Jeremy
Allongé dans ce lit qui fait un bruit infernal dès que je respire trop fort, je tente de fermer les yeux. Juste une minute, histoire d'oublier que mes pensées tournent en boucle comme un vieux disque rayé.
Il fait chaud. Le genre de chaleur où même l'air a décidé de ne pas bouger. Je suis en sueur, collant, et franchement, ce drap sous lequel je suis vaut à peine mieux qu'un film plastique.
Et bien évidemment, il est dans ma tête, campé comme un squatteur qui refuse de payer le loyer. Et vas-y que je repense à son sourire en coin, à cette façon de se tenir comme s'il avait le contrôle de tout. Pire : il sait exactement l'effet qu'il a sur les gens. Sur moi.
Je roule sur le côté, parce que, oui, changer de position va sûrement me permettre de chasser ses foutus yeux clairs de mon esprit. Et ses mains. Et cette habitude insupportable qu'il a de se passer la langue sur les lèvres quand il réfléchit.
Un grognement m'échappe. Si seulement j'avais insisté pour qu'il dorme dans ma chambre.
Mais non, grand prince que je suis, avec mon égo aussi mal placé que le sien, j'ai décidé que je pouvais dormir tout seul ce soir. Peut-être parce que je savais, au fond, que partager cette foutue pièce avec lui serait le genre de torture que je ne peux pas me permettre.
Pas avec tout ce qui ce passe dans ma tête en ce moment.
Je passe une main sur mon visage, autant pour essuyer la sueur que pour tenter – en vain – d'écraser mes émotions dans un coin sombre de mon crâne.
– Tu t'enfonces, Jerem. Sérieux. T'es un cas d'école.
Murmurer à voix basse ne change rien. Mes pensées continuent de tourner en rond, toujours dirigées vers Gabin.
Finalement, j'en peux plus. Si dormir est impossible, autant faire autre chose. Avec un soupir exaspéré, je me redresse et attrape un vieux tee-shirt que j'enfile à moitié, histoire de respecter un semblant de décence au cas où je croiserais Jenna en vadrouille nocturne.
Le couloir est silencieux. Trop silencieux, même, si ce n'est le léger grincement du parquet sous mes pieds nus. Je descends doucement les escaliers en m'appuyant sur la rampe.
Quand j'arrive dans le salon baigné de la lumière douce de la lune, je m'attends à voir Gabin, allongé sur le canapé, beau comme un tableau. C'est ridicule comme je l'imagine sans même y réfléchir : les traits de son visage détendus, sa main pendant nonchalamment.
Sauf que le canapé est vide. Pas un coussin déplacé.
Je reste figé une seconde, clignant des yeux comme si ma vision me jouait un tour. Mais non. Il n'est pas là.
La surprise fait rapidement place à une légère pointe d'inquiétude. Où est-ce qu'il pourrait être, à cette heure ? Je fais quelques pas dans le salon, observant les ombres qui s'étirent au rythme des branches d'arbres dehors. Pas de Gabin.
Puis, un bruit. Léger. Comme un remous. Et presque en même temps, une fraîcheur inhabituelle me frôle la peau : la baie vitrée est ouverte.
Je m'approche, attiré par ce courant d'air rare. La terrasse se dévoile lentement, baignée dans l'argent de la lune. Les grillons chantent en arrière-plan, et l'odeur de la campagne est plus vive ici, mélange de terre sèche et de fleurs lointaines.
La brise soulève doucement mon tee-shirt à moitié enfilé, me rappelant que je suis pieds nus sur le carrelage légèrement chaud de la journée. Je me fige, mon regard capté par une lumière tremblante sur l'eau.
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Coupable
RomanceTome 2 de "Condamnation" Olivia Medina Rosales, princesse de l'Ordre - une organisation criminelle redoutée - est réputée pour sa beauté glaciale et son esprit impitoyable. Dirigeant d'une main de fer le secteur opérationnel de l'organisation, elle...
