La dernière fois que l'alcool s'était infiltré dans mes veines fut cette fameuse soirée à Paris, où tout avait basculé. Mes aveux mal dissimulés, la résistance de Max, mon imagination s'affranchissant de tout contrôle pour graver des images bien trop déroutantes dans mon crâne. Ces mêmes images qui devinrent réalité, plusieurs jours plus tards. Quand mon quoitidien s'était-il lié au sien au point où chacune de mes actions semblaient incomplètes en son absence ? Je ne saurais le dire.
Je l'observais pourtant, mes doigts tremblant maigrement autour de ma coupe de champagne, alors que les rires qui emplissaient la pièce me perçaient les tympans. Cette même coupe s'était vue resservie quelques fois déjà, trop que je ne puisse me souvenir, pas assez pour oublier son visage ni sa voix. Son rire, son sourire comme points de repères.
Ma gorge se serra un instant, comme pour me conseiller, discrète tentative de me ramener à la raison. Je n'en fis rien cependant, préférant remplacer cette amertume par la brûlure de l'alcool. Mes yeux vagabondaient d'une figure à une autre, des cheveux hâlés d'Alexandra à ceux dorés de Jade qui ruisselaient sur ses épaules avec élégance. Ma respiration marqua une pause.
Puis je rencontrai le regard franc et doux d'Oliver dont le bras demeurait entouré fermement autour de la taille de mon frère depuis quelque temps déjà. Ce dernier paraissait bien plus jeune et insouciant en cet instant, un sourire euphorique lui mangeant la moitié du visage comme témoin. Mon corps vacilla l'espace d'une seconde, assez pour remarquer que mes jambes n'assuraient plus leur fonction première.
- Charles ?
Des amas de bruits sans début ni fin, sans sens ni dessein. La musique se mélangeait aux voix, elles-mêmes fondues et entremêlées les unes aux autres pour former une masse assourdissante et indistincte. Était-ce le fruit d'un sang dilué à l'alcool, ou celui d'un cœur dilué à la solitude, de nouveau, je ne saurais le dire. Deux heures s'étaient révélées suffisantes pour transformer l'ambiance festive en une agression perpetuelle de mes sens, laquelle semblait croître au file des minutes.
Le temps était distordu au travers de mon regard, les images se succédaient de manière illogique et chaotique, me forçant à plisser les yeux pour me concentrer. Les deux jeunes femmes riaient aux éclats avec Carlos et Lando, tandis qu'Oscar discutait poliment avec Ollie pour ne pas attirer les foudre de mon petit frère. Pour autant, malgré le surmenage de mon cerveau qui essayait tant bien que mal d'organiser le désordre, je ne parvenais toujours pas à comprendre mon entourage.
Presque dénué de toute faculté cognitive.
- Charles, tout va bien ?
J'espérais tout en maudissant, j'attendais tout en voulant avancer. Échec sur échec, alors je remplissais ma coupe sans rechigner. Les lumières vives qui m'aveuglaient tournoyaient au plafond et le long des murs, dotées d'une rapidité que mon cerveau était incapable de retranscrire. Chaque élément, aussi infiniment petit soit-il, finissait inéluctablement par se confondre avec le précédent et le prochain, de tel sorte que mes sens - stimulés à leurs paroxysmes - ne peignaient plus aucune forme de logique.
- Charles !
- Pierre ?
- Je vous appelle depuis quelques minutes déjà.
Debout dans un angle de la pièce, je ne savais plus lequel, mon corps reposait entièrement contre l'un des buffets, inapte à se soutenir lui-même. Le français l'avait peut-être remarqué, soucieux de mon état mental jugé comme précaire depuis son départ.
- Oh. Je t'entends mal, avec la musique.
Mes mots eux-mêmes semblaient dénués de sens une fois prononcés, de vastes mensonges pour en couvrir de plus épais, des couches de souffrance rongées par la haine et la culpabilité. Il me fallut un effort presque surhumain pour tourner ma tête en direction de Pierre, contrôler le mouvement pour que mon regard plonge dans le sien. Malgré mon état pitoyable et mes neuronnes désœuvrées, je reconnus une lueur au fond des pupilles de glaces qui me sondaient.
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Royalty (Lestappen)
Storie d'amoreDepuis la mort de son père, Charles Leclerc, Prince de Monaco, est devenu absolument ingérable et terrorise le personnel qui assure sa sécurité. Sa mère, qui a récupéré le trône, ne cesse de le réprimander à tout va, jusqu'à ce qu'un ultime garde du...
