Fen
L'impression de se retrouver le cul qui cuit sur un réchaud n'a jamais été aussi prégnante. Quel lisier ! Je vous jure. Trente ans que je colle aux basques des Rafaleux et jamais je n'ai autant joué les équilibristes sur la corde raide. Pas même la fois où Ourbak et Numbak se sont déchirés, jusqu'à s'entretuer, dans une guerre fratricide pour une bécane sportive.
Entre l'humeur massacrante du chef qui m'envoie chier pour un oui ou pour un non – alors qu'il en est réduit à compter ses soutiens sur les doigts d'une main – et Grimm qui me fait tous les appels du pied inimaginables pour que je rejoigne « le côté obscur »... Il y a des jours comme ça où on rêverait de tout plaquer et de poser ses fesses en vacances – s'il existait une destination de villégiature.
On n'a poireauté qu'une dizaine minutes après l'heure échue avant de voir le groupe remonter des sous-sols de l'usine. Ils tiraient des tronches de dix kilomètres. Jamais vu les Rafales dans un état pareil.
Talinn m'a raconté.
Heureusement que le butin a été conséquent. Pas de quoi compenser la perte de braves types comme Tyn et Coco, non bien sûr... mais disons que ça console – même si Luni et ses gars ont passé trois heures à décaper le bordel pour enlever un max de cette saloperie de contamination, à notre retour au camp dans la ravine.
Zilla, lui, est inconsolable. Et je ne vous cache pas que ça commence à me les briser. Qu'il se soucie plus de la perte de cette demi-portion – capable de prédictions délirantes, certes – que de sa propre famille, ce n'est pas acceptable ! Parce que c'est qui qui se coltine à faire vivre notre bande de bras cassés pendant que le chef s'octroie un congé déprime ? C'est bibi !
Le campement est rangé, les bagages repliés, ces abrutis de Luis et Donovan font un concours de boucan avec leurs bécanes flambant neuves. Les feux sont verts. On est prêts à décoller ! Et Zilla ne donne aucun signe de vie. Mais, cette fois, c'est décidé, hiérarchie de mes deux ou pas, je vais lui coller un bon coup de pied au cul, direct dans son camtar, moi, tu vas voir !
Je cogne à la porte plus que je ne frappe et entre sans attendre de réponse. Je m'attendais à le trouver ruminant sur son sort, avec son amie la bouteille, mais il est debout, concentré, à calculer des distances sur une carte. Il m'ignore superbement.
— Mais tu branles quoi, Zi ? finis-je par demander en sortant de ma stupéfaction.
— Si j'envoie un éclaireur au nord, il lui faudrait trois jours pour contourner les cheminées radioactives par le défilé. Contre seulement vingt-quatre heures pour faire l'aller-retour en passant tout droit...
Ok, il en est à la première phase du deuil : le déni. On n'est pas sortis de l'auberge.
— Tu débloques complet, Zi ! Il est hors de question qu'on envoie un gars au casse-pipe pour retrouver cet avorton.
— Alors on ira avec la bande au complet, en contournant par le défilé...
— Qu.. que quoi !?
Zilla m'aurait envoyé une droite à la figure que je n'en aurais pas été aussi choqué. Je ne trouve même plus les mots. Jamais je ne l'ai vu aussi irrationnel. Sans doute la faute à ce monstre. Même Talinn, qui a pourtant la tête sur les épaules, était retourné. Tous ont grièvement été atteints dans leur santé mentale.
Je masse mes tempes, en quête d'arguments raisonnés. En ma qualité de second, il est de mon devoir de remettre mon supérieur dans le droit chemin quand ça part en vrille dans sa caboche.
— Ok Zi... Os s'est enfui, sans masque, dans une zone plus irradiée que le cul de ma grand-mère, avec une balle en travers du bide. À combien estimes-tu les chances de le retrouver vivant au juste ?
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Les Chasseurs de Mirages
Science FictionDu sable et des ruines. Derniers paysages à tenir tête à l'entropie. Les Rafales des Dunes pillent, tuent et saccagent sur leur chemin, mais errent toujours sans but. À moins que l'arrivée d'Os, cet étrange prophète, ne donne enfin un sens à leur qu...