Venise, février 1996
LIAM
Il nous suffit d'un regard pour déduire que j'ai gagné la partie. Nos yeux ne se quittent plus. Je n'ai pas arrêté de la contempler tout le long de la soirée. Cette robe lui va à merveille.
Ses cheveux en demi queue lui tombent dans le dos ouvert comme si cette robe avait laissé la place exprès pour la chevelure brune de Joy. Aucun bijoux n'est apparent. Son maquillage reste toujours très léger et ses lunettes lui tombent un peu sur son nez droit.
Je la vois essayer de traduire une quelconque expression sur mon visage et d'analyser tous mes traits en passant par mes yeux, puis mes joues, et mon nez pour enfin poser son regard sur mes lèvres.
Elle se lève, repoussant son siège violemment et va pour sortir de la pièce mais quelqu'un la devance et la porte s'ouvre brusquement pour laisser apparaître l'hôte de la maison avec son costard vert. Joy se retrouve face à lui toujours l'air furieux. Je me lève à mon tour pour accueillir Ernesto. Joy se retourne pour me lancer un regard assassin. Elle remonte d'un doigt ses lunettes. Elle tente ensuite de partir mais Ernesto l'arrête en la retenant par le bras quand elle essaie de lui passer devant.
— Un problème ? demande-t-il à Joy en m'ignorant.
— Aucun, répond-elle.
Leurs deux regards se posent au même moment sur moi.
— Choisis simplement mieux tes fréquentations mon cher ami, dit-elle à l'intention d'Ernesto.
Puis il la laisse partir.
Je me rassois dans mon siège, posant mes avant-bras sur les accoudoirs.
— Je te prierai de ne pas la pousser à bout, me demande-t-il. Elle est un peu susceptible ces derniers temps et cela va me retomber dessus encore une fois.
Il prend la place qu'occupait la jeune femme en noir il y a à peine quelques minutes. Les restes de la partie que nous venons de jouer sont toujours présents sur la table.
Je ne supporte déjà pas la façon dont il a de parler d'elle en son absence.
— Bon, et bien ? Pourquoi cette invitation, Costa ?
— Chaque chose en son temps, Liam.
— Tu comptes lui dire, pour tout ton business ?
— À Joy ? Oh non, c'est mieux pour elle si elle ne sait rien, je n'aimerais pas qu'elle y soit mêlée.
— Donc en attendant elle pense que tu fais du droit si j'ai bien compris.
— J'ai bien été prof en licence de droit, oui. Et j'ai aussi été avocat.
— Et maintenant auto-entrepreneur ?
— C'est exact, je me lassais de ce boulot...
— J'en ai rien à faire de tout ton baratin Costa, cela ne fonctionne pas sur moi. Qu'est-ce que je fiche ici ? Je doute que tu voulais seulement me montrer toutes tes bêtises, n'est-ce pas ? Il doit y avoir une vraie raison.
Un silence s'installe durant quelques secondes où nous nous dévisageons. Il perd son sourire et son masque tombe. Je place mes coudes sur mes genoux et pose mon menton sur mes deux mains. Nos yeux se rencontrent et aucun de nous deux ne souhaite détourner le regard. Il tient un verre d'alcool à la main. Ce duel semble interminable.
— Je veux que tu partes, Liam.
— Je te demande pardon ?
— Barre-toi de Venise, de l'Italie. Je veux que tu disparaisses.
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L'AMOUREUX
RomanceDans le monde de la bourgeoisie italienne dans les années 1990, les gens ont une passion pour les soirées et galas, les ventes aux enchères, les belles voitures. L'argent fait leur bonheur et ils ne le cachent pas. Mais les choses se corsent quand o...
