36 - Retour à la maison.

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La porte vint s'abattre contre le mur auquel elle était accrochée, les gonds prêt à sauter à l'impact. La planque n'était pas large, et il me fallut moins d'une seconde pour comprendre la scène que je venais d'interrompre.

Mon cœur s'arrêta de battre un instant. Je crus mourir.

- Qu'est-ce que...?

Thomas se retourna brusquement, un trousseau de clés dans un main et un kit de soin visiblement périmé dans l'autre. Un homme dont j'ignorais le nom se tenait à ses côtés, manquant de tomber en essayant d'attraper son pistolet posé sur la table à quelques mètres lorsqu'il s'aperçut de notre présence.

- Thomas c'est qui ça ?!

- Putain de merde, c'est lui.

En moins d'une fraction de seconde, je dégainai mon glock et tirai dans la main de l'homme, ce qui lui arracha un cri d'horreur et le fit tomber à terre. L'espagnol à mes côtés s'était déjà rué sur lui, prenant soin de sécuriser son arme avant de l'assomer d'un coup à l'arrière du crâne. Quant à moi, sans attendre une seconde de plus, je tirai une seconde balle qui vint transpercer la cuisse de Thomas. Ce dernier s'effondra au sol en hurlant de douleur et de rage, mais mon esprit était déjà ailleurs.

- Fait ce que tu veux de ce fils de pute. Mais Thomas, on le garde en vie pour l'instant, indiquai-je à Sainz avant d'accourir auprès de Charles.

Tout s'était déroulé en moins d'une seconde, réflexe de survie. Pourtant, le monde s'était comme effacé à la seconde où j'avais neutralisé les deux hommes. Car si tuer était presque une habitude de vie, je ne pouvais me muer en un ange gardien et ramener à la vie.

Pour la première fois de mon existence, la vue du sang qui se répendait à mes pieds me fit presque rendre mes organes. Ce sang, contrairement aux autres, avait une identité. Un visage, une odeur, un rire, des faucettes. Il coulait sur le sol d'une lenteur agonisante, suffocante au point où ma prochaine respiration n'était plus certaine.

Je tournai rapidement le monégasque pour tenter d'identifier sa blessure, de trouver la source de cette rivière sanglante. Dans le même temps, j'attrapai le trousseau de clés qui gisait au sol et me hâtai d'arracher ses menottes au brun, inconscient. C'est alors que je compris.

La voix de Pierre résonnait dans mon oreillette comme des hurlements dans un abattoir. Sainz lui répondit, puisque j'en étais incapable. Un morceau de verre ensanglanté tomba de la main de Charles, et je découvris ses poignets mutilés, ses veines entaillées sur plusieurs centimètres de long.

- Une ambulance.

- Hein ?

- Il faut une putain d'ambulance, APPELLE UNE AMBULANCE !!

Sainz s'exécuta sans rétorquer, et j'arrachai mon oreillette pour ne plus entendre le français s'inquiéter dans mes tympans. Sans attendre, je récupérai les rouleaux de bandage du kit de soin, mais ces derniers tombèrent en lambeau à la seconde où mes doigts les effleurèrent. Périmé, putain de merde. Je m'empressai de récupérer les ceintures des deux hommes ligotés aux sol, avant de les enrouler autour des bras de Charles et de serrer au maximum.

La tâche ne fut pas des plus simples. Mes doigts étaient pris de tremblements incessants, au point où l'espagnol voulu me remplacer. Je le repoussai instinctivement, sécurisant les garrots jusqu'à ce que l'écoulement se transforme en un fin filet de sang presque asséché. Pour la millième fois peut-être, je vérifiai le poul de Charles dans son cou puis écoutai sa respiration en priant pour que ses faibles inspirations ne s'épuisent pas.

Royalty (Lestappen)Où les histoires vivent. Découvrez maintenant