36- Nausées

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Une fois les services de midi finis, le mess nettoyé et la vaisselle lavée, séchée et rangée. Nous, mousses et grouillots du Red Force avons trois heures de battement. J'en profite pour redescendre dans le dortoir. Une fois coulée dans mon hamac, je me permets une petite sieste réparatrice.

Il faut dire que si c'est tous les jours comme ça, je vais avoir du mal à tenir le rythme. Je dois avoir dormi un quart d'heure quand je sens quelqu'un me secouer. J'ouvre les yeux pour voir Steban me toiser d'un air impénétrable.

Foutus camarades.

- Bonjour. Vous avez besoin de moi ? Je demande en réprimant un bâillement.

- Oui. Debout.

Je me redresse et saute de mon hamac.

- J'ai dormi longtemps ?

- Une demi-heure. A peu près.

Je hoche la tête en le suivant dans les entrailles du navire.

- Il va y avoir un tempête, alors on doit tout fixer.

- Genre la vaisselle et tout ?

- Non, on va la laisser se casser et manger directement sur la table. Il me répond ironiquement.

Je fais semblant de rire et on pénètre dans le mess ou cinq matelots en plus de l'équipe de cuisine habituelle sont en plein travail. Le but de notre après-midi, finir de sécuriser toute la cuisine, l'office et le mess. Ensuite, on descend aux réserves et on file un coup de main à un type appelé cambusier. C'est assez impressionnant de voir cinquante personnes courir dans un bordel aussi organisé.

On liste un tas de denrées et il note à côté le risque de pertes, le nombre, la quantité et la durabilité sur un long morceau de papier. Une fois les nombreuses réserves vérifiées, amarrées, pardon, arrimées. On doit monter les listes et les notes des maitres à Ben. C'est marrant parce que le bateau commence à bien tanguer. On entend un paquet de jurons, généralement juste après un gros « boum ».

Monter les échelles jusqu'au pont devient sportif. Quand je passe la tête au-dessus du caillebottis, je commence par me prendre une vague glacée en pleine tête. Iago derrière moi, sur qui l'eau a coulé aussi me plaque à l'échelle en jurant. Je souffle un grand coup en jurant intérieurement en me propulsant hors des marches pour courir vers Ben. Je dérape sur le pont trempé. Une vague de côté frappe le Red Force qui fait une embardée violente sur bâbord. Je saute dès que je sens le choc. Et me réceptionne relativement correctement. Iago lui est à genoux. Ben me prends les papiers des mains et me pousse vers l'intérieur du navire.

Les mouvements du Red Force me rappellent une attraction dans un parc proche de chez mes parents. Une sorte de plateau circulaire qui donnait de grandes embardées, le tout sur de la musique. Le but étant de danser ou au moins d'essayer de ne pas se faire envoyer valser dans les sièges en bord de plateau. J'étais vraiment douée à ce jeu.

Mais de toute évidence, un navire pirate agité par la houle n'a pas les même mouvements. Certains ressemblent de loin, avec beaucoup moins de prévisibilité, et encore plus de force. Je réussi à attraper l'échelle et descends le plus vite possible. Une chute ici pourrait me valoir une luxation. Pas vraiment dans mes projets à l'heure actuelle.

On doit descendre le creux d'une vague parce que je glisse d'un coup vers la proue. Et au nombreux jurons, je ne suis pas la seule. Je me rattrape à un coin de porte et m'écorche la paume de la main sur une écharde. Nouvelle insulte. Je me relève et essaye de redescendre vers les dortoirs. Deux étages encore. Je commence à avoir envie de vomir.

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