Je ne pouvais y croire. Alors que pour une fois, peut-être même pour la première fois de ma vie, un lien - si fin soit-il - s'était créé avec mon garde du corps, ma mère le coupait sans remords. Les pas de Verstappen résonnaient dans le couloir. Il allait sûrement récupérer ses affaires. Il n'avait même pas protesté ni tenté de se défendre.
Quant à moi, je ne pouvais me résoudre à accepter la situation.
Certes j'avais agis comme un inconscient, mettant ma vie en péril pour chasser une once de bonheur fugace. Mais ça ne méritait pas un tel châtiment, une telle forme de fermeté face à un homme qui désirait simplement vivre. Et pour une fois que quelqu'un dans ce maudit château faisait preuve de compassion envers mes souffrances, je ne comptais pas le laisser partir.
- Mère, s'il vous plaît...
- Il est inutile de négocier Charles. Nombreux avertissements te sont parvenus au cours des derniers mois, que tu as lâchement ignorés pour te conformer dans ton idéal de fils délaissé. La vérité, c'est que si tu passais moins de temps à te rebeller et plus de temps à m'écouter, ton garde du corps serait encore là, et tu ne souffrirais pas de maux imaginaires.
- Mais-...
- J'ai dit ça suffit ! Écoute-moi bien-...
- Non ! Protestai-je soudainement, faisant sursauter la femme en face de moi. Vous allez m'écouter ! Je suis fatigué, fatigué de suivre un emploi du temps qui ne me correspond pas, de m'habiller comme un clown chaque jour pour des gens de maison qui se moquent de mon apparence. Je suis fatigué de former des liens diplomatiques et non amicaux, de devoir me mettre à genou et supplier pour manger avec mes frères réunis.
- Charles-...
- Je suis fatigué, Mère ! Mais si cela est le prix à payer pour vivre dans la richesse et le pouvoir, bien que ces derniers ne m'intéressent que peu, alors soit. Pour autant, je ne me suis créé aucun idéal de martyre. Ma réalité n'est pas la votre car vous préférez fermer les yeux sur tout ce qui ne vous convient pas ! Aujourd'hui, je suis allé au parc pour parler à mon père.
- ...
- Personne, et je dis bien personne dans ce foutu château, n'a eu la décence de m'offrir une once de compassion si ce n'est Verstappen. À l'heure actuelle, Lorenzo ou Arthur pourraient être au plus bas que vous n'en auriez aucune idée ! Vous ne savez rien car vous vous coupez de vos enfants !
- Charles !
- Je souffre de voir ma mère s'éloigner de moi, l'interrompis-je à nouveau, ma voix devenant faible. Je souffre de voir Lorenzo suivre le même chemin. Je souffre de toujours me présenter comme son Altesse le Prince Charles, et non Charles tout court. Je souffre d'être mis sur un piédestal absurde alors que ma seule force est de ne pas renoncer à me faire comprendre, même si cela m'attire tous les ennuis du monde. Et peut-être suis-je baigné dans une vaste illusion, mais aujourd'hui, Verstappen m'a fait me sentir mieux.
- ...
- Car pour la première fois, il m'a écouté. Je n'ai pas eu à me battre pour être compris. Et je ne vous laisserai pas me retirer cela. Vous l'avez dit vous-même, Verstappen sera le dernier. Alors ne le renvoyez pas pour faute professionnelle, pas lorsque je suis l'unique fautif.
À bout de souffle, ma voix s'éteignit enfin comme la dernière fumée d'un tas de cendres, et mes yeux humides remontèrent jusqu'à rencontrer ceux de ma mère. Sa posture était irréprochable, droite et tête haute, son visage cependant adoucit par la surprise de mon discours. Ses sourcils se froncèrent un instant alors qu'elle hésitait à parler.
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Royalty (Lestappen)
RomanceDepuis la mort de son père, Charles Leclerc, Prince de Monaco, est devenu absolument ingérable et terrorise le personnel qui assure sa sécurité. Sa mère, qui a récupéré le trône, ne cesse de le réprimander à tout va, jusqu'à ce qu'un ultime garde du...
