— y'a qui dans la salle de bain, là ?
— ta sœur, j'entends derrière la porte.
je soupire et me retiens au maximum de l'insulter. moi qui me « plaignais » d'ivy, je me rends compte que chez elle c'était le paradis à côté d'une coloc avec un milliards de mecs différents chaque jour.
— wesh bien ?
c'est 2zer qui débarque dans le couloir en calebard. je me demande ce que j'ai bien fait au bon dieu pour mériter ça.
— dis à ton pote que c'est pas la salle de bain de sa mère.
la porte s'ouvre au même moment, laissant entrevoir framal couvert d'une unique serviette autour de la taille.
— répète pour voir ? souffle-t-il en me jaugeant.
— t'as pas de maison, abruti ?
— j'ai des obligations familiales, moi, madame ! dit-il en me contournant.
— ah ouais, mekra il a enfin pécho ? demande 2zer, enjoué.
le bouclé répond par la positive et s'engage dans le couloir, jusqu'à ce qu'un détail me fasse tilter.
— mais c'est ma serviette, ça !
il s'arrête, hausse les épaules puis la dénoue pour me la lancer au visage sous les rires du merdeux en caleçon à côté de moi. après on dit que c'est les meufs qui cherchent les problèmes.
ma semaine chez doum's s'achève presque et je ne sais toujours pas ce que je vais faire ensuite. je peux pas me permettre de retourner chez ivy, je pensais vraiment mes paroles et je pense qu'elle a réellement besoin de son espace, d'un autre côté, je peux pas non plus m'éterniser chez doum's même si je sais que ça reste temporaire. je commence le boulot lundi, il faudra peut-être un petit délai avant de pouvoir lancer les procédures de demande de logement. tout est long dans ce pays.
ma douche bien chaude me détend. j'oublie presque que j'ai envie de frapper le malfrat quand je le retrouve dans la cuisine avec doum's et un mec qu'on appelle hugz.
— ça va mon ninja enragé ?
il me saoule doum's avec ses surnoms éclatés mais ça me fait rire alors j'acquiesce d'un mouvement de tête et prends place sur une des chaises. je les laisse échanger jusqu'à ce que hugz nous propose de nous faire écouter une nouvelle instru au salon. les gars le suivent mais je retiens le tressé.
— attends mam's.
il se retourne et m'interroge du regard.
— j'ai eu le job, je lui annonce d'une petite voix.
un méga sourire l'illumine.
— le feu wesh ! c'était sûr façon...
j'hausse les épaules et poursuis.
— le seul truc c'est que... j'ai nulle part où aller la semaine prochaine et...
il s'approche et me coupe d'un air naturel.
— kami, c'est chez toi ici. m'en bats les couilles reste autant de temps que tu veux !
— mais j'ai pas envie d'être de trop.
il soupire.
— t'es pas de trop qu'est-ce tu racontes ? mais c'est toi tu te mets à l'écart à chaque fois. personne va te manger ici.
— je sais... j'ai un blocage.
il s'approche encore pour pouvoir baisser le ton.
— ce serait trop facile de te dire d'oublier ce fils de pute et ce qu'on t'a fait là bas, mais si toi même tu vas pas de l'avant, personne ne pourra le faire pour toi.
j'acquiesce en silence. c'est la première fois que je reste neutre. en temps normal j'aurais déjà rétorqué avec toute mon agressivité.
— tu te referas un nom et tu lanceras un nouveau business. même si ça prend 10 ans, on s'en fout. on est tous des entrepreneurs ici, on sait ce que c'est la galère. n'aies pas honte de ton parcours, jeune pousse. c'est ce qui fera ta fierté demain.
ça fait bizarre d'entendre des paroles aussi sages venant de lui mais c'est pas non plus déplaisant. en plus il a raison sur toute la ligne.
— et d'ailleurs personne t'a rien fait ici, alors t'es mignonne tu défronces tes sourcils et tu apprends à les connaître, compris ?
— rêves pas trop.
il me met un steak en guise de réponse. je vais le tuer ce gars.
— fais la go si tu veux. ce soir on est chez sneaz, je veux te voir parler avec des gens sinon ça va chauffer.
je m'en carre de ses menaces mais bon challenge accepted.
