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Mattéo

    Je sais qu'elle l'a fait exprès.

    Appuyé contre le mur, je balance la pochette d'Oli du bout des doigts, l'air de rien. Ce truc est un accessoire ridicule, un mini-sac qui ne peut contenir ni un vrai téléphone ni quoi que ce soit d'utile. Mais elle m'a demandé de l'attendre ici en le tenant comme si c'était un gros trésor. Et moi, comme un crétin docile, je m'exécute.

    Je lance mon plus charmant sourire à une femme qui sort des toilettes, talons claquant sur le marbre. Elle ne peut pas s'empêcher de jeter un coup d'œil à mon torse et mes bras croisés. Classique.

    Les gens aiment croire qu'ils sont subtils.

    En tout cas, elle a droit à un sourire de façade parce que ça m'occupe. Je n'en ai rien à faire d'elle, ni des autres invités de ce gala ennuyeux à mourir. Mais avec Oli, c'est autre chose.

    Elle m'a dit qu'elle allait "se repoudrer le nez". Avec elle, ça peut vouloir dire qu'elle va vraiment se remaquiller ou – soyons honnêtes – qu'elle va se faire une ligne de coke dans les toilettes comme la moitié des gens présents ici.

    Honnêtement, je penche pour aucune des deux options.

    Quelque chose la tracasse. Je l'ai vu dès que son portable a vibré dans cette pochette débile. Elle a lu le message ou décroché l'appel – je ne sais pas, j'étais occupé à gérer un serveur maladroit – mais après ça, son visage a changé. Moins de sarcasme dans ses yeux, plus de tension dans sa mâchoire. Et c'est pas bon signe.

Je déteste quand elle se ferme comme ça.

Je jette un regard autour de moi, plus par réflexe que par véritable inquiétude. Ces galas sont toujours remplis des mêmes clichés : des vieux mecs bedonnants en costumes hors de prix, des femmes en robes scintillantes qui rivalisent pour attirer leur attention, et des types comme moi, coincés là pour – eh bien – ça. Attendre qu'elle revienne et essayer de ne pas avoir l'air d'un vigile louche.

Un soupir m'échappe. Elle prend son temps.

En vrai, ça ne me dérange pas tant que ça. L'attendre, je veux dire. Je pourrais la suivre, la trouver, lui demander ce qui se passe – sauf que je sais comment ça finirait. Elle m'enverrait promener avec un commentaire acide sur mon besoin de contrôle ou ma tendance à m'inquiéter pour rien. Oli a ce don unique de transformer ma patience en frustration pure et simple.

Et pourtant, je reste.

Je me demande si elle sait à quel point elle est insupportable. Elle doit le savoir, non ? Cette façon qu'elle a de te garder à distance tout en te rendant incapable de détourner les yeux. C'est ridicule.

Un serveur passe, me proposant une coupe de champagne. Je la refuse d'un geste, grognant un vague "non". Pas d'alcool ce soir. Pas avec elle dans cet état.

Une pensée me traverse : est-ce que c'est Lila ? Cette amie à qui elle semble attachée plus qu'à personne d'autre ? Peut-être. Mais vu la tête qu'elle faisait, je parie que ça va au-delà. Quelque chose cloche.

Le claquement d'un talon attire mon attention, et cette fois, c'est elle.

Oli sort enfin des toilettes, le menton relevé, comme si rien ne s'était passé. Pourtant, je vois sa main qui tremble légèrement avant qu'elle ne la glisse dans les plis de sa robe. Elle se compose un masque, mais pas assez vite pour m'avoir. Je la connais maintenant.

– Tu sais que je ne suis pas ton porte-sac attitré ? lançais-je en brandissant sa pochette avec un sourire moqueur

Elle lève un sourcil, le genre d'expression qui ferait passer n'importe quel autre gars pour un idiot. Moi ? Ça me fait sourire encore plus.

CoupableOù les histoires vivent. Découvrez maintenant