Égoïste. Voilà ce que j'étais et ne pouvait m'empêcher de lâchement demeurer depuis ma naissance.
Car, si l'optique d'une trahison sans précédent pour Charles s'annonçait sans aucun doute - une douleur atroce qui allait lui percer la poitrine à l'instant même où il serait arraché à sa confortable vie, par ma faute - ma seule volonté était de prendre ce qu'il m'offrait, et d'en redemander.
J'aurais dû m'éloigner de lui, le tenir à distance pour son propre bien et espérer ne pas altérer son sort lorsque l'année toucherait à sa fin, espoir évidemment futile. Pourtant, je préférais me jouer de sa confiance, de son honnêteté, lui qui découvrait de nouveaux horizons pour la première fois de sa vie.
J'étais un égoïste dont les actions ne servaient que mon propre intérêt. J'acceptais son attention, sa gentillesse comme un chien en manque de caresses, incapable de repousser ce que je ne connaîtrais plus jamais dans quelques temps. Car il était certain que j'allais perdre Charles à tout jamais.
Plus étonnant encore, c'était cette perspective qui me torturait le plus. Ne plus pouvoir admirer ses faucettes lorsqu'il souriait, ou encore ses magnifiques yeux émeraudes quand le soleil les éclairait d'une telle manière que j'aurais pu m'y noyer. Au delà d'être égoïste, j'étais un imbécile dont le cœur s'était attendri pour un Prince, la cible première de ceux à qui j'obéissais.
Alors je persistais, je réciproquais son attention. Je jouais avec ses sentiments d'homme sans expérience, lui offrant exactement les quelques miettes de romantisme qu'il désirait ardemment depuis tant d'années, juste assez pour le garder auprès de moi. Pour m'assurer une stupide possession factice sur l'amour du Prince, et me maintenir aveugle jusqu'au jour dernier. Avoir l'impression que l'on s'aimait.
Deux mois passés à ses côtés, à peine quelques semaines, et je m'étais affaibli. La plaie béante de mon cœur saignait abondamment tandis que je cédais à mes propres désirs. Des désirs d'amour, de tendresse. Deux mots dont seules les définitions me permettaient de les comprendre.
Encore et toujours la même conclusion. De l'égoïsme pur, voilà ce qui me composait. J'utilisais un homme avec qui je partageais les mêmes rêves innocents, simplement pour tenter de d'entrevoir les miens quelques secondes, au risque certain d'anéantir les siens.
Que cela signifiait-il ? Je retenais Charles auprès de moi, le manipulais pour qu'il m'accorde son amour aveuglément, sans me pousser à un quelconque engagement. Je l'utilisais pour mes propres désirs.
Mon poing s'abbatit contre le mur brutalement. Mes phalanges n'étaient d'aucune envergure face aux pierres qui le constituaient, une fine traînée de sang s'égouttant sur le sol en réponse. Inutile, mais cathartique.
Quelques pas me menèrent au lavabo, où je noyais mon sang dans la vasque de marbre sombre. Mes yeux croisèrent leur reflet dans le miroir.
Un homme âgé, ridés, aux traits malsains et dont les tendances violentes luaient dans ses orbes déformées. Un manipulateur qui abusait de la vulnérabilité d'autrui.
Mon père.
Je dus m'empêcher de briser le miroir dans la seconde, la vision se gravant presque sur mes paupières alors que je fermai les yeux pour m'en débarrasser. Je devenais comme lui.
- Verstappen... Max ? Tout va bien ?
Cette voix. Cette innocence mêlée à de l'inquiétude pour un homme dont il ne soupçonnait même pas les vices. Je vivais presque pour elle.
- Tout va bien.
Charles attendait à l'extérieur des toilettes, à ma demande, puisque nous devions initialement nous rendre au stand de tir du château - avant qu'une envie pressante ne nous cause un petit détour. À ma surprise, ce n'était pas un enseignement auquel il avait déjà été soumis, alors pour me donner bonne conscience sur les événements à venir, j'allais m'en charger.
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Royalty (Lestappen)
RomanceDepuis la mort de son père, Charles Leclerc, Prince de Monaco, est devenu absolument ingérable et terrorise le personnel qui assure sa sécurité. Sa mère, qui a récupéré le trône, ne cesse de le réprimander à tout va, jusqu'à ce qu'un ultime garde du...
