41 - Mon ange.

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Emprisonné depuis plusieurs semaines déjà, je n'avais jamais entretenu qu'un seul regret. Celui d'avoir un jour été donné à cette organisation. Promis à des sanguinaires, vendu par mon géniteur pour des accords et des billets verts. J'avais cru m'adapter, j'avais cru faire partie des leurs, mais même mon frère de cœur s'était révélé être... un traitre. Ironique, au vu de mes propres actes. On attire ce que l'on est, qu'ils disaient.

Nombres de fois, pour me distraire entre ces quatres murs de béton, je m'étais imaginé une ligne de temps différente. Dans laquelle j'aurais eu postulé en tant que réel garde du corps, dans laquelle j'aurais encore pu être aux côtés de celui que j'aimais actuellement, peut-être avec Daniel à mes côtés. Ma seule consolation, tout ce temps, avait été de savoir Charles auprès de sa famille de nouveau, sain et sauf. Auprès de Gasly et Sainz. Auprès d'Arthur, de Lorenzo, d'Ollie. De sa mère.

Les souvenirs de nos derniers instants n'avaient cessé de me hanter. Du sang à perte de vue, une marre rougeâtre et suffocante. Un poids presque froid au creu de mes bras, des yeux clos et dénués de vie. Chaque soir, chaque nuit, chaque matin, l'angoisse de mes propres actes ne m'avait jamais accordé la paix. Une torture constante de mon propre esprit pour me rappeler mes erreurs, pour les encrer si profondément dans mon crâne que j'aurais voulu me les retirer au scalpel. Ouvrir mon crâne et en arracher ces parasites.

Pourtant, une journée avait été différente des autres. Lorsqu'un officier lui-même m'avait arraché à ma cellule sans aucune forme d'explication - me menottant par la même occasion - j'avais imaginé le pire immédiatement. Des membres de la garde royale pour un second jugement, ou même des membres de l'organisation infiltrés pour me faire taire définitivement. Le résultat aurait été le même dans ces deux cas, une mort immédiate, un effacement total de ma propre existence de ce monde. L'option aurait pu m'apparaître presque attrayante et apaisante, si cela n'avait pas signifié ne plus jamais revoir Charles.

Pourtant, à ma plus grande surprise - et le mot n'était clairement pas assez puissant pour exprimer mon incrédulité et mon incapacité à comprendre la figure qui se tenait actuellement dans mes bras - aucune de mes prévisions ne se réalisa. Je ne fus pas emmené pour être condamné ou enterré six pieds sous terre. Le garde me poussa brutalement à l'intérieur d'une salle qui n'était définitivement pas prévue pour accueillir de simples visiteurs, et je fus accueilli par une seule silouhette. Une silouhette angélique, tant et si bien que je la crus être une invention de mon propre imaginaire.

Je ne pourrais décrire ce que j'avais ressenti lorsque mon esprit avait enfin posé ses douloureux souvenirs sur le visage de leur propriétaire. Lorsque les vestiges d'un amour brisé, les éclats de rire et les faucettes s'étaient manifestés face à moi, en chair et en os. Toutes les émotions que je n'avais jamais connues, et même d'autres que je venais de découvrir, m'avaient traversé et piétiné le cœur jusqu'à ce que seul un désir ne subsiste. Celui de me faire pardonner, de prouver celui que j'étais devenu, et la mort du rôle que j'avais joué bien trop longtemps.

Le coup de poing m'avait surpris. Le baiser encore plus. Des caméras nous observaient, et des armes aux canons huilées patientaient sagement derrière la porte, à l'affût d'une erreur de ma part. Mais rien de tout cela n'importait en cet instant. Les erreurs, aussi nombreuses qu'elles existaient, je les avais toutes commises. Aujourd'hui, les cieux m'envoyer une dernière chance de rédemption. La conclusion d'un sombre chapitre de ma vie, le choix d'en sortir ou de m'y tenir accroché comme l'esclave que j'avais été toute ma vie.

Ses lèvres sur les miennes étaient telle une bouteille d'oxygène, après des mois - des années - d'agonie et de souffrance. Une raison de lutter, une récompense malgré ma lâcheté. Et, toujours à genoux, j'avais serré Charles contre moi à l'instant où il s'était effondré dans mes bras. Cette étreinte, cette chaleur, tant de rapels et de témoins de ce que la vie représentait en son plus pur achèvement. L'amour à en crever, les vibrations d'une connexion bien plus cristalline qu'aucune autre, une énergie que nulle copie n'aurait jamais pu égaler. L'Amour.

Royalty (Lestappen)Où les histoires vivent. Découvrez maintenant