Le château de pierres blanches qui trônait sur les hauteurs de Monaco voyait le soleil dès son levé et jusqu'à son coucher. De la mer à la montagne, l'édifice gardait un œil sur toute la principauté, et la vue depuis le jardin était sans pareil, absolument resplendissante. C'était un terrain immense où l'on ne comptait plus les jardiniers nécessaires à son entretien. Statues de marbre à l'effigie de grandes lignées royales, fontaines aux gravures dorées et bassins de poissons exotiques, carrés de fleurs aux miliers de couleurs flamboyantes importées des quatre coins du monde. N'importe quelle idée excentrique ou démesurée pouvait être trouvée à un endroit de la propriété. N'importe laquelle.
Pourtant, je m'en étais lassé. Lassé d'observer les levers de soleil et de comparer leurs nuances, lassé des jardins de pivoines, de lys et d'hibiscus, lassé d'écouter l'écoulement du petit ruisseau qui partageait le terrain royal en deux rives distinctes. Lassé des cours d'escrime, de l'équitation, des regards pesants de la garde royale qui me dévisageait comme un futur fugitif.
Lassé d'être un prisonnier.
Assez dramatique comme comparaison. Ma mère me répétait souvent que j'aurais dû m'estimer heureux de ma chance. La richesse, le statut social, les relations diplomatiques. Elle avait raison, évidemment. J'étais né avec une cuillère en argent dans la bouche, dans un château loin des tracas et de la pauvreté. Mais le problème était bien là. J'étais né loin. Loin de tout. Loin des autres, loin d'une éducation normale. Se faire des amis, se battre pour des raisons futiles, jouer aux billes ou aux cartes, tricher à un contrôle. Avoir sa première petit-amie.
Ces souvenirs, j'avais fait une croix dessus. La mélancolie, de même. Je ne connaîtrai jamais le fait de se casser une dent à la recréation, ou de fêter son anniversaire avec ses camarades de classe. À la place, j'avais connu les heures interminables assis à mon bureau, face à un professeur particulier dont la seule préoccupation était d'être payé à la fin de la journée. J'avais connu mes anniversaires seul, ou avec Arthur si j'avais de la chance, à souffler mes bougies et prier pour avoir des amis.
Prières non exaucées.
Depuis que mon père était décédé, la situation n'avait pas tellement changé. Si ce n'était qu'aujourd'hui, j'avais vingt-six ans. J'observais encore les levés de soleil et les carpes du bassin principale du jardin nord. Avec moins d'intérêt, cependant. Mais à vrai dire, quelque chose d'autre avait changé. Un détail qui avait le don exécrable de me taper sur le système. Sur demande de ma mère qui craignait pour notre sécurité à mes frères et moi, nous étions maintenant sous la protection permanente de gardes du corps attitrés. Qui nous suivaient partout, tout le temps, et pour aucune raison.
- CHARLES MARC HERVÉ PERCEVAL LECLERC !
Ça, c'était ma mère. Et lorsqu'elle m'appelait par mon nom complet, ça ne signifiait qu'une chose : j'étais dans le pétrin.
Pour être honnête, je connaissais déjà la raison de cet éclat de voix soudain. Et il entretenait sûrement un étroit rapport avec la lettre de démission de mon ex-garde du corps qui trônait actuellement sur le bureau de ma mère. Voilà donc où j'en étais. Je déambulais dans les couloirs du château en direction de la grande salle dans laquelle m'attendait sûrement celle qui allait me sermonner et me priver de sortie pour les deux prochaines années.
Même si, objectivement, je n'avais jamais autorisation de sortir.
Lorsque je poussai les grandes portes de bois sombre, je fus frappé par un regard absolument meurtrier de ma génitrice, assise sur le trône. Ses cheveux étaient parfaitement coiffés et tirés à quatre épingles sous sa couronne, sa robe ne présentant pas un seul pli. Une Reine exemplaire. Je m'approchai prudemment de son aura destructrice, échangeant un regard démuni avec les gardes qui n'osaient même pas poser leurs yeux sur nos silhouettes. En arrivant à son niveau et après une brève révérence, je ne me risquai pas à prononcer un seul mot.
VOUS LISEZ
Royalty (Lestappen)
RomanceDepuis la mort de son père, Charles Leclerc, Prince de Monaco, est devenu absolument ingérable et terrorise le personnel qui assure sa sécurité. Sa mère, qui a récupéré le trône, ne cesse de le réprimander à tout va, jusqu'à ce qu'un ultime garde du...
