Chapitre XXXIX : Odeur de mort

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Venise, mai 1996

LIAM

Le vent souffle dans les arbres les faisant bouger comme s'ils dansaient une valse fulgurante. La lune, cachée par les nuages, ne permet pas de distinguer les formes. Seulement les silhouettes des hommes présents.

Je vois Joy s'éloigner de plus en plus. Carla me tire dessus mais j'arrive à l'esquiver en me baissant. Je lui tire dans le pied et Ernesto sort son arme au même moment.

— Baisse ton arme Costa.

Leonardo apparaît derrière, suivi de Tommaso et Nino qui encerclent Ernesto à droite et à gauche. Il tourne la tête pour se mettre face à lui.

— Leonardo, comment vas-tu depuis tout ce temps, comment se porte ta femme ?

Tout le monde se connaissait. Même nos familles malheureusement. Personne n'a jugé bon, et moi non plus, de ne pas mêler nos proches à nos histoires. Nous les avons entraînés dedans contre leur gré, et parfois des accidents arrivent.

Chiudi quella cazzo di bocca (Ferme ta gueule en italien).

La femme de Leonardo est morte l'année dernière durant un vole organisé par un acheteur français qui voulait entrer en possession d'un tableau que Leonardo avait acheter.

Je vois Riccardo se placer à ma gauche. Il pointe à son tour son arme dessus. Je baisse alors la mienne, étant rassuré que les autres prennent le relais. Je la range dans son étui en calmant ma main et mon cœur qui tremble d'angoisse.

— Je vous ai manqué, messieurs ? continue Costa. Vous avez dû vous ennuyer sans moi.

Au-delà des ventes, le seul point commun qui nous réunissait tous était notre haine envers Costa.

— On t'a dit de fermer ta grande gueule, commence à crier Riccardo.

— Riccardo, il se retourne. Comment va ta petite famille ?

— Je vais le buter.

Je l'empêche de continuer en posant ma main sur son torse. Il y a trois ans, des hommes d'Ernesto ont tué la petite fille de Riccardo. Elle n'avait que huit ans et Riccardo s'en est toujours voulu. Personne ne connaît la raison de pourquoi cet enfoiré a fait ça, ni les conditions.

— Liam, il s'adresse à moi. J'espère que Joy n'est pas trop chiante à vivre, n'hésite pas à lui donner quelques coups des fois pour qu'elle comprenne, elle est assez ...

— Je t'interdis de prononcer son nom.

— Dois-je te rappeler que c'est ma fiancée ?

— Je ne crois pas, non.

Il rit.

— Allez, dis-moi, combien de fois tu l'as baisée pour qu'elle tombe dans tes bras ?

En reprenant mon arme en main, je tire en l'air pour le faire taire.

Ma main tremble. C'est une sensation que je déteste plus que tout. Le bruit de la balle siffle dans mes oreilles.

— Ouvre encore une fois la bouche et prononce encore une seule fois son prénom et ce n'est pas une mais cinq balles que tu vas te prendre.

— Qu'est-ce que vous empêche de le faire ?

— On te déteste peut-être, mais nous avons des valeurs, le juge se chargera de toi, complète Nino.

Je regarde aux alentours et ne retrouve plus Carla autour de nous.

Joy.

Merde.

Je décide de laisser Ernesto à Leonardo et me lance à la poursuite de la rouquine.

— Quoi ? Tu t'en vas déjà, Serra ? On venait à peine de commencer.

Je lui tire dans le pied, ce qui lui fait lâcher son arme et Riccardo et Nino se jettent sur lui pour le neutraliser.

Je balance mon arme qui me brûle la main dans les buissons pour m'en débarrasser. Je tremble de tout mon être. Trois balles en une soirée contre aucune durant 26 ans. Joy me ferait faire faire n'importe quoi.

J'essaie de repousser mon état le plus possible et de ne pas tomber sous l'angoisse qui m'envahit subitement.

Je cours à la recherche de Joy et Carla en essayant de trouver des indices du passage de l'une d'entre elles.

Je trouve des chaussures au bout de quelques mètres. Je m'effondre au sol. Mon corps ne tient plus.

Ma tentative pour régulariser ma respiration échoue grandement. Ça ne va pas.

C'est un bruit de buisson qui me fait revenir à la réalité.

Je me retourne furtivement.

— Pitié, ne tire pas.

Elle ne sait pas que je n'ai plus mon arme. Dans la nuit, elle ne doit pas distinguer les détails. Carla est assise par terre en se tenant le pied dans lequel j'avais tiré. La vue du sang fait monter en moi une nausée que je ravale immédiatement.

— Sale traître.

— Il m'a forcée !

Carla et Ernesto n'ont jamais été proches. Mais il faut croire que la larguer du jour au lendemain n'était pas la chose à faire et leur a créé un point commun.

— Pourquoi devrais-je te croire ?

— Pourquoi as-tu cru Joy ?

Elle ne va quand même pas m'avoir par les sentiments, là ?

— Lève-toi ! je lui ordonne.

Elle le fait en se recoiffant furtivement. J'observe son pied blessé. Il faut croire que viser n'est pas mon fort car j'ai à peine touché son orteil mais assez pour la ralentir et lui faire peur.

— Où est ton arme ?

— Là-bas, elle pointe l'arbre avec son doigt.

Je vais chercher l'arme mais la relâche immédiatement. Je ne peux pas la toucher. Je reviens alors vers elle pour prendre son poignet et la ramène au manoir où je dis à son père qu'elle a marché pieds nus et qu'un clou lui a transpercé le pied.

Je retourne dans le jardin retrouver Leonardo et les autres, mais quand je reviens, je ne trouve personne. Je tourne autour de moi pour retrouver mes repères mais en vain.

— Fais chier !

J'espère qu'au moins Joy et les autres sont en sécurité.

Je me mets à courir un peu partout pour voir si je ne les trouve pas, mais rien.

Je me dirige donc vers la demeure des Albani et cherche Marius, Giovanna, Louise et Joy dans la salle.

— Monsieur Serra.

Je sursaute en sentant une main se poser sur mon épaule. Ce n'est que mon chauffeur.

— Mademoiselle Joy m'a dit de venir vous chercher. Ils sont tous rentrés.

Les dieux soient loués.

— Merci.

Je rentre dans la voiture et lui demande de foncer.

Les tâches de sang autour de mes parents apparaissent dans mon esprit. Leur mort reste un mystère pour Gio et moi. J'ai longtemps pensé qu'ils s'étaient entretués. C'est toujours ce que je pense et je ne préfère pas imaginer ce que Gio voit quand elle s'endort certaines nuits, si elle avait assisté à ce spectacle sanglant.

J'espère que Leonardo s'est occupé d'Ernesto pour ne pas le laisser s'approcher de Joy.

Je n'imagine pas dans quel état elle doit être.

Je ne préfère pas l'imaginer, à vrai dire.

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