ta go elle n'en a pas, ajoute lo, taquin.
— bon toi, elle est où ta go ? réplique le tressé.
un silence s'en suit qui nous fait rire.
— eh d'ailleurs toi, là. crois pas tu vas esquiver. reprend le pâlot à la casquette.
je l'interroge du regard et doum's écarquille les yeux, signe qu'il se remémore d'un truc.
— l'autre fois, à la soirée... il commence.
— quelle soirée ? je demande.
— où on parlait de cul et tout ça, là.
— ah ouais, la soirée ou on a appris ta pougnette quotidienne ?
doum's éclate de rire et le concerné hausse les sourcils, faussement outré.
— ouais, cette même soirée où on a appris des bails avec nek aussi.
le renoi revient à la charge en sifflant cette fois.
— quels bails ? t'es fou toi.
— il a dit il a déjà déshabillé une go du regard mais moi je crois pas que ce soit que le regard.
— mdr, ça me regarde à quelle heure ? je demande en tapotant mon coussin.
— ah blerni c'est pas toi ? s'enquiert doum's cette fois.
— bah non wesh, c'est ivy concentrez vous.
ils s'échangent un regard entendu, je comprends pas tout.
— vous voyez pas qu'il se passe un truc avec ivy ? si justement vous n'étiez pas qué-blo sur les atouts des meufs vous auriez remarqué bande d'incapables. je rajoute, ennuyée.
— euh... ouais si tu le dis, conclut lo.
je leur demande la télécommande et me concentre sur la télévision. sans rire, ils ont vraiment cru que c'était de moi que ken parlait ? j'ai hâte de raconter ça à ma pote qu'on rigole.
— kami, y a adele qui va venir ce soir, reprend doum's après un moment.
— ici ?
il hoche la tête.
— j'ai envie de faire zehma un dîner romantique tu vois ? à base de tieb poulet, carré.
j'acquiesce tandis que lo se marre.
— donc faut que je me barre, en gros !
— bah... après ça dépend si t'as envie d'entendre des cris d'animaux je-
— ça va aller, je vais vous laisser en amoureux. pour qu'elle heure je dois être partie ?
— vingt heures, mais détente je te dirais sur le coup parce qu'elle est toujours en retard.
je souffle un « ok » et me recouche. j'envoie un message pour savoir si elle est dispo ce soir. histoire que je ne passe pas une nouvelle fois la soirée dans les escaliers.
• • •
en sortant de la douche, je vois qu'elle m'a répondu qu'elle était avec ken ce soir. mais que j'étais la bienvenue. hors de question que je tienne la chandelle et puis en vrai, je sais que ça la ferait chier.
en vrai je pourrais mettre ma doudoune et marcher un peu. penser à ma vie merdique et juger la tenue vestimentaire des gens. c'est pas mal comme programme.
je sors de l'appartement avant l'heure prévue. j'ai mon programme en tête. j'achète un poké et je me pose quelque part. je suis équipée pour ne pas avoir froid.
contre toute attente, mon téléphone sonne et affiche le nom de sasha. j'hésite à répondre un court instant puis décroche :
— oui ?
— salut kamiya, je te dérange ?
un peu ouais, j'essayais de me décider entre le saumon et le thon.
— nan, dis moi tout.
— écoutes, je sais ce que je t'ai dit la dernière fois, mais j'ai l'impression tu m'évites depuis, hier on s'est à peine cala...
— parles français, sasha.
des fois j'oublie que c'est mon responsable.
— ok. viens chez moi.
je m'y attendais tellement pas qu'il m'a fallu un moment de réflexion.
— tu voulais que je parle français, nan ? il reprend.
— oui mais c'est un peu... trop rapide, nan ?
j'ai mon bas ventre qui s'enflamme mais je reste tranquille.
— je veux juste qu'on parle. je sais que tu me dis pas tout et je veux juste tenter de mettre les choses au clair. recales moi maintenant si tu veux comme ça j'suis fixé. mais si ce que je t'ai dit y'a deux jours est un tant soit peu réciproque...
j'essaye de peser le pour ou contre mais mes pulsions ont déjà décidé à ma place. je l'attire et il m'attire. je suis seule, malheureuse, j'essaye d'oublier mon ex et j'ai pas d'amis. pourquoi je me prends la tête.
— t'aimes les pokés ?
