38 - Informations confidentielles.

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J'étais fatigué. Comme depuis plusieurs jours à vrai dire. Je n'avais pas envie de lire, pas envie d'ouvrir les yeux, pas envie de rester éveillé.

Vivre s'était transformé en une corvée à laquelle je me soumettais dans l'espoir naïf que tout redeviendrait un jour comme avant. Chaque était pire que le précédent.

De faibles coups contre ma porte interrompirent le silence ambiant. Lorsque des cheveux blonds et une expression presque désolée sur le visage se présentèrent, je n'eus pas la force de refuser mon frère et son garde du corps. Arthur s'appliquait à me montrer son soutien depuis mon retour de l'hôpital. Il venait me voir, restait à mon chevet des heures durant même face à mon mutisme, Ollie également. Je ne pouvais pas les repousser indéfiniment.

J'étais simplement trop épuisé pour parler. Je ne rétorquai rien lorsqu'ils entrèrent, mon regard suivant leurs silhouettes sans pour autant faire l'effort de me relever dans mon lit. Je jetai un coup d'œil au dossier entre les doigts de mon frère. Une brise presque glacée s'infiltra au travers de ma fenêtre entreouverte, et je tirai mes couettes jusqu'à mon cou, m'enfonçant dans la chaleurs de mes coussins.

- Lis ça. On te doit des explications, chuchota Arthur en s'asseyant sur le petit fauteuil à mon chevet.

Je fronçai les sourcils un instant avant d'attraper le document d'une main tremblante. Lentement et tant bien que mal, je me redressai jusqu'à être en position assise. Puis mes yeux se posèrent sur la couverture du dossier qu'Arthur avait apporté.

Informations confidentielles.
Ne pas lire sans autorisation.
Rapport d'opération, 9 janvier 2025.
26 Av. Princesse Grâce, 98000, Monaco, Jimmy'z.
Carlos Sainz Jr, Max Verstappen.

Ma mâchoire se contracta. Je ne comprenais pas l'intérêt de me présenter de tels documents, surtout lorsque ces mêmes événements me torturaient jours et nuits jusqu'à épuisement. Une seconde brise vint rafraîchir la pièce, et mes doigts froissèrent les feuilles bruyamment en signe d'agacement.

- Charles. S'il te plaît, c'est important.

L'unique acte de lire son nom sur ce bout de papier m'avait provoqué une douleur atroce au cœur, assez pour m'évoquer des échos du passé que j'avais tentés d'anéantir. Mon propre esprit me torturait au quotidien, et Arthur attendait de moi que je ravivai toutes ces souffrances sous quelque prétexte explicatif.

Les explications, elles m'avaient été données. Servies sur un plateau d'argent alors même que je venais de retrouver mon lit pour la première fois, mes poignets encore enveloppés de bandages en rappel de mon échec. Peut-être l'aurais-je revu, si j'avais réussi. Enfin.

Lorenzo m'avait accompagné et soutenu durant le trajet au retour de l'hôpital, silencieux quant aux événements passés. Quelques mots chuchotés çà et là pour me rassurer ou exprimer son soulagement, son amour. Mais je n'avais pas été très réceptif, encore plongé dans mes propres cauchemars. Puis lorsque nous avions atteint le château, escorté jusqu'à mes quartiers par Pierre, ce dernier m'avait recraché un discours plat et vide d'émotions, presque comme une dictée apprise par cœur.

Max avait été intercepté par la police, sur le point de s'enfuir du continent à l'aéroport de Londres. Un civil l'aurait eu aperçu et contacté les autorités. Puis il avait été ramené de force jusqu'au château et détenu provisoirement jusqu'à révéler les informations en sa possession quant à mon enlèvement. De force, bien sûr. Une opération de secourisme s'était alors préparée dans l'urgence, mais au jour de l'opération, Max avait trahi la garde dans une dernière tentative de réintégrer l'organisation. Sainz avait réussi à s'extirper du lieu et à remonter jusqu'à moi. Dans le même temps, l'armée avait encerclé le bâtiment, et Max avait finalement été retrouvé mort, gisant au sol, une balle dans le crâne.

Royalty (Lestappen)Où les histoires vivent. Découvrez maintenant