39 - Menaces.

1K 73 304
                                        

- Charles, j'ai beau vouloir à tout prix que tu retrouves Max, tu ne peux pas faire ça. C'est inconscient. Monaco est en état d'alerte depuis le soir du nouvel an, les suspects principaux sont toujours en fuite. Le chef aussi. C'est suicidaire.

J'écoutai d'une oreille distante les tentatives de mon petit frère de me raisonner. Au fond de moi, je savais pertinemment qu'Arthur était dans le vrai. J'avais vaguement compris via Pierre que la Principauté était sous procédure de surveillance maximale jusqu'à nouvel ordre, ce qui impliquait des rangs de militaires à chaque coin de rue ou presque. Un large groupe de criminels avait été arrêté, certaines branches de l'organisation démantelées, mais le danger subsistait toujours à l'extérieur. Surtout pour moi.

Je soupirai, ma tête lourde dans mon oreillet. Mon estomac, plus vide que jamais, me tirait les entrailles comme pour s'engloutir lui-même, me provoquant une nausée barbare. Malgré tout, j'étais convaincu d'une chose. Ma survie dépendait de Max. S'il était à quelques kilomètres de moi, à la Maison d'Arrêt et en vie, je devais le rejoindre impérativement. Ce n'était plus un caprice mais un besoin.

Mais j'étais épuisé. À bout de forces, accumulant à peine quelques heures de sommeil qui me maintenaient guère éveillé, juste assez pour rester conscient. Le ventre creu, les fibres de mes muscles se déchiraient à chaque mouvement trop brusque. J'étais comme un pantin, accroché par des ficelles sur le point de rompre.

- Très honnêtement, ton plan n'est pas idiot. Pierre, Carlos, Ollie, et même moi, nous pourrions t'aider à progresser hors du château. Mais ensuite quoi ? Tu pointeras ton flingue sur un taxi, puis sur le chef de la prison ? Charles, sérieusement. Notre mère a très sûrement donné des instructions à toute la Maison d'Arrêt. À l'instant où tu mettras un pied dans le bâtiment, ils t'injecteront des sédatifs et tu te réveilleras dans ton lit.

Mes paupières s'alourdissaient à mesure que mon frère me démontraient les failles de mon raisonnement. Je ne voulais pas m'endormir. Pas maintenant. Je devais lutter, sortir de mon foutu lit et marcher. Marcher jusqu'à la prison, jusqu'aux cellules, trouver Max et... Et puis quoi ?

Mon crâne oppressait mon cerveau. Comme une cage dont les barreaux se resserreraient à mesure que je réfléchissais. Le sort s'acharnait contre moi, chaque problème se décuplait dès qu'une solution semblait apparaître. Ma gorge me faisait souffrir horriblement, irritée jusqu'au sang, je pouvais à peine parler.

- Alors quoi...? Je soupirai malgré tout.

Je n'avais aucun moyen de le contacter. Aucune possibilité de communiquer avec lui si ce n'était me rendre sur place et entrer dans sa cellule. Ollie m'accorda un regard désolé, incapable de trouver une porte de sortie, comme nous tous. L'idée de ne jamais revoir Max alors qu'il était à portée de main m'était presque plus insoutenable que de l'imaginer six pieds sous terre.

Je pouvais obtenir des réponses aux questions qui me troublaient. Écouter sa voix de nouveau, sentir son toucher jusqu'à m'en lasser - ce qui, je le savais, n'arriverait jamais. Entendre ces foutus mots de sa bouche, plonger dans son regard et m'y perdre sans que personne ne m'oblige à me détacher de lui. Plus jamais. Je pouvais. On m'en donnait l'occasion, une dernière chance.

La folie me consumait. Mes propres pensées étaient floues, sans fil conducteur. Je divaguais d'un sujet à l'autre, de la violence à la passion, de l'impossible à la réalité. Un instant, mes paupières se fermèrent et j'imaginais le néerlandais face à moi. Son air dur, ses yeux de glace, ses mains brutes autour de son pistolet. Qu'attendais-je de lui ? Une excuse, des milliers d'excuses jusqu'à me faire suffoquer. Une déclaration, plus impressionnante encore que la précédente. Rien du tout. Peut-être juste un regard, une étreinte.

Royalty (Lestappen)Où les histoires vivent. Découvrez maintenant