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Sam

    Sur une échelle allant de "Einstein" à "légume grillé", je me situe quelque part entre "faire confiance à une patronne du crime" et "prier pour ne pas encore finir ficelé comme un rôti".

    Ces derniers mois ont été fascinants. Et par "fascinants", j'entends que ma vie pourrait servir d'étude de cas dans une conférence sur les conséquences du syndrome du mauvais choix chronique.

    Mais bon, j'essaie de rester positif. Et la seule chose vaguement positive qui me vient en tête, c'est que je respire encore. Vous allez me dire : c'est déjà pas mal. Et vous auriez raison, surtout quand on voit avec quelle régularité j'arrive à me jeter dans la gueule du loup. Le pire, c'est quand je creuse moi-même la fosse avant de sauter dedans.

    Je suis sûr que si certaines personnes savaient ce que je faisais en ce moment précis, elles s'arracheraient les cheveux avec une pince à épiler, mèche par mèche. Et franchement, je ne suis pas convaincu de pouvoir faire confiance à un James sans cheveux, mais c'est un autre débat.

    J'enfourne une poignée de chips en levant les yeux vers la rue d'en face. J'essaie d'ignorer la paire de jumelles de précision et la montagne de dossiers entassés sur la banquette arrière. J'échoue lamentablement. J'ai encore du mal à croire que je suis puni comme un môme alors que l'action se déroule littéralement à quelques mètres.

    Et comme si ma situation n'était pas déjà assez misérable, ma main rencontre le vide en fouillant au fond du paquet de chips. Je le secoue désespérément comme si je m'attendais à ce qu'une pluie de miettes providentielles s'abatte sur mes genoux.

    – Génial...

    Dans un geste purement mesquin, je balance le paquet vide sur la banquette arrière. Voilà ce qui arrive quand on m'enferme dans une voiture comme un garnement turbulent.

    Franchement, c'est le monde à l'envers : non seulement je viens l'aider, mais en plus, c'est moi qui ai récupéré ces foutus dossiers pendant mon kidnapping. Un petit "merci" ? Un signe de reconnaissance ? Évidemment que non. Moi, je dois juste... attendre.

    Et puis, enfin, Monsieur daigne sortir du bâtiment. Bras croisés, regard noir : tout mon langage corporel hurle mon indignation.

    La portière claque, et Gautier balance un sac de sport sur la banquette arrière, écrasant sans pitié mon pauvre sachet vide. Quitte à me laisser poireauter, il aurait pu penser à me ramener un snack.

    – J'espère que ton contact valait le coup, je grogne en me tournant vers lui. Parce que je refuse de passer une seconde de plus seul dans ta voiture de clodo.
    – C'est toi qui as voulu bosser avec moi, je te rappelle.
    – Et tu penses sincèrement que c'était un choix délibéré ?

    Il lève les yeux au ciel et se penche pour récupérer sa pile de dossiers. La bonne vieille tactique du "je vais faire comme si je ne t'avais pas entendu".

    "Aide Gautier", m'avait dit Isabella en me lançant ce défi digne d'une punition divine. C'était la condition pour qu'elle propose ma protection Sapphire au Conseil. Enfin... s'il reste un Conseil d'ici là. Plus ça avance, plus je me dis qu'on fonce tout droit vers l'implosion générale.

    Parce qu'il faut être réaliste : il y a une taupe, haut placée, et personne n'a réussi à la coincer. L'Ordre n'est déjà pas connu pour être un modèle de transparence, mais là, c'est un autre niveau.

    Gautier me balance des dossiers sur les genoux, sort des photos, des relevés bancaires et des notes écrites avec la grâce d'un enfant de CE1 sous amphétamines.

CoupableOù les histoires vivent. Découvrez maintenant