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#15. Beaucoup trop tôt

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Je me regarde une dernière fois dans le miroir avant de descendre. Je porte un pantalon moulant noir ainsi qu'un croc top blanc à manches longue.

Par dessus j'ai rajouté un manteau beige, vu qu'on est quand même en hiver et que je suis une grosse frileuse.

Mes cheveux sont lâchés en cascade sur mon dos et à mes pieds j'ai une paire de bottines noires.

Comme maquillage, du gloss, un trait d'eye-liner et le tour est joué.

Je n'arrive pas à croire que ce soit moi. Je n'ai rien fait d'extraordinaire mais je me sens complètement métamorphosée. Je me sens bien.

Je souris puis j'attrape mon sac à main et descends.

Quand Sophie me voit, sa mâchoire tombe presque de surprise. Je lève les yeux au ciel face à son exagération et pars m'installer à table après l'avoir brièvement saluer.

Franck et sa fille arrivent peu de temps après et leurs réactions ne sont pas mieux que celle de Sophie.

Samantha a presque eu une crise cardiaque ce qui m'a fait jubiler intérieurement. Elle pensait sûrement que sa blague allait m'abattre et me faire renoncer au Pentagone mais elle avait tord.

Sa patronne Cassidy devra me traîner par les cheveux si elle veut me faire quitter ce groupe.

- Nico ma chérie, tu es très belle ce matin, me complimente Sophie.

- Merci, dis-je simplement en continuant à manger mes tartines.

- Qu'est-ce qui s'est passé pour que tu changes autant? Tu as enfin compris qu'avoir un peu de goût dans la vie ne faisait pas de mal? Me provoque Samantha.

- Exactement, mais je suppose que tu ne peux pas comprendre vu que tu t'habilles toujours comme la version wish de Barbie, rétorquai-je en souriant.

Son visage se décompose et elle ne dit plus rien après ça.

Franck semble vouloir dire un truc mais Sophie dépose sa main sur la sienne pour l'empêcher de parler. Pour une fois qu'elle me défend, si on peut dire ça comme ça.

- À ce soir, dis-je en me levant après un moment.

- Attends Nico, me dit Sophie. Ça te dit que je te dépose à l'école aujourd'hui? On pourrait profiter de ce temps pour parler un peu.

Je la regarde surprise. Je ne me souviens pas de la dernière fois où nous avons passé du temps rien que toutes les deux.

Mais étant contente d'éviter un trajet de bus, je décide d'accepter.

Elle me sourit et part chercher ses clés. Je vois les visages de Samantha et Franck se froisser encore plus.

- Je suis sûr que cette entente ne va pas durer, commente Franck dans sa barbe mais suffisamment fort pour que j'entende.

- Ça ne dure jamais, se moque Samantha.

Cendrillon avait une méchante belle mère et deux horribles demi sœurs. Quant à moi j'ai un méchant beau père ainsi qu'une méchante demi-sœur.

Ils me détestent.
Si je doutais encore de Samantha avant, le coup de samedi dernier m'a conforté dans l'idée que j'avais raison.

Quant à Franck. Il m'a fait tellement de coup bas que je ne les compte. Le pire de tous a été quand il a essayé de m'envoyer dans un internat pour enfant en difficulté juste parce que je refusais de l'appeler papa.

La chose qui me différencie cependant de Cendrillon c'est que moi, je sais comment les remettre à leur place.

Pour toute réponse, je leur fais un magnifique doigt d'honneur que je cache quand Sophie descend les marches.

Je marche ensuite vers la sortie tout en jubilant face au regard tueur qu'ils me lancent.

Elle leur dit au revoir et nous partons.

- Alors, tout se passe bien à l'école? Commence-t-elle.

- Oui.

- Et Milo, il va bien?

- Oui.

- D'accord.

Plus aucune de nous ne parle. Depuis son remariage, tout comme j'ai arrêté de l'appeler maman, j'ai aussi arrêté de lui parler. Au début c'était difficile mais maintenant, ça ne m'atteint plus.

- Ça te dit un Starbucks avant d'aller en cours? Me propose-t-elle.

Je hoche simplement la tête.

Elle s'arrête au premier qu'elle voit et me demande de descendre, ce que je fais. Je m'installe pendant qu'elle part passer commande.

Elle revient ensuite avec nos deux boissons.

Je sirote ma boisson sans dire un mot sentant son regard pesant sur moi mais je refuse de faire le premier pas.

- Je t'ai beaucoup déçue, pas vrai? Finit-elle par me demander.

Je pose mes iris sur elle pour l'intimer à continuer.

- Tu as dû beaucoup souffrir quand je me suis remariée avec Franck! Je suis désolée.

- Le mal est fait donc, lui répondis-je avec neutralité.

- Est-ce qu'on pourrait essayer de réparer notre relation? Nos soirées mère-fille, nos week-end cocooning et nos discussions à cœur ouvert me manque beaucoup. J'ai déjà perdu ton père, je ne veux pas te perdre aussi.

Je lâche un rire amer à l'évocation de mon père.

- Je n'arrive pas à croire que tu oses parler de lui, m'indignai-je. Tu as perdu le droit de le mentionner quand tu t'es remariée un an après son décès!

- Ce n'est pas juste Nico! Tu crois être la seule à avoir souffert? Je te signale que j'ai perdu mon mari! L'amour de ma vie!

- Et moi j'ai perdu tout mon monde avec lui! Tu t'en rends compte au moins? Non seulement j'ai perdu mon père mais j'ai aussi ma mère et ma famille! Maintenant je ne suis plus qu'une étrangère dans ma propre maison et je dois tous les jours supporter des gens qui ne m'aiment pas ainsi que vos regards pleins de jugement quoi que je fasse! Tu ne sais pas comme j'aurais préféré que ce soit toi qui sois morte ce jour là au lieu de mon père!

Je regrette instantanément ces mots mais ne dit rien pour rectifier ça.

- Allons-y, dit-elle en voyant que nous avons attiré l'attention des gens dans le Starbucks.

On se relève donc et repartons dans sa voiture en silence.

Le reste du trajet se fait dans le calme.
L'arrivée à mon école sonne comme une libération pour moi. J'ouvre la portière pour descendre mais elle m'arrête.

- Je suis vraiment désolée Nicole. Le jour où tu voudras qu'on ait une vraie discussion, sache que je serai là. Je n'ai pas oublié ton père, jamais je ne pourrais le faire. J'ai juste appris à accepter son décès.

- Appris à accepter son décès tu dis? T'es tu assurée que je l'avais digéré avant de sortir avec quelqu'un d'autre et de me l'imposer à la maison? Non. Il est donc trop tard pour vouloir discuter Sophie.

Je la regarde un long moment avant de descendre et me diriger vers l'école.

Peut-être qu'un jour je voudrais l'écouter mais une chose est sûre, je ne suis encore prête pour ça. La blessure qu'elle a laissé dans mon cœur est toujours ouverte et je ne sais guère si elle cicatrisera un jour.

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A mardi🫶🏽.

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