- Ils l'ont eu.
- ...
*****
Casquette enfoncée presque jusqu'au nez, je me faufilai dans la foule de touristes en extase devant le Big Ben, comme si l'édifice était plus qu'une gigantesque horloge morose. À travers rues, je pressai le pas pour ne pas être aperçu trop longtemps, jetant quelques coups d'œil dans mon dos pour m'assurer que personne ne me suivait. J'arpentai les larges avenues jusqu'à atteindre un quartier plus calme et silencieux, uniquement perturbé par mes pas qui résonnaient sur les pavés et dalles brisées.
Le vent glacé me giflait le visage à mesure que je m'enfonçais entre de larges immeubles humides et peu accueillants, sifflant désagréablement dans mes tympans. Plusieurs minutes passèrent tandis que je marchais à l'aveugle, l'itinéraire gravé dans mon crâne, mais le message originel supprimé depuis bien longtemps par soucis de sécurité. Encore quelques escaliers et tournants, et j'aurai atteint mon objectif.
En partie engourdis par le froid, mes doigts trituraient un fil qui pendait de mon manteau tandis que mon esprit se perdait à des réflexions plus blessantes les unes que les autres. Je n'avais pas le choix. On ne m'avait pas laissé le choix.
*****
- Londres ? Pourquoi Londres ?
- Je ne sais pas... je m'y suis déjà déplacé pour un voyage professionnel, mais je n'ai guère pu admirer que ma chambre d'hôtel. En trois jours, j'ai à peine aperçu le palais de Buckingham ou le Big Ben.
- Vous n'avez pas raté grand chose, Prince, croyez-moi. Quitte à voyager sans trop s'éloigner de Monaco, privilégiez l'Italie, la Suisse, ou même la Grèce.
- Y êtes-vous déjà allé ?
- L'Italie, oui. Je n'ai pas eu grand temps pour la découvrir, mais les quelques paysages que j'ai pu apercevoir ont largement dépassé mes attentes.
- Maintenant que vous le dîtes, il est vrai que l'Italie a belle réputation.
- Et puis, vous pourriez toujours passer par Maranello...
- Oh ! Je n'y avais même pas pensé !! Bien sûr, je pourrai visiter les musées Ferrari !
- Et même en acheter une.
- Nous en avons déjà au Musée ici mais l'offre est tentante. Ou alors, nous pourrions nous y rendre dans votre Ferrari...?
- Je pense que la Reine préférait encore vous enfermer dans votre chambre. Mais j'y penserai.
*****
Encore et toujours des souvenirs. Dès que le bruit ambiant se taisait assez pour que mes pensées prennent le dessus, ces dernières me torturaient de bien des manières. Depuis que j'étais parti - l'expression juste aurait été de dire que je m'étais enfui -, je n'étais pas certain d'avoir une fois trouvé la tranquillité plus de quelques minutes. Comme un marteau piqueur qui me fracassait le crâne en boucle, m'accordant gracieusement quelques secondes de répit quand la pression devenait trop insoutenable.
D'aussi loin que mes souvenirs me portaient, je n'avais jamais ressenti tant de douleur, tant d'opression à la disparition d'un être aimé. Grandir avec mon père m'avait appris à ne pas m'attacher, tout au plus à ma petite sœur, mais cette affection était presque proscrite, discrète. À ma majorité, mes choix de vie dictés par un autre m'avaient conduit dans un gouffre dont je venais à peine de me soustraire. Ma première relation et mon unique, encadrée par des accords, des dossiers et des mesures de sécurité.
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Royalty (Lestappen)
RomantiekDepuis la mort de son père, Charles Leclerc, Prince de Monaco, est devenu absolument ingérable et terrorise le personnel qui assure sa sécurité. Sa mère, qui a récupéré le trône, ne cesse de le réprimander à tout va, jusqu'à ce qu'un ultime garde du...
