37 - Réveil.

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J'étais resté dans la salle des opérations toute la nuit, l'anxiété me rongeant les os jusqu'à la moelle. Entre les caméras de sécurité, les caméras espions, les rapports des unités ou les conversations captées par micro du côté de Carlos et Max, toutes sortes d'informations avaient afflué des heures durant. Ma mère était restée silencieuse et observatrice, précisant occasionnellement certains de ses ordres. Et Lorenzo s'était occupé de coordonner le déroulement aux côtés des chefs de la Compagnie des Carabiniers du Prince.

Plusieurs fois Ollie m'avait conseillé de partir me reposer dans mes quartiers, mais l'idée même de quitter la pièce avait presque été synonyme de trahison, un abandon de mon grand frère. Alors j'étais resté, le cerveau embué d'un voile d'angoisse et de paranoïa, les yeux fixés sur les positions GPS de Max et Carlos et les oreilles attentives à leurs échanges. Vers minuit, Ollie m'avait apporté un café et une couverture pour espérer me réchauffer sur ma chaise de métal gelé.

L'orage n'avait contribué qu'à attiser mes superstitions. Lorsque le complice du néerlandais s'était révélé être une sorte d'agent double, j'avais cru mourir en une fraction de seconde. C'est Max, avait chuchoté Ollie, il va forcément trouver une solution. Je ne me rappelais même plus des réactions de ma mère et mon frère en cet instant, tant la révélation m'avait fracassé le crâne et réduit le cœur en cendres. Mais ils s'en étaient sortis, par je ne savais quel volonté divine.

Ma respiration en suspens, j'avais attendu. Yeux rivés aux écrans, comprenant petit à petit à quel point Verstappen était totalement fêlé et prêt à mourir pour sauver Charles, j'avais attendu. Ollie avait émis un petit rire lorsque le néerlandais avait décidé de voler une moto à de parfaits inconnus, élans de joie qui s'était évanoui dès que nous avions réalisé à quel point l'orage était violent à l'extérieur.

Des bourdonnements fracassants avaient retenti, comme pour me faire sombrer un peu plus dans la folie. Car à l'écran ne s'était pas déroulé un film mais bien la réalité, ma réalité, et il n'était pire forme d'angoisse que l'impuissance de voir une équipe tenter de chercher son frère sans même savoir par où commencer. Aussi ridicule cela pouvait-il sonner, ce soir là, j'avais placé tous mes espoirs dans le néerlandais. Cet homme, une balle dans l'épaule et un grain dans la tête, mais qui avait visiblement décidé de se sacrifier pour l'être qu'il aimait.

Finalement, comme un miracle déposé des mains de Dieu, l'instinct de Max avait frappé juste. Et avec Carlos à ses côtés, il avait réussi à retrouver mon frère. Mais chaque pièce possédait deux facettes.

Ollie avait compris avant moi ce que le silence de Max avait signifié, et, dans l'espoir de m'éviter un choc plutôt évident, m'avait invité à quitter la pièce. Mais j'étais un homme de presque vingt-cinq ans, n'est-ce pas, et l'idée de quitter la pièce, de m'arracher à mon frère m'avait été impossible. Alors j'étais resté, persuadé de ne pouvoir vivre pire. Et je l'avais presque regretté. Le manque d'images n'avait rien changé au vu des descriptions plus que graphiques de Carlos, tandis que le silence écrasant de Max s'était prolongé.

Poignets mutilés, maigreur, bleus, cernes, cicatrices, sang, plaies. Inconscience. Des dizaines de mots qui m'avaient glacé le sang. Sans m'en rendre compte, des larmes avaient dévalé mes joues, venant s'écraser dans ma couveture. Ollie avait enroulé un bras autour de mes épaules et m'avait serré contre lui tandis que l'espagnol avait continué ses explications. Puis les renforts étaient arrivés. Max avait été emmené. Et Charles avait été transporté au centre hospitalier.

Pour des raisons évidentes, l'accès nous avait été proscrit. Pas de visite, pas même la possibilité de sortir du château pour n'importe qui faisait partie de la famille royale. Seule ma mère, accompagnée et protégée par l'armée, s'était rendue sur place. Les rues avaient été condamnées depuis longtemps - dès lors que l'opération au Jimmy'z s'était révélée défaillante -, ce qui avait permit le bon acheminement de mon frère à l'hôpital. D'ailleurs, le club avait finalement été saisi au premières lueurs de l'aube.

Royalty (Lestappen)Des histoires addictives. Découvrez maintenant