15 - Incidents et champagne.

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Toujours allongé sur le grand lit de notre chambre, mon corps enfoncé dans les draps de soie rouge, je regardais distraitement Max alors que ce dernier semblait égaré dans son esprit. Assis à quelques centimètres de moi, je devais légèrement lever le menton pour l'observer.

Observer sa mâchoire se serrer et se desserer de manière imperceptible tandis que ses sourcils se fronçaient juste assez pour faire apparaître quelques marques sur l'arête de son nez. Un magicien, avait-il répété d'un ton grave, presque impliqué.

La lumière du plafonier soulignait ses traits, un voile lumineux entourant sa silhouette comme un être mystique. Me perdre à ses contemplations devenaient lentement une habitude, un réconfort. Verstappen l'avait remarqué, mais il ne disait rien. Il me laissait l'admirer.

- Je viens de vous partager un morceau de mon passé, une part de moi-même dont je ne parle jamais, habituellement.

- Et comment vous sentez-vous ?

- Étrange. Mais soulagé, j'imagine.

- Je peux vous poser une question ?

- Bien sûr.

- Vous n'avez... Max s'interrompus un instant, son regard dérivant jusqu'à rencontrer le mien. Vous n'avez jamais réussi à... vous immerger de nouveau ?

- Non. Ce n'est pourtant pas faute d'avoir essayer... J'ai suivi plusieurs traitements, pris des médicaments et vu de nombreux psychologues... Mais rien n'a résolu le problème. Mon dernier recours reste encore la thérapie par exposition, mais cela m'est impossible.

- Pourtant, vous arrivez à vous asseoir et plonger vos jambes dans l'eau.

- Ce n'est pas sans mal. C'est une forme de souffrance constante, mais je ne veux pas qu'Arthur s'en aperçoive alors...

- Vous vous forcez et masquez votre douleur.

- Plus ou moins, oui... Chuchotai-je en fermant les yeux, supportant difficilement le regard du blond.

Des années durant je m'étais efforcé d'enterrer ce traumatisme, efforcé de laver mon corps de ses souvenirs atroces. J'avais tenté, des dizaines de fois, mais toujours en vain. Je me sentais faible, en quelque sorte. Ne même plus pouvoir profiter d'un spa ou d'une piscine avec sa famille... quelle honte.

- Ne vous flagellez pas...

- ...

- Je le vois sur votre visage. Vous n'êtes pas condamné à vivre dans votre passé. Je suis certain que vous réussirez, un jour.

- J'en doute...

- ...Vous devriez dormir. Il se fait tard.

J'aquiescai lentement, n'ayant pas la force de lutter contre la fatigue qui prenait possession de mon corps. Mon esprit s'égara un instant dans ses habituelles doutes et suppositions. Allais-je un jour m'extirper de mes angoisses ? J'en doutais. Mais il fallait y croire. Le jour où je nagerai de nouveau sera le jour où j'aurais enfin tourné la page.

*****

Le lendemain, la journée se déroula tellement rapidement que je n'eus même pas la présence d'esprit de répondre à Pierre. Après un levé aux aurores sous le chant des oiseaux, un taxi nous attendait déjà en direction de Fontainebleau pour une balade à cheval dès huit heures du matin. Après quelques heures, notre unique pause fut un pique-nique champêtre au cœur du parc. Puis notre balade se prolongea jusqu'au couché du soleil.

Royalty (Lestappen)Où les histoires vivent. Découvrez maintenant