Dans un silence de plomb, je suivis Lorenzo jusqu'à la chambre que j'avais habité, quelques mois auparavant. Quatre gardes lourdement armés nous encadraient, leurs doigts effleurant la gachette de leur rafale tandis que leurs pas se faisaient secs contre les pierres du couloir. La Reine s'était montrée claire sur les procédures qui allaient suivre. J'avais été doté d'un micro que je devais évidemment porter en permanence, ma chambre était équipée de caméras, et des gardes seraient en permanence postés à ma porte ou à mes côtés. Chacun de mes gestes, chacune de mes respirations, chaque fragment de mon existence serait surveillé et analysé.
Et très honnêtement, je m'en contrefichais. Ils auraient bien pu m'accrocher un mouchard sur le front que je n'aurais rien rétorqué. Je m'estimais déjà heureux d'être en vie et dans ces murs, alors si cette atteinte à ma vie privée était nécessaire pour sauver Charles, j'y ferais abstraction bien vite.
- Je ne vous comprendrai jamais, il me semble, prononça Lorenzo alors que ses doigts étaient enroulés autour de la poignée de porte. C'était déjà une épreuve lorsque vous n'étiez qu'un simple garde du corps prétendu, mais vous voir passer les portes du château comme pour creuser votre propre tombe me dépasse.
- Puis-je moi-même expliquer ou comprendre mes actes ? Je ne crois pas. Ma tombe est creusée depuis que mon père m'a vendu. En venant ici, je tente de m'en extirper.
- Un voyage en Australie aurait été une meilleure option. Vous savez pertinemment que nous ne vous offriront aucune clémence.
- Abandonner Charles à son sort reviendrait à me suicider, rétorquai-je instinctivement.
- Hm.
- ...
- Je peine à vous croire, même si l'envie ne me manque pas, souffla le monégasque, le regard distant. Je nourris encore le maigre espoir que vos raisons soient pures, mais le mot est bien trop naïf pour vous décrire. J'ai convaincu ma mère de vous laisser une seconde chance, mais ne croyez pas que cela vous décrochera la légion d'honneur. Dans l'optique que vous ne soyez pas en train de vous adonner à un autre coup tordu, évidemment.
- Croyez moi, votre Altesse, ce que je fais est probablement le coup le plus tordu que je n'ai jamais osé tenter.
- Et bien, espérons qu'il sera à la hauteur de nos attentes communes. Je vous laisse la nuit pour nous proposer une porte de sortie dès demain matin. Vous n'aurez pas le droit à l'échec, et nous ne nous portons en aucun cas garant de votre sécurité, sachez-le.
- J'avais cru le deviner, en effet.
- Parfait. À demain Verstappen.
- À demain, votre Altesse.
Sur ces mots, le Prince me tourna les talons et remonta le couloir jusqu'à disparaître de mon champ de vision.
Il me fallut prendre une grande inspiration pour me rattacher à la réalité. Si j'avais laissé mes émotions me guider jusqu'à cette bâtisse dont les griffes pouvaient me trancher la gorge à tout instant, je devais dorénavant les supprimer, et immédiatement. J'avais été programmé pour devenir une machine à tuer, je comptais m'en servir une toute dernière fois pour tous les abattre.
Première règle lorsque l'on vend un enfant à une organisation illégale : ne jamais le laisser comprendre qu'il est manipulé. Deuxième règle dans le cas échéant : ne jamais le laisser sans surveillance et avec une arme à la ceinture.
J'entrai finalement dans ma chambre, remarquant évidemment les deux gardes qui restèrent dans le couloir, ainsi que les deux autres qui me suivirent. Ironiquement, je compris le sentiment qu'avait nourris Charles toutes ces années en se sentant épié et presque harcelé. Et en parlant de loup, je fus frappé en réalisant que son odeur régnait dans la pièce.
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Royalty (Lestappen)
RomansaDepuis la mort de son père, Charles Leclerc, Prince de Monaco, est devenu absolument ingérable et terrorise le personnel qui assure sa sécurité. Sa mère, qui a récupéré le trône, ne cesse de le réprimander à tout va, jusqu'à ce qu'un ultime garde du...
