5/5
————————
Deux jours que je suis terrée comme un rat, des hommes de mon oncle passent m'apporter des provisions, j'attends toujours son coup de fil. A vrai dire , je ne sais plus quoi penser de tout ça. Je sens qu'il reste une zone d'ombre dans cette histoire. La plus importante, celle qui fera basculer le dénouement de ma destinée. Mes pensées sont envahies par Liam, j'ai encore ses mots en tête, de notre dernière conversation téléphonique. Quel rôle a-t-il à jouer dans ce plan? Etait-ce mon futur mari? Je ne sais plus qui croire. Mais ce n'est pas ma faute, maintenant j'en suis certaine.
Je me saisis du téléphone, je réfléchis, annule l'appel, tourne dans le lit. Le stress me ronge de l'intérieur. Je me redresse, je compose son numéro.
— Liam.
— Kristen.
— Je suis perdue, Liam, dans tout ça . J'ai envie d'en finir.
— Quoi? Où es-tu bon sang?
Mes larmes coulent.
— Je suis perdue.
— Laisse-moi t'aider.
— Personne le peu.
— Rejoins-moi dans un endroit neutre. Je te promets que si tu le souhaites, je te laisserai repartir.
— C'est encore un de tes pièges.
— Je ne t'ai jamais fait de mal. Et je ne t'en ferai pas.
— Les autres aussi disaient la même chose.
— Je ne suis pas eux.
— Qui es-tu Liam? Ne me dis pas ma prochaine victime.
— Je suis désolé.
— D'accord, mais je ne veux aucun de tes hommes autour.
— Où?
— À Réno.
Je lui fixe un endroit public, bonder de monde. Il ne pourra rien faire. Je raccroche toujours aussi perdue. Je ne sais pas ce que j'attends de cette rencontre avec lui. J'ai déjà tant perdu.
Je me réveille, le matin, le même rituel, un des hommes de mon oncle m'apporte des provisions pour la journée, j'entends ses pas dans l'escalier. Je prends mon petit déjeuner et me prépare pour le rendez-vous avec Liam. J'enfile mon sweat à capuche et un jean. J'enfile mes baskets, je remonte la capuche sur ma tête et je quitte l'appartement pour quelques heures, je l'espère.
Je marche la tête baissée, dans le quartier, mon oncle me fait peut-être suivre. Je ne me sens pas épiée, comme habituellement. Je monte dans le bus, en direction du centre-ville. Au bout d'une trentaine de minutes, il s'arrête devant un centre commercial. Je pénètre par la porte principale, c'est le week-end, il est particulièrement plein. Je m'assois dans un café en face du lieu de rendez-vous. Je me commande de boire pour ne pas éveiller les soupçons. Je suis en avance pour sécuriser le périmètre. Mon arme est dans mon sweat au cas où ça tourne mal.
C'est l'heure du rendez-vous, j'aperçois sa silhouette approchée. J'ai presque envie de lui sauter dans les bras. Je perds tout sens de la réalité, c'est un mafieux.
Je me relève et me dirige vers la boutique de vêtements pour femme, il attend. Il me voit arriver, j'éclate en sanglot et saute dans ses bras. Il se laisse faire, il est mal à l'aise, mais se laisse faire. Je me détache de lui et lui fait signe de rentrer dans la boutique. On déambule dans les rayons.
— Tu as changé de couleur de cheveux?
— Oui, je suis une sorte de cible à abattre.
— Pas tout à fait.
— Tu connais mon père?
— La réponse est évidente.
Je me saisis d'un vêtement et me tourne vers les cabines d'essayages. Il me suit à l'intérieur, je referme le rideau. On se fixe comme deux affamés. La tension est palpable, mon cœur tambourine. Des mois que j'attends de le revoir. Je l'attire à moi, on s'embrasse avec fureur. Nos gestes sont empressés, maladroits, on rit.
— Suis-moi!
— Non, tu étais d'accord.
— Que toi et moi.
Je baisse la tête, j'ai peur d'être encore trahi.
— Je t'ai fait une promesse. Tu seras libre.
— D'accord.
On ressort de la cabine sous les regards gênés de la vendeuse. Je rabats la capuche sur ma tête. On sort du centre commercial, jusqu'à sa voiture. Je ne sais pas pourquoi, mais mon instinct me dit de lui faire confiance. On roule jusqu'en périphérie de la ville, il pose plusieurs fois les yeux sur moi, je me désagrège sur mon siège. Il détourne les yeux et se concentre sur la route, mais je suis incapable de détacher mes yeux de lui, il est comme un aimant. J'aurais tant aimé connaître quelqu'un comme lui dans d'autres circonstances. J'aurais aimé tomber amoureuse comme toutes les femmes de mon âge, vivre une vie simple. Mais les choses sont comme elles sont. Je suis la fille d'un terroriste. Qui sait combien de sang a-t-il sur les mains? Quand je voyais les attentats en Irlande, j'étais dévastée de voir tant de victimes innocentes au milieu de ces conflits. Savoir que mon père y a participé est une déchirure. Il n'est plus là pour répondre de ces actes, la mort a tout effacé, me laissant seule avec ce désarroi. Un peu plus d'un an qu'il nous a quitté, sa voiture a été piégée, je comprends mieux les choses. Je pensais que c'était un de ces rivaux d'affaires qui était à l'origine de son assassinat, mais je me suis trompée sur toute la ligne, il n'a récolté que ce qu'il a semé, beaucoup d'ennemis.
La voiture s'arrête, devant un motel, il coupe le contact. Je fixe les alentours, le parking est désert, il n'y a que trois voitures. J'espère ne pas me tromper à nouveau, je serais anéantie.
On descend pour rejoindre l'entrée du motel.
VOUS LISEZ
La veuve noire
RomanceKristen se fait plaquer par son futur mari. Ses amies maintiennent son enterrement de vie de jeune fille à Las Vegas, pour lui changer les idées. Kristen voit sa vie boulversée quand elle est retenue contre son gré par un ténébreux mafieux. Il fera...
