J'étais anéanti. Non seulement Verstappen réussissait à s'attirer les compliments de ma famille, mais en plus de cela, il menait à l'échec tous mes projets de démission forcée.
Arriver en retard à un événement diplomatique et l'en tenir responsable. Me mettre en danger à chaque occasion qui se présentait, de l'équitation à la cuisine en passant par une tentative de défenestration du deuxième étage – sans commentaire... Salir mon image en revêtant des habits froissés, abîmés, désaccordés. J'avais tout essayer. Le blâmer, l'humilier, l'ignorer, lui donner du fil à retordre, le surcharger de travail.
Peu importe ce que je faisais, j'en étais soit tenu responsable par ma mère ou Lorenzo, soit Verstappen parvenait à s'innocenter avec aise. Peu importe le coup que je jouais, il en avait toujours un d'avance. Entre autre, après un mois complet, soit trente journées à me démener sans relâche, le néerlandais était toujours mon garde du corps. Et cela m'énervait au plus au point, encore plus aujourd'hui.
Car aujourd'hui marquait la septième année loin de mon père. Ma septième année de tristesse et de solitude. Ma septième année à enfreindre toutes les règles du château.
La plupart du temps, cet événement était la goutte d'eau pour les gardes du corps les plus tenaces que je n'avais toujours pas réussi à faire renvoyer. Car chaque année, à quelques jours prêts, je m'enfuyais du château pour retrouver les souvenirs de mon père loin des regards de tous. Et si ma mère apprenait qu'un garde avait été trop incompétent pour me laisser fuguer, il était renvoyé sur le champ.
Évidemment, mon absence était bien vite remarquée chaque année, voire même attendue. La garde royale était toujours envoyée à ma suite en moins d'une heure afin de me ramener dans mes appartements, et j'écopais bien souvent d'une punition considérée par ma mère comme nécessaire pour comprendre mes mises en danger inutiles. Pour autant, je me moquais largement des avis extérieurs. Pierre et Arthur me comprenaient, et cela me suffisait pour ne pas douter de la noblesse de mes actes.
L'anniversaire officiel de sa mort avait lieu dans deux jours, ce qui enveloppait souvent le château d'une brume triste et morose. Les souvenirs remontaient et faisaient jaillir avec eux des souffrances que l'on tentait encore d'enterrer. Jour de deuil, jour de silence. Voilà pourquoi il me fallait rejoindre le parc. Pour déterrer mes peines et les accompagner loin de moi. Loin de mon cœur.
Le parc n'en était pas vraiment un. Mais mon père l'avait toujours appelé de la sorte lorsque j'étais plus jeune. Arthur venait à peine de venir au monde que j'enfilais déjà mes bottes en caoutchouc jaunes, trottant gaiement derrière les giganstesques pas du bien aimé Roi de Monaco. Une fois par semaine, il avait pour habitude de m'emmener dans cet espace arboré afin de me faire découvrir des nouvelles parties de la principauté sur le chemin. Parfois, nous croisions même des gens qui le remerciaient pour ses travaux et son implication dans la vie citoyenne. À l'époque, je n'y comprennais pas grand chose, mais voir mon père être applaudi avait toujours fait naître de la fierté dans mon cœur.
Ce parc avait été construit par mon arrière grand-père afin d'apporter un air nouveau et des paysages apaisants aux monégasques, et avait depuis lors toujours été entretenu à la perfection pour y refléter la Couronne et sa volonté. Pour mes dix ans, mon père m'y avait emmené afin que je plante ma toute première graine. Un chêne, arbre aux symboles forts comme la virilité, la solidité ou la force. L'association de ces valeurs à une simple plante m'avait toujours échappé, mais voir les yeux de mon père pétiller face à mes petites mains pleines de terre en cet instant avait été la seule, et surtout la plus grande de mes forces.
Pour honorer sa mort et me plonger dans ces souvenirs si lointains, je revenais chaque année au pied de cet arbre maintenant robuste, seul. J'aurais pu demander la permission à ma mère de sortir, être accompagné par mon garde du corps ou Carlos, voir même demander la fermeture du parc le temps d'une journée. Ce souhait m'aurait sûrement été accordé. Mais je voulais re-découvrir mes souvenirs, re-découvrir ces jardins publiques comme à l'époque, animés d'inconnus aux grands sourires qui complimentaient les fleurs sans même nous remarquer. Me remarquer.
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Royalty (Lestappen)
Roman d'amourDepuis la mort de son père, Charles Leclerc, Prince de Monaco, est devenu absolument ingérable et terrorise le personnel qui assure sa sécurité. Sa mère, qui a récupéré le trône, ne cesse de le réprimander à tout va, jusqu'à ce qu'un ultime garde du...
